Antoine Audouard

Blog de Antoine Audouard


ÉCRIVAINS MAUDITS : AND THE WINNER IS...

Tous les ans en septembre - les grandes manoeuvres ayant commencé avant l'été - les éditeurs et les journaux se
livrent à un jeu bien distrayant - celui de l'écrivain maudit. 


Le bien maudit a toutes les chances de grimper sur les listes de best-sellers, voire d'obtenir le prix que sa stature maudite lui interdit.

 

Longtemps M. Houellebecq fut le premier de nos maudits. Gageons qu'il brûle de le rester longtemps et que, pour cette raison, il retarde indéfiniment la rédaction de son opus majeur : le guide des paradis fiscaux en Europe et dans le monde (préface de Jérôme Cahuzac, ministre maudit).


ADIEU, MON BEL EDMOND !

 

(Yvan Audouard, écrivain, polémiste, conteur provençal,

avec son ami de jeunesse Edmond Volponi. )

 

L'homme qui est mort cette nuit n'avait pas sa page chez mon ami Ouiqui, ce n'était pas un « monsieur », un « important », mais un modeste minot marseillais dont la superbe moustache blanche ne dissimulait pas le sourire et dont les yeux, après plus de quatre-vingt-dix ans de pratique, continuaient à s'ouvrir avec émerveillement sur le monde.

Mon père s'était auto-interdit de conduite depuis qu'il s'était endormi au volant et avait percuté un camion ; invité dans des festivals littéraires ou des signatures en Provence, lorsqu'il avait épuisé la patience de son épouse, ma mère, chroniqueuse à L'Auto-Journal et conductrice au style très (trop) sportif, il faisait appel à des chauffeurs bénévoles. Edmond fut l'un de ceux-là et leur amitié fraternelle naquit dans les longs trajets aller-retour entre Fontvieille et Fuveau ou Valensole.

Brancardier, coursier, télétypiste pour Le Provençal à Avignon, puis à Paris, Edmond était devenu chef de différentes agences du quotidien régional. Surtout, sa passion pour la photographie en avait fait le photographe historique du festival d'Avignon, créé après la guerre par Jean Vilar. Marseillais l'un et l'autre, Edmond et Yvan mon père n'étaient séparés que d'une quinzaine d'années. Descendants l'un et l'autre d'immigrés italiens, c'étaient d'authentiques « fils du peuple » qui aimaient à évoquer l'atmosphère des quartiers de leur enfance : la Belle de mai, le Panier, Saint-Mauront. Les Volponi et les Audouard s'adoptèrent mutuellement ; Edmond et sa femme Marie-Thé (« la meilleure des Nîmoises », disait mon père, pour qui « nîmois » était en général un qualificatif injurieux) venaient aussi régulièrement à Fontvieille que nous allions leur rendre visite dans leur belle maison de Villeneuve-lès-Avignon.

Ayant vu les rangs se clairsemer autour de lui, mon père presque octogénaire appela un jour Edmond et lui annonça qu'il venait de le désigner comme son « meilleur ami de jeunesse ».
Au cours des derniers mois de la vie de mon père, début 2004, j'allais lui rendre visite presque tous les jours à l'hôpital Georges Pompidou ; et tous les soirs à la même heure, le téléphone sonnait. Je n'avais pas besoin d'écouter pour savoir qui appelait, je passais donc directement l'appareil à mon père. Où qu'il soit, en France ou en Italie, Edmond appelait.

Notre amitié s'est forgée au cours de ces mois difficiles et les années suivantes n'ont fait que l'approfondir.
Il y a en nous un besoin d'admiration effrité par le spectacle quotidien des hypocrites, des menteurs, des tricheurs, sans parler des corrupteurs ou des malfaisants. Cet homme-là je l'aimais, je l'admirais aussi, pour sa bonté, sa simplicité, son humour guérisseur - toutes qualités que l'on retrouve dans ses photos.

Autodidacte complet, il avait découvert la photographie et sans jamais en étudier l'art en était devenu un maître. Qu'il s'agisse du portrait (une de ses photos de Gérard Philipe est la photo du célèbre acteur), d'un enfant à une fontaine ou d'un paysage, il savait capter l'instant décisif d'un regard, d'un mouvement ou d'une lumière.

Adolescent, il avait développé sa passion de l'opéra au « poulailler » de l'opéra de Marseille, loin des mélomanes délicats, parmi les « populaires » qui hurlent leur enthousiasme ou leur fureur.

