Antoine Audouard

Blog de Antoine Audouard


DU RIFIFI SUR LA BITE ROUGE

« Only in New York city ! », me suis-je dit en découvrant cette oeuvre murale commanditée à une artiste par un restaurateur péruvien du Lower East Side. Cette image monumentale n'était pas une provocation mais une célébration pleine d'humour (une rareté dans beaucoup d'oeuvres contemporaines) d'un mythe central de la virilité telle qu'elle est si pertinemment mise à nu par la philosophe Olivia Gazalé dans un ouvrage récent.

Las ! Les esprits chagrins n'en ont pas voulu ainsi ( New York ce n'est pas l'Amérique mais c'est aussi l'Amérique) et l'oeuvre a été  aussitôt effacée  au nom de la protection d'enfants que par ailleurs la télévision, le cinéma, les jeux vidéo et internet exposent constamment à une pornographie meurtrière sans limite.

Certes ce n'est pas la tragédie artistique des Bouddhas de Bâmiyân ou de Palmyre mais c'est triste et dommage que cette avenante bite rouge ne surprenne plus les passants. L'ordre est sauf : elle sera, n'en doutons pas, remplacée par une publicité pour Coca Cola ou la nouvelle promo McDo.

 

Référence 1 : Les Mythes de la virilité, Olivia Gazalé (Robert Laffont, 2017)

Référence 2 : l'excellente série de Netflix American Vandal (8 épisodes), un faux documentaire où un étudiant est injustement  accusé d'avoir couvert de bites rouges les voitures des enseignants du parking du lycée.

   


LE FACTEUR TRUMP

 

 

 

En cet été de début de campagne présidentielle américaine, force est de constater que la figure dominante - autour de laquelle tous se pressent - est celle du milliardaire Donald Trump, candidat à la nomination républicaine qui, s'il échoue, a la fortune suffisante pour financer lui-même sa campagne en indépendant.

M. Trump est-il un symbole de la réussite américaine ou bien un clown surfait, à la popularité dopée par ses apparitions dans les reality shows? Méfiance avant de conclure, car avant d'être élu il n'est pas sûr que Reagan, éternel comédien de second plan, ait été pris beaucoup plus au sérieux.

A défaut de gravitas politique, Trump fournit à l'Amérique ce qu'elle adore : le sens du show, avec une totale absence de complexes, avec une fourniture à la chaîne de « petites phrases » parfaites (ça tweete and ça retweete !).

S'étant mis à dos l'establishment républicain traditionnel, et même le murdochien New York Post, avec des remarques déplacées (et surtout stupides : un héros ne se fait pas capturer.) sur l'héroïsme de guerre de John McCain, dont on peut contester les idées mais pas le courage physique et moral (prisonnier des Nord-Vietnamiens il a refusé d'être libéré avant ses autres camarades détenus), il a vu sa popularité continuer de monter. Il ramasse, comme savait le faire Le Pen en son temps, une sorte de considération terrifiée et admirative pour celui qui « ose dire les choses » : que les immigrants mexicains sont des voleurs et des violeurs - et les politiciens de Washington des dangers pour le peuple.

Sa cote publique n'a pas baissé après le premier débat des candidats républicains où, mécontent des questions de la modératrice de Fox News il s'en est après coup pris à elle avec des propos nettement misogynes - au point d'être « désinvité » de la grand-messe conservatrice du week-end suivant, dont il était la vedette annoncée. Le journal britannique The Guardian, relevant la grammaire « ribérienne » de sa rhétorique, l'a justement appelé « absurde, incohérent et dominant ».

Les démocrates se réjouissent en silence, espérant sans vraiment y croire, avoir ce clown en face de leur candidate probable, Hillary Clinton, elle-même en proie à la polémique après qu'il a été révélé que, secrétaire d'Etat, elle utilisait un mail privé pour ses correspondances de toutes natures, partageant, sans souci des barrières de sécurité informatique, des contenus sensibles (voire classés confidentiels) avec ses correspondants.

Les républicains « raisonnables » attendent avec confiance sa chute : le pari semble sûr, car il est possible que les Américains, même conservateurs, se lassent de son show. D'autre part il ne faut pas sous-estimer un sentiment trans-politique « ni Bush (le petit frère Jeb est en tête des candidats  républicains normaux), ni Clinton » assez puissant. Le plus probable reste sa marginalisation et son retrait, peut-être en échange d'un poste dans la future administration - nous sommes au pays du business. En attendant, les derniers sondages (20 août) le montrent toujours en tête des républicains et, d'entre eux, celui qui aurait le moins de retard sur Hillary.

Le succès de Trump, même provisoire, est une mauvaise nouvelle pour la campagne, la démocratie et pour le monde, car il annonce au minimum une course à la démagogie, aux solutions « à l'emporte-pièce » - au pire une sorte d'hyper sarkozysme sans contenu ni réflexion - où l'énervement et la grossièreté passent pour de l'énergie, un activisme verbal tout juste bon à alimenter les « soundbites et « contre-soundbites » circulant sur le web. On peut toujours se consoler en pensant qu'une de ses mesures phare (construire un mur le long de la frontière mexicaine pour bloquer l'immigration) est de toute façon déjà LA mesure mondialement à la mode pour juguler les angoisses face à l'insoutenable proximité des barbares.

