Antoine Audouard

Blog de Antoine Audouard


ADO QUI NE DIT MOT

On peut ne pas toujours goûter les positions de M. Finkielkraut sur certains sujets mais force est de reconnaître que, même enflammé par la passion argumentative, il écrit et parle un français qui peut être superbe et demeure subtil et précis en toutes circonstances. De plus, la haine antisémite crétine dont il a parfois été l'objet jusqu'à l'agression physique le signale à notre sympathie.

On n'en est que plus interloqué de découvrir l'étrange dialectique dans laquelle, interrogé sur LCI à propos de « l'affaire Duhamel », il s'est laissé entraîner. « Y a-t-il eu consentement ? À quel âge ça a commencé ? Y a-t-il eu ou non une forme de réciprocité ? ». Le journaliste lui ayant rappelé qu'on parlait d'un enfant de quatorze ans, le philosophe nous a rappelé qu'un adolescent, c'est quand même pas pareil qu'un enfant. On se croyait revenu à l'âge où, dans le sillage de M. Matzneff (que son vieux cul flétri lui pèle !), des figures intellectuelles françaises signaient des pétitions visant ouvertement ou vicieusement à la légalisation de ce qu'on appelait alors « pédophilie » - plus connue aujourd'hui comme pédocriminalité. Par une ironie cruelle, un des signataires de cette édifiante littérature se trouvait être Bernard Kouchner lui-même. Consentait-il ainsi à ce que le nouveau compagnon de la mère de ses enfants exerçât sur eux une emprise et donnait-il sa bénédiction anticipée, son blanc-seing aux épouvantables abus qui se dérouleraient une quinzaine d'années plus tard ? Non, il faisait comme beaucoup, surtout à gauche chez les soixante-huitards pour qui il était interdit d'interdire et qui vomissaient tout ce qui ressemblait à « l'ordre moral » : il signait sans lire ou en lisant vite, se contentant d'enregistrer les noms prestigieux, les Sartre, les Beauvoir, les Dolto, les Sollers. C'est une autre histoire -  il faudrait la raconter sans fausses pudeurs et en se gardant de l'esprit de dénonciation, car elle n'est pas simple.

Quelles que soient ses raisons, « Finkie » a été bien puni de sa façon très personnelle de vouloir disserter sur les « spécificités » de cette histoire. On lui est « tombé dessus » comme il le prévoyait et le voici licencié par un de ses employeurs. L'Académie dont il est membre ne peut mettre en congé un Immortel, mais sa présidente exprimera-t-elle sa réprobation ? Ce n'est pas impossible. Se voyant instantanément un objet d'opprobre, le penseur a dans un premier temps réagi à la manière des sportifs pris au contrôle antidopage, se disant victime d'une sanction injuste et dénonçant une forme de « police de la pensée » qui empêche le débat. Puis, découvrant l'étendue des dégâts, il s'est livré à un acte de contrition partiel et maladroit.

S'il voulait dire que, n'ayant pas lu le livre et ignorant les faits, il préférait ne pas aveuglément rejoindre la meute prête à déchiqueter un homme autrefois puissant mais aujourd'hui seul et haï, il n'a pas tort sur le principe mais il s'y est mal pris.

S'il voulait dire qu'il est regrettable que tout débat de société prenne les traits les plus caricaturaux du débat politique et exclue toute nuance, il n'a pas tort non plus mais il a mal choisi son exemple. Je ne sache pas que les prises de parole - même tardives - de victimes d'abus sexuels ou d'inceste nuisent en quoi que ce soit à la qualité des débats de société et participent au triomphe d'une molle « pensée unique » vaguement gauchisante.

Même exempt des soucis opposés de l'exonérer ou de l'accabler, l'on peut s'interroger sur ce qu'il a vraiment voulu dire et, plus généralement, sur la notion même de « consentement ».

De l'aveu des intéressés eux-mêmes, ils se sont longtemps tus et ont fait le choix de vivre dans l'étouffement du silence. Or, nous dit Alain Finkielkraut, ce n'étaient plus des enfants, mais des adolescents. Or ado qui ne dit mot consent, si ce n'est encourage. À part ça, circulez, y a rien à voir : c'est much ado about nothing. Ce n'est qu'à l'approche de l'âge adulte que Camille, nouée de souffrance, a pris l'initiative de parler. À son père qui voulait aller « casser la gueule » au coupable, les enfants eux-mêmes ont demandé de n'en rien faire. Déni et silence dans le reste de la « familia grande » ; autour d'elle, ce sont des murmures, des « secrets qu'on ne dit qu'à une personne la fois » ; « on dit que? », « surtout ne le répète pas mais? ». Bref, ne parlons pas de ce qui fâche. Comme Mlle Diallo a privé DSK de la présidence de la République qui lui était promise, les révélations de Mlle K. ont interdit la présidence du Conseil constitutionnel à M. D. Ingrate, briseuse de carrière, jalouse ! L'on songe à l'une des plus terrifiantes pages du livre où la mère des enfants, confrontée à la vérité du comportement de son compagnon, loin de les protéger et de les consoler, les accuse de vouloir lui « voler » l'homme de sa vie.

Revenons à notre philosophe en goguette : le coauteur du Nouveau Désordre amoureux (1977, comme la pétition Matzneff de sinistre mémoire) semble avoir oublié que les questions soulevées ici ne sont pas de convenance ou de morale bourgeoise mais de droit et qu'en droit un mineur est un mineur dont aucun adulte - à commencer par ses parents ou beaux-parents - n'a le droit de profiter sexuellement, consentement ou pas. Finkielkraut ne disait pas autre chose au début de son interview ; il aurait été mieux inspiré d'ignorer le Malin qui passait par là et de se taire ou de tourner sept fois sa langue sa bouche avant de continuer à parler.

 

Références : 

La Familia grande, de Camille Kouchner, fait vraiment partie de ces livres à recommander sans hésiter, y compris aux fins esprits agacés par la médiatisation et irrités par le succès (plus de 250 000 exemplaires déjà imprimés selon l'éditeur).