Il y a deux soirs, dans sa chambre d'hôpital où se relayaient ses filles et son amie Françoise, Claudia lui a fait écouter quelques-uns de ses airs favoris. Il ne parlait plus depuis quelques jours, mais le sourire s'est esquissé et les yeux ont brillé ; la bougie a été soufflée dans la nuit. Pour moi, pour nous, sa lumière brille toujours.

Adieu et merci pour tout, mon bel Edmond ; adieu, petit, comme tu l'as écrit, « tu t'es bien régalé ».

 

Edmond Volponi (1928-2022)

Référence : Edmond m'a gentiment enguirlandé un jour parce que je n'avais pas lu Beaumarchais,  son auteur fétiche, dont il avait découvert la langue via Rossini, car à l'époque,  à  l'opéra de Marseille, les récitatifs du Barbier de Séville étaient dits en français.



COMMENT DEVENIR DE GAUCHE EN DOUZE HEURES CHRONO ?

Pour des raisons diverses il est devenu de plus en plus difficile d'être de gauche aujourd'hui.
Si vous êtes de droite, dommage, tant pis pour vous, mais j'ai peu de goût pour le prosélytisme : chacun sa merde.
Non ! vous, (comme moi), êtes ou avez été de gauche.

La gauche OK, mais laquelle ? De la gauche socialo-momolle à l'extrême, il n'y a pas que des nuances idéologiques ou de notables différences politiques sur des sujets majeurs (l'écologie,la proportionnelle, la fiscalité, l'Europe, le déplacement ou la destruction du mur de la Paix conçu par Mme Clara Halter, l'âge de la retraite à taux plein, les adhésions de la Finlande, de la Suède et de l'Ukraine à l'Otan - j'allais oublier les moyens de faire regagner la France à l'Eurovision) ; il y a les acrimonieuses querelles de personnes, divergences et rivalités qui peuvent tourner à la haine. Vous me direz, à droite ils en ont aussi ! Of course, mais c'est comme ça, la droite, ils sont individualistes à mort alors que nous autres, à gauche, on a un putain de sens de la solidarité, on est collectifs.

Vieux gaucho, j'ai été formé à la gauche par un pote de jeunesse de mon père qui au milieu des grands cortèges communistes des années 1920 chargés de banderoles « Des soviets partout ! », s'était confectionné sa petite pancarte « Des soviets par-ci par-là ! ».

J'ajoute que depuis la défaite de Mitterrand en 1974, la gauche ne peut plus provoquer chez moi de sanglots de chagrin : la voir se trahir ou se déchirer ou s'enferrer dans les mensonges m'emplit de plus d'ennui que de tristesse. Une expérience personnelle récente me suggère cependant une méthode radicale pour convertir les sceptiques et ramener à gauche les déçus. Vous allez voir, c'est simple comme 1, 2, 3? 12.

1. - Ayez un petit accident bête, mais assez sérieux quand même pour créer un peu d'inquiétude chez vous et de panique affectueuse chez vos proches.

2. - Attention : si l'accident est trop minime ça ne vaut pas ; s'il est trop sérieux, ça ne vaut pas non plus, car le but du jeu est pédagogique, il ne s'agit pas d'y laisser votre peau.

3. - Arrivez aux Urgences du grand hôpital le plus proche de chez vous (liste des urgences hospitalières où il ne faut aller sous aucun prétexte disponible sur demande - n'oubliez pas le timbre pour la réponse) ; tâchez de ne pas arriver en trottinant, ça fait pas sérieux ; le mieux est l'ambulance.

4. - N'oubliez pas votre carte Vitale et votre téléphone portable chargé à 100 %.

5. - Prenez aussi un livre (vous ne lirez pas, mais il est important d'avoir toujours un livre).

6. - Asseyez-vous (ou restez allongé sur votre brancard) et, tandis que votre proche patiente au guichet où il apprend que l'attente est estimée à douze heures, ouvrez grands vos yeux et vos oreilles : il y a un type complètement alcoolisé ou drogué qui veut se battre et que deux agents essaient de maîtriser ; il y a un autre type complètement drogué ou alcoolisé qui fait des déclarations d'amour aux agents de service qui ont réussi à maîtriser le type qui voulait se battre ; il y a des gens qui crient, des gens qui pleurent, des gens qui geignent ; le seul calme est un bonhomme dans un coin qui s'est pissé dessus. Ah j'en oublie un, il a dégueulé, moitié sur lui, moitié à côté.