 


TAKE ME OUT TO THE BALL GAME

 

Quelques balles ont volé depuis le temps où nous venions d'arriver à New York et où je regardais le baseball sur ESPN sans comprendre de quoi il s'agissait. Mon ami John était venu à la rescousse et en une soirée j'étais accroché ; bien des subtilités m'échappent encore, sans compter le fait que mon bras gauche, encore en partie engourdi, m'interdit le plus simple jeu de catch avec mes garçons. Nous sommes devenus une "famille baseball" et quand nous arrivons à New York, nous prenons le métro pour aller voir jouer les Yankees ou - même ! - ces pauvres Mets. Pendant le 7th Inning Stretch, nous chantons "Take Me Out to the Ball Game".  Avec son unique couplet and son "Let me root root root for the home team, if we don't win it's a shame.  For it's one, two, three strikes, you're out, At the old ball game". 


DOWN BY THE RIVER

J'aimais courir l'hiver, un bonnet sur la tête mais en short et sans gants, quand l'Hudson charriait des blocs de glace; je dépassais Pier 40 pour descendre jusqu'à la Battery, poussant parfois jusqu'au pont de Brooklyn avant de faire demi-tour; je voyais le panneau indiquant Jane Street, où j'avais passé quelques jours lors de ma première visite à New York, en 81, l'année du « changer la vie ». 

 

Je ne savais pas que là étaient les camions abandonnés où dans les années 70, les « queers » venaient furtivement chercher un peu de sexe anonyme; au même endroit s'installèrent les bars gays avec leurs backrooms dont la prolifération, avec celle des bath houses fut l'une des causes de la dévastation par le sida des gays  new yorkais ; par ici depuis longtemps les hommes étaient venus mater et draguer les jeunes marins, comme peut-être Melville y avait aperçu la silhouette du « handsome sailor » qui lui inspira Billy Budd?

 

Rien de tout ça ne reste, je crois, c'est un vaste chantier le long du West Side Highway, des mamans promènent leurs poussettes au milieu des joggers le long du Hudson River Park, il y a yoga gratuit sur les Piers. De l'autre côté de la rivière, le skyline inélégant de Jersey City, au sud la longiligne Freedom Tower n'efface pas l'absence des Twins? Bientôt, quand je saurai marcher comme un grand, j'irai courir là-bas, entouré d'ombres, un oeil devant moi et l'autre vers la rivière.


Différences.

L'année dernière, paraissait un charmant livre de dessins intitulé Paris vs New York et qui chronique avec humour les différences entre les deux villes. Modeste contribution pour une nouvelle édition:

 

À New York comme à Paris il arrive aux cyclistes de quitter la rue pour filer sur le trottoir. À mon rythme de marche actuel, c'est un sujet auquel je suis sensible et une situation qui m'angoisse quand je vois le monstre me foncer dessus. Comme je comprends la panique des Incas, quand ils virent les premiers Espagnols à cheval !
À Paris il y a quelque temps, un dimanche matin. Moi : « attention ! » Le vélibiste : « Regardez devant vous ! » Moi (le Parisien, vaut mieux l'avoir en journal) : « connard ! »

À New York hier. Le cycliste qui m'a rasé les fesses : « sorry ! » Moi : « It's all right ! »


DISPARITIONS

Il me semble souvent ne rien voir qu'avec des yeux lavés par le temps et que rien ne me vient des lieux où je me trouve que je n'y sois passé et repassé, de sorte que je me trouve comme aveugle à ce qui est, tandis que crie à ma mémoire ce qui était, et qui déjà n'est plus. De même que la mémoire est, pour l'essentiel, faite d'oubli, mon regard est peuplé de disparitions ; ainsi dans une vie s'accumulent les fantômes.

Pour qui est ainsi disposé, New York est une ville facile ou terrible, c'est selon.


THINKING OF BRUCE

Quand j'étais installé à New York, il était encore à Paris ; et quand je suis revenu, c'est lui qui est parti s'y installer, peintre inconnu d'une soixantaine d'années qui retrouve sa terre en anonyme ou presque. Je me souviens d'un jour où nous avons arpenté ensemble les rues de Chelsea : avec un courage timide il affrontait des feignasses alanguies, dans des galeries désertes, et leur proposait en vain l'effort (pour elle insurmontable) de cliquer sur un lien pour découvrir son site et son oeuvre. L'une d'entre elle, plus bouchée que les autres, lui dit même qu'elle ne considérait les nouveaux artistes qu'une journée par an - à voir les merdes au mur, on concluait que ce jour-là ses yeux n'étaient pas moins bouchés que les autres.


THAT'S WHAT I WANT

Dans l'avion pour New York je lisais le volume « Best American Magazine writing 2010 » et j'ai ressenti ma « 30.000 feet epiphany » - ma révélation de fin d'année, celle qui va faire de moi l'écrivain qui a découvert un truc que personne n'a su avant lui...

Attachez vos ceintures ! Prêts ?

L'argent est partout. La preuve:

 

Je sais, c'est peut-être un peu décevant et si vous avez l'impression d'avoir lu ça quelque part, vous n'avez pas forcément tort. Simplement - et sans vouloir me défendre - je ne me l'étais pas formulé comme ça...


REVENIR...

J'oublie parfois la trace des trois ans que nous avons vécus à New York.

Et puis nous revenons...

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