En ceci il est un cousin du Consentement, le beau livre de Vanessa Springora, plusieurs fois mentionné ici et dont l'édition de poche est sortie (8 euros) - même justesse, même écriture sobre et tenue.


DERRIERE UN RIDEAU DE LARMES

Un père âgé emmène son fils adulte pour des vacances sur une île où il a passé son enfance. Malade, il ignore la gravité de son état : L'Ile.

En Grèce pendant l'occupation allemande, un adolescent tombe amoureux de la fille de ses voisins juifs : Gioconda.

Dans un cas comme dans l'autre, il n'est pas difficile de deviner dès les premières pages que la chute n'entrera pas dans la catégorie « and they lived happily ever after ».

Le père de l'Ile est condamné par la maladie aussi irrémédiablement que la jolie Gioconda par la proximité des nazis. Dans l'intensité hypnotique de ces deux récits brefs n'entre donc aucun élément de suspense. Dès les premières lignes, nous savons : aucun miracle n'interviendra, le destin s'accomplira - et c'est le coeur étreint par cette certitude que nous lisons.

Ces deux livres m'ont été offerts. Nata m'a simplement mis L'Ile dans la poche ; en me parlant de Gioconda, ma vieille et merveilleuse amie Dominique, prévisionniste économique au coeur tendre et à l'âme romantique, m'a dit que sa lecture avait chamboulé une forme de théorie personnelle de la littérature qu'elle avait développée : dans un livre peu importe l'histoire, c'est le style, la manière de l'auteur qui vont me séduire, me happer. « Et pourtant », a-t-elle ajouté timidement, « j'ai lu ce petit livre dont la seule ambition est de raconter une histoire aussi exactement que possible « derrière un rideau de larmes »

Pourquoi ai-je lu L'Ile en premier ? il était à ma main, au sommet de la pile des dizaines de livres que je me suis promis de lire. C'est en lisant l'Ile que j'ai compris ce que Dominique voulait dire ; et je l'ai ressenti à nouveau en lisant Gioconda.

Je n'ai pas la tentation de faire une théorie - ou un principe - de ces deux expériences aussi brèves qu'intenses mais pour commencer l'année j'avais envie de les partager.

Références :

Giani Stuparich (traduit de l'italien et préfacé par Gilbert Bossetti : L'Ile. (96 pages, éditions Verdier, 5 euros)

Nikos Kokantzis  (traduit du grec par Michel Volkovitch): Gioconda (128 pages, l'Aube, 9 euros)

 


L'HEURE DES COMPTES

Non il ne s'agit pas des comptes auxquels tu penses spontanément, ô lecteur attentif à l'actualité :

-       la litanie de notre prière covidienne, non ! 

-       les douteux comptes de campagne de M. Sarkozy , non plus !

-      les déficits abyssaux des comptes publics creusés par l'incurie ou la crise sanitaire ? point !

-      les comptes, mécomptes et recomptes  des votes dans les états américains, non, non, trois fois non !

Aucun de ces comptes ne m'a empêché de dormir, au contraire de ceux auxquels je m'adonne alors qu'après quatre séries d'épreuves, je dois cesser de reprendre mon prochain livre  Au commencement (a not so small book of beginnings) », à ne pas chercher en librairie quand elles réouvriront, car il n'est pas destiné à la vente mais, imprimé à un petit nombre d'exemplaires, sera mon cadeau de Noël à mes enfants et à ceux de mes amis qui lisent assez de français, d'anglais, de franglais et même de frenglish pour apprécier ma promenade divagante au milieu de quelques dizaines des débuts de livres, de nouvelles ou d'articles qui ont accompagné ma vie et en ont été l'aliment principal, avec l'amour et l'amitié. Quand on approche les 400 pages et qu'on songe à tous les textes merveilleux qu'on n'a pas pu insérer (comme dans les ouvrages savants, une bonne part de l'espace est occupée par des notes, détails personnels, commentaires faciles, blagues à deux balles), il est temps de marquer une pause. Incapable de m'arrêter de compiler des index inutiles : quelles maladies ont affligé nos auteur(e)s, quels ont été leurs démêlés avc la justice ? ont-ils été confrontés à la prison, à la guerre ?  lesquels sont morts de mort violente ? Ou bien, absolument vain,  combien de titres avec des noms d'animaux ou de villes ? peut-être plus utile quelles furent les occupations extra-littéraires de ceux dont l'histoire  a retenu le nom ? tout ça m'occupe et m'obsède? Blaise Pascal, ayant inventé à seize ans la première machine à calculer, a-t-il également enseigné l'escrime, art dans lequel il était assez versé pour écrire un traité ? Anthony Trollope, comme je le croyais, a-t-il travaillé à la Chambre des Communes ? Non, mais à l'administration des Postes. René Descartes est-il mort de l'exposition au froid suédois ou de l'ingestion d'une hostie empoisonnée à l'arsenic ? Sur tous ces sujets mon ami Wiki vient à mon secours, me perturbant plus souvent qu'il n'apaise mes doutes, m'assommant de détails que je ne cherchais pas, ne me donnant pas ceux que je cherche. L'absence de but pratique rend la quête obsédante et m'empêche de reprendre le cours de mes lectures interrompues. J'ai la chance de ne pas avoir l'équipe Giuliani-Trump au cul, M. Biden et Mme Harris n'ont pas besoin de moi et aucun éditeur, ébloui par mon talent ou le compte de mes ventes mesuré par GFK ne me persécute de son amour, donc it's all cool, mais j'arrive pas à arrêter. Aussi, ça doit être l'âge, j'ai du mal à finir : mon roman qui est presque fini depuis deux ans, et même mon post de slog commencé il y a trois semaines sur la liberté et ses fantômes. Au moins celui-ci je l'arrête et je me remets à lire (pause dans Châteaubriand, Jorge Amado).

Rien à voir, mais souvenir d'une lecture de Simon Leys, je ne sais plus lequel de ses merveilleux petits essais non chinois : le bandit et révolutionnaire mexicain Pancho Villa fait face au peloton d'exécution, un événement auquel assistent des dizaines de journalistes. Au moment où l'on va lui bander les yeux, il se tourne vers les représentants de la presse, conscients de la solennité du moment : « Dites? » commence-t-il avant de s'interrompre. Pendant quelques secondes un silence religieux règne. « Dites? », reprend Pancho d'unevoix étranglée qui s'achève en sanglot : « Dites que j'ai dit quelque chose. »
Je ne saurais dire mieux.