7. - Voyez sans désespoir repartir les ambulanciers qui vous ont gentiment transporté. Ne laissez pas les mots suivants monter à vos lèvres : « ne m'abandonnez pas, bande de salauds, ici c'est l'enfer. Dites-vous que votre (petit) accident aurait pu arriver dans un pays où on vous aurait laissé crever comme une merde ; ici on va vous soigner, c'est sûr. Et grâce à la jolie carte verte que vous n'avez pas oubliée, ça sera gratuit, ce qui est quand même assez magique.

8. - Tranquillisez votre accompagnant qui prend sur son repos pour vous assister et vous soutenir le moral : non, on ne repart pas dans un autre hôpital où il y aurait moins de monde ; qu'il (elle) rentre à la maison, s'il faut attendre douze heures vous attendrez douze heures - vous n'avez pas si mal que ça.

9. - L'accompagnant reparti, ouvrez votre livre et résistez à la vague de désespoir qui monte en vous (je suis seul, c'est horrible, peut-être que c'est vraiment grave).

 10. - Écoutez la dame à l'accueil appeler désespérément pour demander un        « délestage » - on est déjà pleins, il n'y a plus un box de libre, on en est                  à  douze heures d'attente.

 11. - Regardez les agents courir, les aides-soignants courir. L'un d'eux, pff pff, s'arrête devant le guichet : « Tu les as appelés ? ? Oui, bien sûr. ? Et alors ? ? Ils refusent le délestage. » Vous étiez désespéré : mouais, il y en a de plus désespérés que vous, et ce ne sont pas forcément les malades.

Acceptez avec gratitude d'être roulé vers un box où vous patientez, un interne va venir vous examiner. Ça fait mal. Ne vous plaignez mal, car : a) vous n'êtes pas une chochotte ; b) si vous ne vous étiez pas fait mal, vous ne seriez pas aux urgences à 3 h 30 du matin, mais dans votre lit.

Laissez-vous rouler dans la salle suivante. On va venir vous chercher pour la radio. Patience.

Prenez votre livre, reposez-le. Écoutez plutôt : « J'ai mal, je peux avoir encore un calmant ? ? Non, madame, vous en avez eu il y a une demi-heure, on ne peut vous en redonner sans l'accord du médecin. ? Il est où, le médecin ? ? Ne vous inquiétez pas, il vient. ? Je ne peux rien avoir tout de suite ? J'ai vraiment mal. »

Reprenez votre livre. Un jeune Arabe parle en arabe au téléphone. Il parle très fort : impossible de vous concentrer sur votre livre, impossible de vous endormir.

Tendez l'oreille. C'est votre nom qu'on appelle, là ? « Je suis là ! »

Laissez-vous rouler vers la radio. À la question (idiote) « Vous pouvez vous tenir debout ? » ne répondez pas par un aboiement furieux, mais calmement prononcez ces mots : « Je suis désolé, mais je ne peux pas. »

Laissez-vous manipuler en ne protestant que si ça fait très mal.

Ouf, c'est fini, on roule vers une autre salle d'attente - pas la première, celle de la guerre, de l'amour, du pipi et du vomi.

Attendez. Oui, il est 5 heures du matin et vous n'en pouvez plus, mais il y a des cas plus graves que le vôtre - la dame qui hurle qu'elle a mal, le mot « amputation » qui jaillit depuis le poste de soins.

Dites bonjour à la docteure (vous avez entendu son prénom, elle s'appelle Céline, comme une soignante sur deux à l'hôpital) qui vient vous dire que les radios sont bonnes. Ne pleurez pas quand, à la question « Je peux partir, alors ? » sa réponse tombe : « Non, on a encore un examen à faire - par sécurité, car je ne suis pas inquiète. » Tentez à tout hasard : « Vous n'êtes pas inquiète et moi je suis rassuré, donc je peux peut-être rentrer maintenant. » Ne pleurez toujours pas quand la réponse revient en boomerang : « Non, monsieur, ce n'est pas possible, nous ne pouvons pas vous laisser partir comme ça, nous devons faire cet examen. »

Toujours pas de larmes, juste un petit soupir, lorsque Céline délivre le coup fatal d'une voix douce : « Il va falloir être patient, ça peut durer des heures. »

Respirez : vous êtes fatigué, Céline est fatiguée, tout le monde est fatigué. Vous continuez à dire « bonsoir » par réflexe aux aides-soignants, aux internes, aux brancardiers - et pourtant c'est le matin, une dame assez enceinte embarque des sacs-poubelle tandis que Céline appelle la pharmacie, car on manque de tel antibiotique.

