Eli Anderson

Oscar Pill - CEREBRA : Extrait 3

27/09/2012

2

 

La foule posa un genou à terre comme un seul homme.

Relevez-vous, ordonna la voix.

Sally se redressa sans quitter des yeux le second accusé – ou le second condamné, comme le pressentait Jeremy. Les mots du Prince Noir retentirent plus fort encore.

Vous connaissez tous la Loi, celle que j'ai érigée en principe et qui a mis un peu d'ordre dans votre vie. Et vous connaissez ce qu'il en coûte de s'y opposer. Pour chaque faute

commise, c'est une population entière qui paie. Vous devez apprendre le sens de la responsabilité collective.

Sally retint une envie de rire. Rire pour ne pas hurler. Depuis quelque temps, c'était la réaction nerveuse qui la dominait lorsque la télévision, la radio ou les sirènes lui imposaient les discours illuminés du Prince Noir. La Loi qui a mis un peu d'ordre dans votre vie. Par moment, Laszlo Skarsdale possédait incontestablement une forme d'humour. Au moins, cette Loi imposée par la force avait-elle mis un peu d'ordre dans son cerveau perturbé, apaisé les rancoeurs accumulées depuis l'enfance et satisfait son besoin de pouvoir et de vengeance. Car comme tous les Médicus, Sally avait appris le passé terrible qui liait le Prince Noir et Winston Brave – jusqu'à la marque infligée sur sa tempe. Un M indélébile et douloureux qui lui rappellerait pour toujours ses origines, avant que la revanche et la haine ne le happent.

Ces hommes ont violé la Loi. Ils l'ont fait sciemment, et de ce fait vous ont mis en danger. J'aurais pu accepter qu'ils cherchent à me tromper en exerçant illégalement leurs pratiques... 

– Ça s'appelle la médecine, murmura Jeremy entre ses dents. Ils ont juste essayé de faire ce à quoi ils

ont consacré leur vie : soigner et guérir leurs prochains.

– ... Mais bafouer les règles de vie collective et vous mettre en danger, je ne l'accepte pas et je ne l'accepterai jamais.

Le message était clair : ces deux médecins allaient payer, mais la menace valait pour tous. Une punition exemplaire. Le silence s'installa à nouveau, pesant de tout son poids sur les épaules des deux condamnés. Personne – pas même eux – n'avait le moindre espoir de les voir graciés.

La femme brune écarta brutalement le bourreau et s'approcha du premier médecin. Elle le toisa avec délectation comme un fauve contemple sa proie. Barth se crispa. La vision de cette femme venait de raviver la douleur électrique dans le haut de son dos, une douleur qui l'étreignait parfois et le quittait aussitôt sans prévenir. D'un geste mécanique, il passa la main sur sa cicatrice en forme de P, en bas de la nuque, puis sur celle, apaisante, du M dessiné sur son torse. Les deux marques semblaient s'affronter à travers son corps – fragile équilibre entre le bien et le mal.

– Vas-y, Lavinia Ciguë. Fais-toi plaisir, cracha-t-il d'une voix presque inaudible, le regard noir. Un jour, tu paieras pour tes crimes. Ce jour-là, je serai là.

Lavinia se retourna, comme si les mots avaient traversé l'esplanade pour parvenir à ses oreilles. Elle scruta la foule, fixa un instant le visage d'un jeune homme plus grand que les autres, plissa les yeux, puis renonça à fouiller dans sa mémoire et se concentra sur sa victime. Elle fit un pas vers le médecin. Le malheureux eut un mouvement de recul et tomba à genoux, mains jointes, implorant son salut sans qu'un mot puisse sortir de sa gorge. L'autre médecin l'empoigna sans ménagement et l'obligea à se ressaisir.

– Ne leur offre pas ça, dit-il, toisant leur tortionnaire avec mépris.

Le premier redressa alors sa tête tremblante et tenta d'affronter Lavinia. Elle ricana, plongea dans son regard effrayé et disparut de l'estrade au milieu d'un éblouissement pourpre. Le médecin baissa les yeux sur son propre corps, livide : ce démon venait de l'envahir, au sens littéral du terme. Il était paralysé par la peur et par l'insoutenable attente du pire. Ses traits se contractèrent, et ses mains saisirent sa tête. Ses phalanges se replièrent comme les pattes d'une araignée qui agonise et ses ongles s'enfoncèrent dans son crâne. Ses yeux se mirent à rouler dans tous les sens, il ouvrit la bouche démesurément et un hurlement trop longtemps retenu s'échappa, glaçant la foule tétanisée. Le médecin s'écroula sur le sol comme si ses os avaient fondu et fut pris de convulsions sur l'estrade. Il avait cessé de crier. Seuls ses traits déformés, en gros plan sur tous les écrans, son souffle coupé et les veines gonflées de son cou trahissaient sa souffrance. D'ultimes spasmes agitèrent son corps martyrisé de l'intérieur, puis tout cessa. Il gisait comme un pantin désarticulé, la tête exagérément penchée vers l'arrière, les yeux vitreux.

 

TO BE CONTINUED...

 

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