 

Références :

Jorge Amado, Bahia de tous les saints (Folio n°1299)

Simon Leys  (Pierre Ryckmans) était le meilleur des Belges un peu comme Todorov était « le meilleur des Bougres : Le Studio de l'inutilité ; L'Ange et le cachalot ; Protée et autres essais ; Le bonheur des petits poissons, tous réédités en format de poche. Et comme tout est bon chez lui, il n'y a rien à jeter : La mort de Napoléon, Les Naufragés du Batavia et Les Essais sur la Chine.


ETHIQUES ET TIC ET TOC

Je l’ai écrit souvent ici, Tzvetan me manque et il ne se passe pas de jours sans que l’actualité ne me donne envie de décrocher mon téléphone pour entendre sa voix ou de sauter dans le métro (la ligne 7 était notre ligne de vie, de Jussieu à Louis-Blanc). Pour un homme à la voix douce et aux idées modérées, il était capable d’exprimer des points de vue forts – et pas nécessairement consensuels. On pouvait toujours essayer de s’engueuler avec lui si on ne les partageait pas mais c’était difficile car, d’accord ou pas d’accord, on ressentait que l’on apprendrait plus à l’écouter qu’à le contredire. Et puis il est très difficile de s’embrouiller avec un homme à qui il est indifférent d’asséner le « et toc » final d’une discussion, à qui il n’importe tant d’avoir raison que de discerner le plus clairement possible la lueur et les contours d’une incertaine vérité.

Je me souviens d’un diner chez lui (chez eux) quelque temps après l’attentat de Charlie. Nous étions également horrifiés de l’attentat et j’exprimais une version pas spécialement originale de ce qui se disait partout : il était insupportable de contester à Charlie, un journal dont l’histoire s’était construite dans la provocation et le défi aux institutions comme aux religions, le droit de publier ces caricatures, dessins dont la médiocre qualité était loin des géniales critiques sociales de Reiser, de la poésie déjantée de Cabu ou des tendres obsessions féminines de Wolinski. Au nom d’une liberté chèrement acquise par ses devanciers, Charlie bénéficiait du droit de les publier. Oui, dit Tzvetan en substance, Charlie et les journaux publiés en régime démocratique ont le droit de publier ces dessins et c’est un droit qui nous est cher. Mais renoncer à les publier, comme l’ont fait plusieurs journaux danois et d’autres en Europe et en Amérique, est-ce renoncer à l’exercice de la liberté ? Pour illustrer son propos, il revint à la distinction classique entre « éthique de liberté » et « éthique de responsabilité », une distinction théorisée par le sociologue Max Weber et que l’on peut traduire ainsi grossièrement : que j’aie la liberté d’accomplir un acte, de prononcer une parole, de publier un texte (ou des dessins) ne signifie pas que je doive le faire : je peux sans abjurer ma liberté décider au nom de ma responsabilité (morale, sociale) de ne pas le faire. La rédaction qui ne publie pas les caricatures est-elle victime de « l’islamiquement correct » rampant ou bien ses membres pensent-ils seulement à des musulmans qui pourraient en être inutilement blessés ? Cela ne signifiait pas (hier comme aujourd’hui) qu’en privilégiant le principe de liberté sur une interprétation du principe de responsabilité, que Charlie et ses journalistes « méritassent » en quoi que ce soit d’être attaqués et tués. Le paradoxe qui échappait à la paire de crétins endoctrinés comme au Pakistanais au hachoir est que ceux qui prétendent défendre l’islam ne sèment que la honte et l’horreur chez une majorité de ses adeptes et le dégoût, voire la haine, chez beaucoup d’autres. Quant à l’ambition de « tuer Charlie », les islamo-criminels tuent (ou blessent) des êtres humains mais font à leur corps défendant une promotion mondiale à ce qu’ils détestent. Il serait de mauvais ton, face à tous ceux qui clament leur amour de la liberté de rappeler que ce n’est pas l’aimer moins que se priver parfois de son exercice ou d’y fixer des limites en fonction des sensibilités et du moment. En ces circonstances, d’une éthique à l’autre, il n’y a pas de « et toc ! » qui tienne.

Références :

Tzvetan Todorov : Nous et les autres (Seuil, 1989, réédition collection Point Seuil);

La Peur des Barbares (Robert Laffont, 2008)

Et toujours : Lire et Vivre ( Robert Laffont, 2018)


CONTRADICTIONS ET DISTANCIATION

Si j'en crois les informations, c'est un jeune homme né au Pakistan qui vient de blesser des malheureux dont le seul crime était de travailler dans les anciens locaux de Charlie Hebdo, qui venait de republier les caricatures ayant fait couler tant d'encre et de sang il y a cinq ans.

Si j'en crois les mêmes informations, cet homme, arrivé chez nous comme « mineur isolé » et pris en charge comme tel, n'en aurait pas été un. Mineur, pas mineur, il revendique les faits - et en urdu s'il vous plaît !  Le « pays des purs », fondé pour être la terre de l'Islam par un mourant qui mangeait du porc, est devenu une marmite où mitonne un douteux brouet islamiste justifiant sur son territoire les crimes contre les apostats, de sexe féminin en particulier, et dans le reste du monde les fatwas contre les mal-pensants.

D'autre part, et à l'occasion de la même attaque, c'est un jeune homme né en Algérie qui a passé quelques heures en garde à vue. Complice ?  Que nenni : ce quidam a en réalité tenté d'arrêter l'assaillant - un réflexe qui comportait des dangers si l'on se souvient que le féroce défenseur de Mahomet tenait à la main non un téléphone portable ou un Coran, mais un hachoir de boucher.