Finalement un nouveau brancardier vient vous chercher. Il approche la soixantaine et ses longs cheveux gris sont noués en catogan, le truc des « vieux jeunes » ; malgré son look un peu terrifiant, il est sympa et tandis qu'il roule la conversation se noue. Il vous fait confiance ou bien il se lâche direct : il est anti-Macron, antivax. Comme il ne manque pas d'humour, vous l'écoutez avec plaisir.

Examen. Tiens, ça fait pas mal et c'est plutôt moins long que ce à quoi je m'attendais.

Dites merci au monsieur ou à la dame et résistez à la tentation de poser la question : « Alors ? » À ce stade, si vous n'avez pas encore compris qu'à l'hôpital on est patient ou on le devient, c'est à désespérer de votre cas.

On roule : « M.Cool catogan »» vous dépose dans le couloir - tous les box sont occupés. Céline passe - ou bien Audrey, sa collègue. Réprimez le cri de désespoir qui allait jaillir : « Céliiiine ! »

Attendez : personne ne va vous oublier dans un couloir, comme ça, à 7 heures du matin.

Céline court, Audrey court, ils courent tous, une dame geint, des ambulanciers arrivent pour emmener M. Bouanga - oui il est là, assis dans la salle d'attente, mais ses papiers ne sont pas tout à fait prêts.

20 % de batterie sur le téléphone : ça va.

Tiens, Céline. « Les résultats du dernier examen sont bons, quand vous serez chez vous, il faut prendre rendez-vous pour en faire un dernier. ? Pendant qu'on y est, quitte à ce que j'attende encore un peu, on ne pourrait pas le faire ici et maintenant ? » Céline : « Étant donné que ce n'est pas une urgence vitale, il vaut vraiment mieux que vous fassiez ça en ville. Ne traînez pas trop non plus, c'est important. »

On peut appeler l'ambulance ? Vous devez appeler chez vous, vous n'avez pas vos clés. Céline est patiente aussi : « On a les résultats de l'examen, mais on doit attendre le rapport officiel. Ne vous inquiétez pas, s'il n'est pas arrivé dans cinq minutes, je les appelle. »

Il est 7 heures, Paris s'éveille et vous, vous avez sommeil. Cinq minutes, dix minutes, pas de Céline. Vous entendez toujours sa voix qui réclame les antibiotiques, vous la voyez qui se lève pour sortir gentiment du poste de soins la dame qui, il y a une demi-heure, avait encore une alcoolémie à 2 g, puis gémissements d'une autre dame à qui « cool catogan n°2 » doit faire une prise de sang. Elle est désolée, c'est plus fort qu'elle, c'est une phobie. CC1 était sympa et CC2 est un génie. « Comme je vous comprends !, dit-il, moi c'est le dentiste. » La dame cesse de geindre et se marre. Cinq minutes après je les entends rigoler tous les deux. « C'est déjà fini ? demande-t-elle. ? Oui. » Je me dis que CC2 devrait être nommé directeur de l'AP-HP ou, au moins, chef de service - quel service ? chais pas, mais un grand service, genre ici, à Larib. En attendant il est payé au SMIC ou genre et je l'entends dire à Céline ou Audrey (ou les deux) : « Ça y est, j'en ai ma claque, dans six semaines c'est fini, je me casse. »

Céline. « Comment, Céline, c'est vous, quel bonheur ! »

Céline montre un papier : ne te réjouis pas trop vite, mon frère, car c'est bien le rapport, mais version préliminaire. What's the what, Céline are you kidding me ? ? No sir, je suis sérieuse, il faut attendre le rapport officiel et la transmission des données médico-légales. Ça va prendre longtemps ? Un certain temps. Pas d'inquiétude, ce temps n'est pas perdu, elle prépare les papiers.

Les ambulanciers arrivent quelques minutes après 8 heures, incroyablement joviaux et réveillés pour des mecs qui ont bossé toute la nuit ou bien qui viennent d'attaquer une journée d'enfer.

