La geste des jartés
Par Antoine Audouard
Une PME en difficulté, des salariés qui s’angoissent pour leur avenir, un nouveau PDG qui arrive, un groupe acharné à rétablir des profits : pour mettre en scène cette réalité sociale tragique et banale, et faire entendre les voix de tous ses acteurs, des plus hauts placés aux « gens sans importance » qui en sont les victimes, j’ai choisi la chanson de geste – la plus ancienne forme narrative de notre langue. Elle s’est imposée par sa souplesse et par la liberté qu’elle me donnait de me déplacer à travers toutes les couches du français – des plus archaïques aux plus modernes, des chants de trouvères aux slams.
Si j’ai choisi l’édition comme univers, ce n’est ni politique ni hasard ; c’est parce que j’ai voulu suivre à ma façon, humblement, le précepte tchekhovien de ne pas parler de ce que je ne connaissais pas ; ainsi souvenirs et rencontres se sont-ils transformés, et les voix se sont-elles mises à résonner, chacune avec sa misère, son rêve, sa peur, son espoir. Au cours de l’écriture, j’ai vu y passer les ombres de beaux ancêtres, certains anonymes, et Turoldus aussi, qui chanta Roland, Durandal, Olivier et les preux – celles de Rabelais et de La Fontaine, qui m’a prêté l’un de ses deux pigeons, bien mal en point, et suggéré avec malice l’intrusion d’un hamster…
Dans cette geste il est question de sujets sérieux – licenciements, harcèlement sexuel – et le champ de la bataille annoncée (ce qu’on appelait la rencontre des hommes dans le fracas des armes et le jaillissement vermeil du sang) est un comité d’entreprise. L’excès y passe, le grotesque, le pathétique; j’en garde avec les rires le goût acre des larmes.
AA.
Ils en parlent
« Gonflé … et courageux. Il faut l’être pour oser raconter une crise sociale, avec son cortège de licenciements, de harcèlements sexuels, de coups bas, de mesquineries et de chômeurs en perspective – non sous la forme classique du roman, mais à travers la plus ancienne forme narrative de la langue française : la chanson de geste… On est conquis. Le texte le plus original de la rentrée… Vaut le détour. »
« Cette histoire de maison d’édition est proprement hilarante. Il faut lire « La Geste des Jartés », non seulement parce que le plaisir est garanti, mais aussi pour nous venger du roman français, qui est trop souvent grisâtre. Bravo ! »
“Tout y est : le décor, les personnages, la grande comédie de la vie. Avouons-le : on est épaté par l’audace – et la réussite – d’Antoine Audouard…. C’est fou : en quelques vers, l’écrivain brosse en profondeur le portrait de chacun des personnages…. Cette chanson de geste mérite qu’on entende son air et ses paroles. Oui, une grande réussite. »