On en connait (et pas seulement à « droite de la droite ») qui ne retiendront que la première partie de la nouvelle et réclameront la fin d'une immigration qui attire chez nous des meurtriers détestant nos valeurs de liberté et de laïcité. Pour tout arranger, on apprend que ce même jeune homme avait été il y a peu arrêté en possession du même outil, puis relâché après un simple avertissement - lui a-t-on donné en prime l'adresse de l'école de la Boucherie ou a-t-on craint pour lui les représailles des militants du bien-être animal ? Ces goûts tranchants pour un individu qui n'aime pas le saucisson auraient pu alerter.

Sur CNews et BFM TV, des voisins de l'assaillant témoigneront du fait qu'il avait, dans les jours précédant son geste, refusé de serrer la main à une jeune femme et de manger un sandwich jambon-beurre-cornichons à la Postale - un homme masqué jurera l'avoir vu cracher par terre, jeter le sandwich dans une poubelle  puis hurler Allahu Akbar ! », sous les yeux  indifférents d'un policier trop occupé à compléter sa grille de loto. Tout aurait donc pu être évité :

1. Pourquoi n'a-t-on renvoyé à fond de cale vers Karachi un faux mineur ignorant les Lumières et ne parlant pas la langue de Molière, Coluche, Pierre Dac et Maurice Chevalier ?

2. comment ne l'a-t-on pas fiché S  et collé au mur avec ses potes terroristes dès la première incartade ?

3. pourquoi nos sous gagnés à la sueur de nos fronts servent-ils à financer l'accueil trois étoiles de criminels en puissance -  sans compter les gras émoluments de traducteurs de langues non chrétiennes ?

Trêve d'âneries. (ça m'est difficile : un vieil âne de manège a trouvé refuge dans mon bureau et m'observe du coin de l'oeil).

Le fait est que l'on trouve parmi les Français issus de l'immigration ou les immigrés de plus ou moins fraîche date aussi bien des « Youssef » (le courageux qui s'interpose) que des « Ali »  ou « Zaheer » ( le jeune Pakistanais au hachoir), les frères Kouachi (les auteurs de l'attentat de Charlie) ou des « neutres » qui, comme la population « souchienne », se contentent de gagner leur croûte et de rentrer à la maison pour faire leurs prières (ou pas) quand le boulot est fini et regarder le docteur Damien Mascret nous donner des nouvelles covidiennes au journal télé. Ces contradictions sont le fruit de notre histoire, elles sont le quotidien de notre société et, au-delà des questions de police qui se posent à chaque attentat, de celles liées à l'immigration, à l'éducation ou à l'intégration, leurs mécanismes sont si complexes que nous devrions nous garder des jugements à l'emporte-pièce autant que des décisions hâtives.  L'émotion peut expliquer les premiers - et si l'un de mes enfants avait été attaqué au hachoir, je ne peux promettre que ne sortiraient de ma bouche que paroles de tolérance et d'amour de la justice ; quant aux secondes, on sait que les politiques ne peuvent ignorer les passions, mais c'est leur honneur de ne pas y céder ; écoutant ceux qui se sont fait profession de les manipuler avec cynisme, je  préfère pratiquer la distanciation sanitaire.


VÉRITÉ ET DÉMOCRATIE : LE CAS TRUMP

Si l'on suit Tzvetan Todorov, inspiré par l'exemple de Germaine Tillion, la vérité des faits n'est pas le fruit changeant, incertain, de la subjectivité personnelle ; le respect pour eux, au-delà des  émotions, des opinions et des jugements, est même considéré par ces auteurs comme une des conditions de l'exercice démocratique ;  leur distorsion systématique, à l'image des constantes retouches photographiques opérées par le régime stalinien, est l'une des caractéristiques des régimes totalitaires.

 Quand  les faits  et les chiffres  ne lui conviennent pas,  M.  Trump les qualifie de « fake news » ; le mépris qu'il affiche à ce sujet est un signe particulièrement inquiétant pour les Etats-Unis et pour le monde. Cette vedette de télé-réalité, faux self-made man et fils à papa, ressemble de plus en plus à un Arturo Ui, le héros  inspiré à  Bertolt Brecht par Adolf Hitler, à l'âge des réseaux sociaux. Il a développé une énergie inouïe à tenter de démentir deux adages  célèbres d'Abraham Lincoln, auquel il aime à se comparer favorablement : « Aucun homme n'a assez de mémoire pour réussir dans le mensonge. » et « On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps. »

Dans ces conditions, quoique, à entendre les médias français, sa défaite aux prochaines élections soit inéluctable, on peut s'inquiéter de voir s'enclencher les mécanismes ayant abouti à son élection il y a quatre ans, aggravés par le fait qu'en sus du soutien de Fox News et de la complicité de facto des médias « libéraux » obsédés par lui, l'occupant de la Maison Banche s'est assuré  l'appui du Sénat, de nombre de gouverneurs, et de la majorité de la Cour Suprême. On peut néanmoins espérer que le plus grand président républicain de l'histoire U.S. - et l'un des plus grands tout court - aura raison malgré tout et que le peuple américain, abusé une fois il y a quatre ans (« un certain temps »), ouvrira les yeux sur la gestion catastrophique (chez nous c'est pas top, mais en comparaison c'est le rêve) de la pandémie Covid et des choix économiques et fiscaux dont les pauvres et la middle class sont les victimes. M. Biden n'est pas un candidat qui fait rêver - c'est ce que certains démocrates, à gauche, lui reprochent- mais c'est un mensonge sans vergogne de le présenter comme une marionnette à la botte des socialistes qui va mettre l'Amérique à feu et à sang - cela, M. Trump y contribue déjà largement lui-même en aggravant des tensions raciales explosives; certes leurs causes profondes remontent aux origines  même du pays  et traversent ses  plus de deux siècles d'histoire ; mais en jetant de l'huile sur le feu par ses déclarations à l'emporte-pièce[1], en mentant sur l'existence de complots gauchistes  afin de créer l'illusion d'une équivalence avec les forces  (très réelles, elles) des  tenants de la suprématie blanche, il est difficile à M. Trump, ignorant la géographie de son propre pays [2], de se présenter comme le candidat de l'équilibre, de l'ordre  et de la paix civile.