Farfouillage dans l'enveloppe avec mes papiers : radios, ordonnances, merde, where is ze  fucking bon de transport ? Là-dessus Céline arrive au galop et tend le papier. « Vous avez votre carte Vitale ? ? Hell no, on l'a rendue à mon fils à mon arrivée parce que je n'en aurais plus besoin. ? Vous connaissez votre numéro de Sécurité sociale ? » En temps normal je connais mon numéro par coeur, mais là, tel l'élève qui a révisé, mais sèche devant sa copie d'examen, je ne sais plus rien. 15 % de batterie, ça va, j'appelle mon fils. Le pauvre a dû dormir une heure et il va falloir qu'il se lève pour m'ouvrir et, en plus, descendre avec ma carte Vitale.

12. - Assis dans l'ambulance, vous revivez les meilleurs moments de l'expérience et la lumière se fait ; en vrai de vrai, si on veut changer ça, la gauche est la seule solution.

Dodo quelques heures. Réveil comateux, mais quand même je sais.

Malgré l'accumulation des doutes et des déceptions, je suis - j'ai toujours été, en fait - de gauche. Le spectacle (gratuit) est intolérable : la vague les vaincus définitifs de notre société échoue chaque jour, chaque nuit, aux urgences et on demande aux hôpitaux de les retaper autant que possible avant de les remettre dans le circuit de leur vie misérable. On fait ça (vous, moi, pas seulement MM. Macron et Véran et ceux qui les ont précédés) sans les payer décemment, sans leur donner les moyens nécessaires, dans la désorganisation la plus complète. Tout ça, fruit de la rationalisation et de la modernisation : cost-cutting et performance.

Être de gauche, follohoueurs, follohoueuses, ce n'est pas seulement dire « c'est moche, c'est insupportable, c'est honteux ». c'est faire quelque chose.

Me voici chez moi, la jambe (gauche, of course) surélevée, une poche de glace sur le genou. Il y a des élections bientôt et mon âme est en paix : il faut, plus que jamais, voter à gauche si on veut que ça change vraiment.

À gauche, oui, mais alors, laquelle ?

Vous savez quoi ? Moi j'ai fait mon boulot, et en six heures chrono seulement. Si vous ne me croyez pas, coupez-vous, cassez-vous la gueule, mettez-vous un truc bizarre dans le cul et allez-y constater par vous-même. Si c'est à Larib aux urgences traumatologiques (« circuit court »), soyez sympa, dites à Céline que je vais bien et demandez-lui si la dame qui était là avant moi dans la nuit de jeudi à vendredi est encore là.

Alors, quelle gauche ?

Je n'en sais rien, moi, démerdez-vous !

PS. Ouais, tout ça me donne une bonne excuse pour passer le plus temps possible allongé dans mon canap' et voir ou revoir les films de mes « monstres » du cinéma français. Après Gabin arrivent Lino, Romy, et les autres.


LES MONSTRES ET LES AUTRES (2)

LES MONSTRES ET LES AUTRES (2)

Des planches à l'écran

Chez nos voisins anglais, tout vient du théâtre et tous y retournent unjour ou l'autre. Cette tradition ne nous est pas étrangère et l'on sait que plusieurs de nos monstres et la plupart de nos grands comédiens ont alterné entre la scène et les écrans.

Les plus connus de nos grands anciens ayant pratiqué ce sport sont Sacha Guitry, lui-même fils du grand homme de théâtre Lucien à qui il vouait un culte, et Louis Jouvet, mais il faut citer Charles Dullin, fondateur de deux célèbres théâtres parisiens, le Vieux Colombier et l'Atelier. Ce dernier était à la fois salle de spectacle, lieu d'expérimentation et école. Pour s'y rendre, me dit mon ami Archimbaud,  Dullin  venait chaque matin à dos d'âne, attachant la longe à  un poteau comme l'on fait aujourd'hui de sa mobylette ou de son scooter. À ma connaissance, Dullin  n'apparaît que dans peu de films notables, les plus mémorables étant l'étonnant muet Maldone (1928) de Grémillon,  un pari artistique et commercial où l'acteur s'était aussi impliqué comme producteur ; plus tard il joua dans Volpone (Maurice Tourneur, 1941) où il fait mieux que tenir la route entre deux autres monstres - Jouvet et Harry Baur - le Quai des Orfèvres  de Clouzot.
Dans Les Misérables de Raymond Bernard (1934), où il forme avec Marguerite Moreno le meilleur, le plus affreux couple Thénardier de l'histoire du cinéma. Celui qui remplit l'écran de ce film, c'est Harry Baur (Jean Valjean-Madeleine, Champmathieu et Fauchelevent) et le jeune Charles Vanel est un Javert vindicatif à souhait.

