Antoine Audouard

Blog de Antoine Audouard


LE REFLET DES NUAGES

A force de regarder les reflets des nuages dans l'eau, il s'opère un transfert : plus lumineux, plus denses et colorés, d'une netteté de couleur agréable à l'oeil (et pourtant d'une inquiétante teinte de surnaturel), les nuages reflétés deviennent soudain plus « réels » que les originaux : le passage d'un élément à l'autre les enveloppe d'une matière nouvelle et même le friselis des vagues (pourtant lui aussi causé par son frère invisible du ciel, le vent) leur confère une texture, les rend presque palpables ; à longer la rivière, les yeux tournés vers eux, on se prend à tendre la main et l'on imagine le terme d'une course, dans le verrou d'un fond de vallée, où ils ne pourraient plus nous échapper. A cette source d'images on boirait jusqu'à plus soif - c'est-à-dire à jamais.


LE PAYS OU CE BLEU N'EXISTE PAS

?.

. c'est la Grèce - ou plutôt la Grèce ancienne - si j'en crois (et pourquoi ne pas le croire) l' « historien des couleurs » (il y a des professions qu'on aurait aimé exercer) Michel Pastoureau.


CINQ CARREAUX

 

Je venais de décliner l'apéritif.

Mon voisin a regardé par la fenêtre et il m'a dit : « Pour moi, la vie, c'est cinq carreaux ».

Je voyais bien qu'il y avait des carreaux, cinq rangées de cinq, à ses portes fenêtres, mais je n'ai pas tout de suite compris ce qu'il voulait dire, sans doute parce qu'au lieu de me les désigner il restait d'abord debout, les bras ballants, à regarder dans le vide.

Puis il me les a montrés, non pas la troisième rangée, celle du milieu, mais celle d'en dessous, à hauteur des yeux quand on est assis au bout la table de la salle à manger.

« Par ici, a-t-il dit, je voyais mon père revenir du domaine. Et puis le tien... »


LE LANGAGE MYSTERIEUX DES CAFARDS

Ryszard Kapuscinski donne dans Un Enfer pétrifié une description saisissante du Liberia en proie à la guerre des warlords. L'image qui conclut cette évocation - celle d'un soldat nu brandissant une kalachnikov - est comme une métaphore d'un ensemble abandonné à la folie sanglante des hommes. Mais de ce texte dense, hanté par le sang, je retiens deux pages sur les cafards... 


TRACES

De sa jeunesse Truman Capote avait gardé le souvenir de ses "classes" d'écrivain quand, n'ayant pas encore renoncé à son rêve de devenir danseur de claquettes, il notait sur des carnets, sans ordre ni suite, toutes les observations qui lui passaient par la tête - bribes de conversation, slogans d'affiches, chansons, morceaux de portraits. C'est ainsi que chez lui s'aiguise le sens de la précision, celui du détail, qui en fait à la fois un élément littéraire essentiel (par la force symbolique parfois mystérieuse qu'il exerce) et un élément journalistique central. Exemples...


MEMOIRES D'OLIFANT (3)

Son olifant, Roland d'abord le méprise et le repousse. Puis il le sonne quand il est trop tard. Quand la mort vient, enfin, il lui est plus précieux que son épée...


MEMOIRES D'OLIFANT (2)

 

La suite de l'aventure d'un détail: le célèbre olifant de la "Chanson de Roland".

 


MEMOIRES D'OLIFANT (1)

C?est le premier détail de l'histoire de la littérature française. Détail : objet, couleur, odeur dont la force est descriptive, narrative et aussi secrètement symbolique. Quoi de plus beau détail que ce cor, l'olifant, dans lequel le neveu de Charlemagne, Roland, il y a près de mille ans, perd son souffle, son sang et sa vie ?


UNE JUSTE ERREUR

David Grossman n'aime pas être appelé « conscience morale d'Israël » mais il est difficile d'y échapper quand, devant le cercueil de son propre fils, tué dans son tank par un missile du Hezbollah, on est capable de continuer à dire qu'il faut « connaître son ennemi de l'intérieur de soi-même »?


UNE MANIERE D'ETRE LA

« Un vrai reporter, écrit Kapuscinski, n?habite pas au Hilton, mais dort là où dorment les héros de ses récits ; il mange et boit la même chose qu?eux. Un texte honnête ne peut naître que de cette manière. » Chez Kapuscinski, l?humilité est une forme d?exigence supérieure, pas éloignée de l?ascèse, voire du martyre. L?homme était peut-être plus fier de toutes les maladies qu?il avait attrapées que des quelque quarante coups d?état auxquels il avait assisté.

 


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