L'ensemble des peuples du monde, dont les vies sont influencées si profondément pour les décisions américaines, devrait en toute logique avoir un ou deux « grands électeurs » à  l'occasion de la présidentielle U.S ; il est finalement bon que cet amendement n'ait pas été voté, ni même  jamais envisagé : nul doute, si un Obama et un congrès à majorité démocrate l'avaient par extraordinaire  instauré, que Trump et son « gang du chou-fleur » prétendraient que l'élection s'en trouve faussée. S'agissant d'un homme dont l'élection a été favorisée par des manipulations russes et qui prétend sans la moindre preuve que le vote par correspondance est une source de fraude massive, on peut s'attendre à tout.  

Pour nous sortir de cette gadoue, on ne peut mieux faire que de citer Germaine Tillion elle-même : «  Je pense de toutes mes forces que la justice et la vérité comptent plus que n'importe quel intérêt politique. » Wish that it were, Germaine ! Que le peuple américain vous entende !

 

P.S.

Dans une interview au New York Times,  M. Trump avançait  sans honte un excellent argument en faveur de sa réélection : il fait vendre. Exact. D'après un ami journaliste new yorkais (vive l'apéro zoom !), le Times, le Washington Post et le Wall Street Journal enregistrent des records d'abonnements ; d'autre part plusieurs livres anti-Trump se trouvent sur la liste des best-sellers. L'actuel président U.S. est bien l'un de ces candidats de télé-réalité qu'on adore détester : avec lui les tirages et les audiences télé montent. Assez pour qu'il soit réélu ?  Souvenons-nous qu'en 2015, pendant la primaire républicaine il avait soulevé un tollé en rabaissant John McCain, homme politique critiquable mais salué pour son courage pendant sa longue détention aux main des Nord-Vietnamiens, affirmant que les vrais héros ne se faisaient pas prendre ;  Trump  avait  alors subi les foudres du New York Post, quotidien populaire démagogue appartenant à M. Murdoch, et beaucoup le donnaient pour fini. Quelques mois plus tard il devenait pourtant le quarante-cinquième président des Etats-Unis.

PPS. J'ai croisé Malik sur le faubourg : nouvelle animation musicale annoncée, au Bistrot du Canal cette fois.

 

Références :

La Résistible ascension d'Arturo Ui, pièce de Bertolt Brecht écrite en 1941 et publiée en 1958 (disponible aux éditions de l'Arche)

Germaine Tillion, Combats de guerre et de paix (Seuil, 2007)

Tzvetan Todorov, Lire et vivre, préface d'André Comte Sponville (Robert Laffont/Versilio, 2018)

Sur Abraham Lincoln, sauf erreur de ma part, le livre de référence est celui de Doris Kearns Goodwin, une historienne dont le seul défaut à mes yeux est d'être une fanatique de l'équipe des Red Sox de Boston, les ennemis favoris de mes chers Yankees. Team of rivals, the political genius of Abraham Lincoln (Simon and Shuster, 2005), livre qui a servi de support au (bon) film de Spielberg, Lincoln (2012) avec le toujours excellent Daniel Day Lewis. Pas une raison pour oublier le classique Young Mr. Lincoln, de John Ford avec Henry Fonda (1939) ; Abraham Lincoln chasseur de vampires (le livre et l'adaptation filmée de 2012) sont plus des curiosités qu'autre chose.

Sur ce qu'est une élection présidentielle américaine, il existe  notamment un (énorme et magnifique) ouvrage, What it takes, de Richard Ben Cramer (1047 pages, Random House, 1992) consacré à la présidentielle de 1988 -  celle qui a vu l'élection du premier George Bush ( pas W, les filles, H - et le jeune Biden faisait déjà partie des prétendants démocrates)  plusieurs de mes proches ont lu passionnément le presque aussi volumineux Game Change , de John Heilemann (Harper Collins, 2010) sur la première élection de Barack Obama, mais je ne l'ai pas lu moi-même - ni vu le film (2012) qui en a été tiré.



[1] Dernière illustration :  faut quand même le faire, quand le jeune Blake a pris sept balles dans le dos, de comparer le geste des policiers à un coup raté au golf.

[2] Il se targuait d'avoir engagé la construction d' un « beau mur » dans le Colorado pour le séparer du Mexique alors que cet état, à la différence du Nouveau Mexique, n'a pas de frontière commune avec ce pays (« Pauvre Mexique, si loin de Dieu, si près des Etats-Unis », se serait lamenté Porfirio Diaz)


VENDREDI SOIR SUR LE FAUBOURG

Depuis vingt-cinq ans que nous y habitons, le prix du mètre carré a augmenté sur le faubourg St Martin, on croise quelques « peoples » aux terrasses et les pauvres sont repoussés toujours plus loin vers La Courneuve ( ligne 7) Bobigny (ligne 5) ou Saint-Denis et Creil (RER D) ; s'y attardent pourtant les derniers survivants du Paris populaire autrefois chanté par  Prévert, celui d'Eugène Dabit, de Bove, d'Henri Calet, écrivains faubouriens pour qui Notre Dame et son grand orgue étaient loin. Dans ce Paris-là, l'instrument-roi c'est encore l'accordéon, le « piano du pauvre », peu coté à Télérama sauf quand il s'appelle bandonéon et que c'est Astor Piazzolla qui en joue.