King Harry

Qui regarde aujourd'hui les films dont Harry Baur était la vedette ? Il était pourtant une star qui avait débuté dans le muet et pris le tournant du parlant. Il pouvait être avec la même vérité un cambrioleur et un policier, Beethoven (un en muet, un en parlant), Raspoutine ou Rothschild. Juge dans Crime et châtiment, Hérode dans l'étrange Golgotha de Duvivier, il fut roi à plusieurs reprises, armateur vénitien, banquier et père Noël savoyard. D'originale alsacienne et lorraine, il fut pendant l'Occupation dénoncé par Je suis partout ; accusé d'être juif, il s'en défendit maladroitement, affirmant son « aryanité », ce qui ne l'empêcha pas d'être arrêté et un peu torturé ; quoique libéré il ne s'en remit pas et mourut peu après. Baur était un grand acteur, Raimu pour la présence physique, mais plus puissant encore, car capable d'exprimer des émotions fortes sans dire un mot et, à la différence du Toulonnais, n'ayant pas besoin de « faire du Harry Baur » pour exister. De plus, il semble qu'il ait été un homme sympathique et attachant, ce que n'était pas Raimu. J'ajoute que quoique né à Paris, il avait dans sa jeunesse jouée au rugby pour l'Olympique de Marseille et vouait un fidèle attachement à ce club.

De Jules en Jules

Raimu est un tel monstre du cinéma français qu'on hésite à rappeler que ce n'était pas un grand acteur - et un bonhomme à l'occasion assez déplaisant. Dans la mémoire populaire provençale (mais pas que), il reste le César de la trilogie marseillaise de Pagnol, un rôle que Harry Baur avait interprété au théâtre avant lui, et le boulanger trompé de La Femme du boulanger. Il détestait ce qui reste aujourd'hui un de ses plus grands rôles, celui de L'Étrange Monsieur Victor. Il est vrai que Jean Grémillon, ayant choisi le plus célèbre des Toulonnais pour jouer le rôle principal d'une histoire située à Toulon, avait utilisé le bagout de l'ancien comique troupier provençal pour le détourner et en faire un personnage ambigu et finalement assez antipathique?

Je ne peux oublier Jules Paufichet, dit Berry, l'inoubliable diable des Visiteurs du soir, ni Pierre Brasseur qui, en presque cinquante ans de carrière (débuts en 1924 avec Renoir, fin en 1971 avec Rappeneau), a été mauvais garçon, tueur, peintre maudit, comédien (Frédérick Lemaître dans Les Enfants du paradis, c'est lui), assassin, commissaire de police, fils feignant, comte, abbé, avant de finir marchand de vin ; pour la belle Simone Simon, femme fatale qui ne rendait pas à Renoir l'admiration que l'auteur de La Règle du jeu lui vouait, elle n'a pas commencé par le théâtre, mais après des débuts sur les planches en 1933 et une interruption due à la guerre et à sa carrière hollywoodienne (La Féline, de Jacques Tourneur) elle y est revenue quelques années avant sa mort ; de même pour Jean Marais. Débutant au cinéma dans les années 1930, celui qui sera l'acteur fétiche et l'homme aimé de Cocteau décédera en pleines répétitions de La Tempête de Shakespeare. Mon père, longtemps critique de théâtre au Canard enchaîné et qui avait la dent dure (il avait notamment titré un papier : « Surprise à Marigny, Jean-Louis Barrault encore plus mauvais que d'habitude »), m'a raconté l'entrée en scène du beau Jean dans Britannicus à la Comédie-Française (1952). Marais est le metteur en scène de la pièce et il interprète le rôle de Néron. Entrée à l'acte II : allure majestueuse, frisson dans la salle. Puis il ouvre la bouche et nasille « Narcisse, c'en est fait, Néron est amoureux » : fin de la magie, autre frisson, car la salle est parcourue d'une envie de rire que chaque spectateur n'a pas le courage (ou la décence) de retenir.

Arrêtons-nous sur le cas Gérard Philipe : la qualité des films dans lesquels notre James Dean est apparu est trop inégale pour qu'on puisse en juger, mais seuls ceux qui l'ont vu au théâtre ont eu la chance de faire l'expérience directe de son incroyable charisme. Au cinéma, même lorsqu'il est dirigé par l'excellent Jacques Becker dans Montparnasse 19, son jeu apparaît par instants un peu « théâtral » dans des films qui eurent peut-être leur charme, mais nous paraissent terriblement démodés. Ainsi de La Beauté du diable, une assez pesante variation sur le thème de Faustsignée René Clair, où le génialement dégoûtant Michel Simon le pulvérise littéralement. « Qu'est-ce que ça fait de jouer face à Gérard Philipe ? » demanda innocemment un journaliste à la sortie du film. Toujours aimable et gracieux, le héros de L'Atalante et de Boudu répondit : « C'est comme de jouer face à un mur. »

Sur cette vacherie j'arrête l'épisode 2, réservant le 3e à un monstre mâle et un monstre femelle que j'ai eu la chance de voir au théâtre (deux fois pour lui, une seule pour elle) : Michel Bouquet et Jeanne Moreau.


LES MONSTRES (3)

Michel Bouquet

Michel Bouquet est de ces monstres comédiens ayant marqué le théâtre comme le cinéma et qui sont tout aussi mémorables dans leurs rôles secondaires que dans leurs rôles principaux. Il semble avoir une prédilection pour les rôles qui le rendent antipathique - et maîtrise à merveille l'art d'humaniser des personnages qu'on adorerait détester dans la vraie vie : on ne peut guère avoir de tendresse pour lui que dans Pattes blanches, son deuxième film, où Jean Grémillon l'avait engagé sur recommandation de Jean Anouilh dont il jouait une pièce : fils bâtard d'une domestique un peu sorcière engrossée par un nobliau de province, il tombait amoureux d'une fille (Suzy Delair) trop belle pour lui. Le rôle était émouvant et trouble et peu d'acteurs d'une vingtaine d'années auraient été capables d'incarner avec justesse cet anti jeune premier poétique, dévoré de complexes et travaillé par le désir de vengeance.

Pour le reste, qu'il soit roi (chez Abel Gance), assassin crétin (chez Truffaut) bourgeois antipathique (chez Chabrol), flic obsessionnel (Deux hommes dans la ville de José Giovanni)qui veut la peau d'un Delon que le vieux Gabin veut sauver, mari trompé ou milliardaire, qu'il joue dans des comédies ou des drames, il a cette présence, il est là.

Au cours de sa longue carrière théâtrale, j'ai eu l'occasion de le voir à deux reprises : la première fois, dans les années 1980, il était Macbeth dans une mise en scène moderniste (ah ! cette époque où la scène était coupée en deux par une espèce de serpillière !) et maladroite qui avait provoqué les sifflets de la salle. Il s'était interrompu au milieu d'une scène pour admonester les siffleurs : « Si vous ne vous arrêtez pas tout de suite, je quitte la scène et je ne reviens pas. » Menace efficace, car on avait assisté au reste de la pièce dans un silence de mort, même lorsqu'une forêt semblant échappée de chez Castorama avait entamé sa marche fatale en direction du seigneur maudit.

La deuxième fois, près de quarante plus tard, il était Orgon dans Tartuffe. Point de sifflets, des acclamations qui n'en finissaient pas - un nonagénaire qui semblait décidé à ne jamais quitter la scène. Mon plus jeune fils, arrivé au théâtre en traînant des pieds, était ébloui de la jeunesse bondissante du vieil homme. À la manière de ceux qu'on a vus depuis toujours, j'avais une naïve tendance à le croire éternel : sur ce point il m'a déçu, car il vient de mourir. Vieux cabot, vieille canaille, je vous comprends ! Pas besoin de s'emmerder à faire l'effort de se traîner jusqu'à cent ans quand on a décroché l'éternité.

La reine Jeanne et l'irrésistible Brigitte

Transition sans effort : c'est bien Jeanne Moreau qui tue Michel Bouquet dans La mariée était en noir, quelques années après Jules et Jim, où elle était charmante mais furieuse. Elle incarne à merveille l'obsession meurtrière vengeresse d'une jeune veuve. Que dire d'une carrière de plus d'un demi-siècle au fil de laquelle elle a tourné avec les plus grands noms (Truffaut, Malle, Antonioni, Losey, Welles, entre autres) mais aussi d'honnêtes artisans de moindre réputation (Gilles Grangier, Jacques Deray, John Frankenheimer étant les plus notables), jouant avec un égal bonheur la reine, la prostituée et la servante ? Et ses mollets, que l'on admire dans deux films aussi différents que La Notte ou Ascenseur pour l'échafaud, ne sont-ils pas admirables d'élan, de décision, d'intelligence pure ?