J'ai croisé Malik souvent au Bistrot du Canal où ; équipé d'une longue veste en cuir et d'une casquette du même métal il s'amuse à incarner un gestapiste en vadrouille - j'ai plaisir à lui donner la réplique en « pon vrançais » prêt à dénoncer les terroristes antiallemands. Le BdC étant fermé ( Kamel, Carole and co ont bien droit à quelques vacances), c'est au Château Landon que je l'ai croisé la semaine dernière : après notre petite saynète habituelle, Malik m'a invité timidement à une « animation » musicale (il n'a pas osé dire « concert ») du vendredi soir.  « Un peu d'accordéon », a-t-il seulement dit, sans m'annoncer qu'il jouait également de la flûte et du violon. Vendredi, peu après vingt heures, l'ayant écouté, d'instrument en instrument, se balader avec aisance et justesse du musette au jazz, j'avais les larmes aux yeux. Ce n'était pas de la « grande musique », peut-être, mis c'était la musique de l'émotion, celle qui réjouit les coeurs las et fait que deux inconnus de passage, pourtant fatigués, se lèvent et dansent au lieu de passer leur chemin et d'aller netflixer chez eux. Je ne connais pas Malik si bien que ça ; en quittant le bistrot je lui ai glissé que j'étais fier de lui, un peu étrange considérant que, s'il est plus jeune que moi, je n'ai tout de même pas l'âge d'être son père. « Tu sais », a-t-il eu le temps de me dire, toujours timide, «  je suis qu'un fils d'ouvrier et j'ai pas été au Conservatoire ». Je ne pense pas que Malik soit invité de sitôt pour un concert à la grande salle de la Philharmonie mais tant qu'un vendredi soir il pourra sortir sa flûte, son violon et son accordéon dans un bistrot du faubourg, quelque chose de Paris continuera à résonner dans nos coeurs et à enchanter nos vies.

Références
Le Château Landon , 187 rue du faubourg St Martin

Le Bistrot du Canal, 224 rue du faubourg St Martin


CHÈRE MME LA PRÉSIDENTE DE LA RATEUPEUH

Madame la Présidente,

Je vous fais cette bafouille que vous lirez sans doute pas, vu que :
1 - Je la poste sur mon slog, auquel vous n'êtes peut-être pas abonnée.
2 -  Vous avez des milliards de trucs à faire.
3 - Je voulais poster une lettre à Mme Couillard au moins une fois dans ma vie et c'est pas votre nom, donc ça risque de pas arriver par la poste qui, d'ailleurs, marche plus comme dans le temps.

Alors voilà, Madame la Présidente, après ce bref préambule qui vous aura (au moins) arraché un sourire crispé, j'te raconte l'affaire, sans plus digresser :
Hier j'ai pris le métro. Vous me direz, si chaque personne qui emprunte le métro à Paris m'écrit pour me raconter son trajet, alors que j'ai le Covid à gérer, les incivilités, la fraude, les travaux urgents, les syndicats, l'arrivée des J.O., on va pas s'en sortir.

Pour vous situer le bonhomme, je suis un PMR[1] (invalidité de niveau 2 - pas un UFR[2] car j'ai lâché le fauteuil roulant il y a quelque temps, à la différence de mon Fred qui, lui, y aura droit jusqu'à la fin de ses jours. Donc je marche - pas bien, pas vite, mais je marche et j'accomplis mon fantasme hospitalier (n'aie pas peur, c'est pas sexuel) de 2012 : je prends le métro. Pas que j'aime pas le bus (j'adore !) mais faut pas être pressé - ou le tram (épatant mais y en a pas près de chez moi) -  et puis les taxis c'est cher -  et putain que ça roule mal dans notre belle ville ! Hier, devant me rendre à un rendez-vous près de la BNF, j'ai pris le métro par la ligne 7 à la station Louis Blanc. Deux volées d'escaliers mais avec la rambarde ça va, en y allant doucement, pas de clodo assis sur les marches ni de jeunes textotant pile au milieu. 7 bien chargée, quoiqu'on soit en milieu de journée, mais je trouve un strapontin peinard - j'aime pas geindre pour réveiller les sourds-aveugles (surtout les mecs, vous avez remarqué !) assis plongés dans leur dossier ou leur vidéo, et j'ai renoncé à l'idée de me balader avec une copie plastifiée de ma carte d'invalidité autour du cou. Changement à Pyramides. Je vais au bout du quai et je vois un escalier. Miracle : à côté de l'escalier une porte vitrée donnant sur une cage qui n'a pas l'air d'être une cellule de dégrisement pour clodo bourré, ni un studio d'enregistrement pour un musicien de génie ou un trou noir de la CIA pour des tortures, un ascenseur  plutôt - je suis déjà passé là il y a six mois et il n'y avait pas d'ascenseur derrière la porte. Il n'y en a toujours pas. J'ai pas l'intention de me retrouver comme Bruce Willis dans Die-Hard, donc j'ai pas essayé d'ouvrir la porte pour voir ce qui se passait.

Je monte donc l'escalier (montée symétrique ; attends j't'esplique: une marche un pas ; en descente c'est asymétrique, j't'esplique encore : une marche, un pied, un deuxième pied ; est-ce que ça va vite ? non). Après des escaliers en montée, encore des escaliers en descente ce coup-là  (z'auraient pas pu faire un plat ?) pour arriver sur le quai de la 14, direction Olympiades. It is  définitivement my lucky day : 1 mn d'attente, arrivée du train, fanfare, une dame se pousse pour me faire de ma place sur une banquette, comme j'aime, à droite, là où c'est plus facile de se lever sans te cogner à tout le monde au moment de sortir.
Arrivée BNF. Mon plan Gougle (quoique senior j'essaie d'être moderne, tu vois, je parle à Gougle[3])  me  dit d'emprunter la sortie rue René Goscinny (marrant, c'était le meilleur pote de notre pédiatre Julien Cohen Solal - et je suis content que mes enfants aussi aiment Le Petit Nicolas - mais je digresse, au fait !). Escaliers, escaliers. En vrai il y a bien des escalators et des ascenseurs mais c'est sur l'autre sortie (avenue de France) ; au retour c'était plus simple car, coaché par ma vieille wonderful camarade Lydia LaKing j'étais au jus - en plus elle m'a accompagné jusqu'au quai pour être sûre que je me perdais pas. En changeant à Pyramides, juste quand j'avais dans le viseur la cage d'ascenseur où y a pas d'ascenseur, une dame m'a arrêté dans mon élan. Elle était très aimable, je te rassure, d'autant que j'ai pas mis trois plombes à retrouver ma carte Navigo Easy ( je sais pas  si c'est toi, Delphine[4], mais très bonne initiative ça, j'adore !) prouvant que je faisais pas partie du gang des invalides fraudeurs. Re-strapontin, vu que la 7 commençait à se remplir. Je suis[5] descendu à Château Landon (je te dis tout, on habite à équidistance entre Louis Blanc et Château Landon, et il y a un des points de vue familiaux très tranchés sur quelle station on préfère. Là, j'ai choisi Château Landon, pas parce que c'est l'ancienne adresse de M. Mélenchon qui, comme moi, avait ses habitudes chez ce vieux réac rital de Giacomo, mais parce qu'après un escalier et un couloir, il y a deux escalators (ouais, quand ils sont pas en panne ou en réfection parce que là c'est galère et on se souvient en montant que la station Louis Blanc est moins en profondeur). Bref, ça marchait et je te rassure car là, je te sens inquiète : je m'en suis sorti. Il m'a fallu le reste de l'après-midi (avec binge watching de Platane) pour m'en remettre et aujourd'hui encore je suis cané, mais ça va.

Si tu m'a pas lâché depuis le deuxième ligne j't'esplique encore : tu te souviens qu'en 2005 il y a eu une loi votée à l'unanimité sur l'accessibilité aux handicapés. On va pas faire des manifs devant la station Invalides (where else ?) avec mon Fred et mes autres potes UFR, PMR ou autres mais j't'esplique encore, Madame la présidente : à part la 14, tu en es à 3% de stations de métro  parisien en accessibilité, et il te reste du taf  - la loi te donnait dix ans et ça fait quinze?

Bisous bisous
Ton tonio qui t'aime

Ps. 1000 escuses pour la fôte à ton nom mais j'ai vraiment cru que tu t'appelais Couillard, mais dans ce cas-là ton prénom aurait été Delphine, pas Catherine. De toute façon jamais ils auraient nommé une Couillard à la tête de la Rateupeuh - surtout après une «  Borne », tu as raison Gouillard, c'est ce que c'est mais tu vis avec depuis la maternelle et ils t'ont même prise à l'ENA  avec un blase comme ça, alors comme ils disent à la MTA, tes cousins new yorkais : hang  tough, baby ! A part ça, ma Cathounette jolie, je suis hyper-sérieux !

 



[1] Personne à mobilité réduite

[2] Utilisateur de fauteuil roulant

[3] J'ai vu, tu as une belle appli Rateupeuh mais je crois pas qu'on lui parle et qu'elle réponde?.

[4] Pas Delphine, patate, Catherine !

[5] Promo gratuite : chez Giacomo, 8 rue du Château  Landon, ouvert tous les jours sauf quand c'est fermé. Prix à débattre avec Giacomo avant de manger. Ne pas essayer les  lasagnes, même sous la menace.


GRACE A DIEU ?

Sans rien de politique ou de personnel, je ressentais une certaine méfiance à l'endroit de M. Christophe Girard, (« l'homme-culture » de la maire de Paris pendant vingt années de gestion Delanoë- Hidalgo), depuis qu'il s'était avéré qu'il était intervenu pour obtenir à l'infâme Matzneff le soutien financier de la Ville de Paris. « Un de plus ! », avais-je soupiré, «  qui dans la cohorte des hypocrites a passé ses turpitudes au pseudo sulfureux grantécrivain » [1] et « découvre aujourd'hui ses crimes » alors que ceux-ci étaient en détail relatés (et fièrement !) par l'intéressé dans une série d'ouvrages publiés - non sous le manteau dans un samizdat pédocriminel, mais chez Gallimard qui a si courageusement  lâché  ce sale type quand ses ventes - jamais très élevées -  tournaient à quelques dizaines d'exemplaires et que le magistère moral de M. Sollers ou l'adoubement des jurés du prix Renaudot  (2013, c'est si loin?) avaient cessé d'être suffisants pour le protéger. 

Là-dessus, quelques activistes s'arment de banderoles, forcent le quidam à la démission, et je m'interroge? pas plus qu'un autre je n'ai envie de hurler avec les loups mais la défense de l'intéressé, comme celle de Madame la Maire me semblent d'abord curieusement embarrassées - et curieusement virulente l'hostilité aux « néo-féministes » qui mènent la charge. Serait-ce qu'en accusant la mairie d'être au fil des ans devenue plus qu'un sanctuaire, un repaire pour la pédocriminalité chicos, elles ne délirent pas complètement, ces enragées modernes, filles ou petites filles des éternelles « salopes » ou « mal baisées » des combats féministes du siècle dernier ?

Or voici qu'aujourd'hui, de la presse étrangère (le New York Times, les filles, pas le crapoteux Sun de Murdoch), comme souvent, sortent des accusations suffisamment précises et crédibles pour que la presse française les reprenne et qu'une information judiciaire soit ouverte. Si l'on en croit M. Annis Hmaïd, un jeune Tunisien (pauvre Tunisie, où nos élites éclairées et libérées ont été se fournir impunément en chair fraîche de garçons pendant des années), M. l'ex-adjoint (mais toujours élu, quoique « en retrait ») n'aurait pas seulement été abusé intellectuellement par « Gaby le dégueulasse », il aurait été lui-même un prédateur sexuel. Son avocate écarte les déclarations d'un « individu » (un « individu », dans les faits divers, c'est en général le type qui a écrasé un gamin et pris la fuite à bord d'un véhicule) et M. Girard nie toute infraction.  Selon les déclarations, il nie l'existence d'une relation sexuelle ou déclare que celle-ci a été « consentie » (que vaut le consentement d'un « individu » tunisien de quinze ans ?). Dans les démentis féroces de l'intéressé et de sa défenseure, un argument m'a sauté aux yeux :  les faits (allégations de « l'individu ») seraient de toute façon « prescrits ».  M. Girard ne va pas, comme le cardinal Barbarin dans l'affaire du prêtre pédocriminel Preynat[2] à ajouter « grâce à Dieu » - mais on entend son chuchotement bruyant de soulagement.

Il nous reste à souhaiter que l'enquête en cours débouche sur une justice : soit les accusations sont infondées et M. Girard, innocenté, devra se contenter, comme tant d'autres, de vivre avec le déshonneur moral d'avoir « couvert » un mauvais écrivain doublé d'un criminel récidiviste et de lui avoir servi la soupe avec nos sous ; soit les accusations portées sont solides et il doit être jugé, puis, si reconnu coupable, condamné selon les termes de la loi.

Comme dans les affaires Ramadan et Darmanin, le peu de sympathie que l'on peut ressentir pour le bonhomme ne devrait pas entacher le principe de la présomption d'innocence - mais il faut bien avouer qu'avec son silencieux « grâce à Dieu » de la prescription M. Girard ne nous incline pas à la compréhension.  Par ailleurs il faudra bien un jour regarder de plus près ce qui s'est passé dans les arrière-cuisines des combats fin de XXe siècle pour la « libération sexuelle » et le mouvement LBGT.  On ne peut que se réjouir (moi, en tout cas !) de la liberté dont, après des décennies de silence, de honte et de souffrance, jouissent les homosexuels pour vivre leur sexualité sans terreur. Il faut bien reconnaître qu'au nom de cette lutte bien des confusions se sont installées et ont été entretenues par des cyniques à la Matzneff qui, toutes tendances politiques confondues, ont trop souvent pu faire appel à la complaisance d'une partie du « petit milieu parisien ».  De la même façon que les musulmans « pacifiques » (la majorité) et respectueux des lois républicaines doivent reconnaître qu'il existe au coeur de leur religion des sources ou des ambiguïtés visant à justifier l'intolérance, la violence sur les « mécréants » ou l'oppression des femmes, les homosexuels doivent reconnaître qu'au sein d'une petite minorité haut placée à droite comme à gauche, la pédocriminalité a été pratiquée, tolérée, encouragée, voire « glamourisée »

P.S. L'avocate de M. Girard, qui juge anormal et suspect que « l'individu » Hmaïd ait parlé aux médias avant de porter plainte, a dû trouver formidable la même démarche de la part de « La parole libérée », association rassemblant les victimes du père Preynat dont le film de François Ozon (voir ci-après) retrace le parcours. Il faut dire que dans certains milieux « autorisés » on s'autorise à penser que taper sur l'Eglise catholique est légitime alors que s'attaquer à des prédateurs ayant pignon (médiatico-littéraire, financier, politique) sur rue, c'est vilain et rétrograde.

Références :

  1. Ce n'est pas en jouant les « pères-la-vertu » cherchant la sympathie du mouvement « #Metoo » qu'on peut se dispenser de voir les derniers films de Polanski mais parce que, un peu à l'image de Woody Allen, ce cinéaste qui fut audacieux et créatif vieillit mal et devient conventionnel et chiant.  C'est tout le contraire de Costa Gavras - et pas seulement parce qu'il s'est rarement trompé de combat : voici un homme chez qui l'indignation - source de tant de ses films- n'a jamais entravé le talent.  On regarde (ou revoit) son récent Amen avec la même émotion que ses classiques Z ou l'Aveu. Je suis surpris de découvrir la même vertu chez François Ozon, que je prenais pour un cinéaste propret vaguement à la mode et dont je viens seulement de voir l'excellent et poignant Grâce à Dieu. Pas si fréquent de découvrir une oeuvre d'intervention qui n'est pas phagocytée par sa « juste cause » indignée. Indigné, Ozon l'est certainement mais il n'en oublie jamais de raconter une histoire - ou plutôt des histoires car il a l'audace et le talent de tisser les fils de destins différents réunis dans le combat contre la chaîne de complicités actives ou silencieuses, qui a permis à l'institution catholique de se protéger contre la vérité des crimes pédophiles commis en son sein pendant des décennies. Son impossible façon de faire me rappelle le génial « Fine Balance » (« L'équilibre du mode en français) dont j'ai déjà dû parler ici et témoigne d'une liberté créative rare et précieuse.
  2. A propos du « consentement » des mineurs, il n'est jamais trop tard pour acheter (et lire) le superbe livre de Vanessa Springora, que j'ai souvent mentionné ici. Le consentement (Grasset, 216 pages, 18 euros)

 



[1] C'est curieux, plus personne ne se présente pour vanter son style?

[2] Cinq ans de prison ferme

 

 


LE MONDE EST BEAU !

Virus mortels, ouragans, incendies, explosions meurtrières, coulées de boue, inondations - si l'on s'en tient aux apparences, il ne nous manque plus que les tornades de sauterelles, la réélection de Trump et le triomphe de Marine - sans parler d'une victoire du Paris St Germain en Ligue des Champions de football[1]- pour que les malheurs de notre pauvre monde aient pris la proportion de catastrophe biblique annoncée par certains (Enid, je te vois !) en punition de nos trop nombreux péchés.

En attendant, nous prenons des vacances, plus ou moins masqués, nous réjouissant de l'absence de pluie - baignant dans ce bleu éternel dont après les grisâtres pluies hollandiennes, nous jouissons sous la gouvernance éclairée et joyeuse du jeune Macron.

Non, ce n'est pas par inconsciente imbécillité, ni par manque de foi, que nous restons optimistes en dépit des visions tragiques des prophètes de la fin du monde : pleins d'espoir, les plus « seniors » d'entre nous peuvent partager avec les plus jeunes membres de notre « start-up nation » les paroles de la chanson de Jean Yanne, philosophe sous-estimé des temps anciens : « Dans la douceur de la nuit, le ciel m'offre son abri et je pense à Jésus-Christ, celui qu'a dit : Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ! »
A quoi on ne saurait rien ajouter que (restons seventies) le célèbre « c'est ben vrai, ça ! » de la mère Denis, pythie des temps modernes dont la sagesse s'étend bien au-delà des recommandations de machines à laver le linge.

P.S. Né onze ans jour pour jour après la largage de la première bombe atomique sur Hiroshima, et constatant la prolifération incontrôlée des « Jérémie », « Isaïe » et autres prophètes de malheur, je ne saurais relayer que de bonnes, d'excellentes nouvelles.

PPS. Références : de Jean Yanne, acteur spécialisé dans les rôles de salauds où il est toujours d'une inquiétante crédibilité, on ne saurait trop recommander les réalisations : «  Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » (1972) et  le prophétique « Les Chinois à Paris » (1974)



[1]  Note de l'association des supporters de l'O.M.  (antenne crétoise):  Le reste si tu veux mais non, pas ça !


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