Au théâtre, n'étant pas né, je n'ai pas eu la chance de la voir en partenaire de Gérard Philipe pour Le Cid de Jean Vilar à Avignon (1952) ; pas vue non plus en 1973, l'année de mon bac et (surtout) de mon premier grand amour, dans La chevauchée sur le lac de Constance de Peter Handke - mais j'ai encore les larmes aux yeux d'une soirée aux Bouffes du Nord (1986) où elle tenait presque seule la scène pour Le Récit de la servante Zerline tiré du roman de Herman Broch, mis en scène par Klaus Michael Grüber.

À ma connaissance, Jeanne la brune et Brigitte la blonde n'ont joué qu'une fois ensemble dans une délirante comédie aventureuse signée Louis Malle : l'absurde et délicieux Viva Maria ! (1965). Jeanne avait déjà déroulé quelque câble et Brigitte prolongeait l'incomparable éclat de sa première beauté. Non seulement elles sont irrésistibles de charme et d'espièglerie, mais elles ont l'air de s'amuser follement ensemble à jouer la comédie : lorsque pour les besoins du film elles montent sur scène pour chanter et danser la chanson écrite pour elles par Louis Malle et Jean-Claude Carrière, on voudrait avoir été garçon de courses ou assistant accessoiriste sur ce tournage pour avoir eu l'honneur de leur tendre un bas blanc de rechange ou réparer le talon endommagé d'une bottine. Deux voix, deux sourires, deux paires de mollets furent-elles mieux assorties que dans ce duo d'improbables révolutionnaires ?

De Mlle Bardot, n'ayant pas vu une bonne partie de ses films et attristé par les signes de sa décrépitude physique et morale, je préfère m'en tenir à ses trois plus beaux rôles, La Vérité, En cas de malheur et Le Mépris. La beauté, la voix, la vérité menteuse, le mensonge vrai : la présence? L'évoquant trente ans après leur liaison cinématographique et amoureuse, le metteur en scène Roger Vadim avait encore des étoiles dans les yeux. Il ne prononçait pas le prénom « Brigitte » de la même façon que ceux des autres très belles femmes qu'il avait aimées et avec qui il avait tourné : Annette (Stroyberg), Catherine (Deneuve), Jane (Fonda), c'étaient des belles et, la deuxième exceptée pour des raisons sur lesquelles il restait discret, il leur conservait affection et admiration, mais Brigitte, c'était autre chose? Comme on les comprend, ceux qui l'ont aimée, à l'écran et en vrai !

Pause monstre. Je reviendrai bientôt sur quelques cas : Gabin, Lino, Fernandel et Bourvil, Romy, Delon et Bébel, Vanel, la Deneuve peut-être.


LES MONSTRES ET LES AUTRES (1)

Au milieu d'un film, d'ailleurs assez médiocre (sur la petite centaine de films dont il a été la vedette, il ne pouvait pas tourner que des chefs-d'oeuvre), l'attention de Gabin est attirée par un de ses acolytes, joué par Jean Lefebvre, sur un restaurateur passionné de courses de chevaux à qui il pourrait dispenser ses conseils avisés - et intéressés - de paris turfistes. Ce restaurateur animé par la passion hippique est interprété par un certain Louis de Funès qu'on voit en action à travers la vitre de son restaurant. On n'entend pas sa voix, mais on aperçoit ses mimiques et sa gestuelle. Immédiatement c'est de Funès et on oublie d'être déçu qu'il n'y ait pas, plus loin dans le film, une rencontre au sommet entre ces deux monstres. Plusieurs rôles secondaires du film sont tenus par ces comédiens qu'on aimait retrouver dans les films populaires des années 1960 - Lefebvre bien sûr, Paul Frankeur, Madeleine Robinson, que Jean Grémillon avait engagée pour un film faute de pouvoir avoir Michèle Morgan alors émigrée à Hollywood - charmante en ingénue vingt ans plus tôt, elle est non moins charmante en dame d'un certain âge - mais c'est pas pareil que la dame qu'avait d'beaux-yeux-tu-sais.

À propos de beaux yeux, au début du Train de Granier-Deferre, Jean-Louis Trintignant, mari attentionné, en pleine folie de l'exode de 1940, se retrouve séparé de sa femme enceinte ; tandis qu'elle est assise dans un compartiment à l'avant du train, il est relégué à l'arrière dans un des wagons à bestiaux où sont entassés des malheureux fuyant l'avancée allemande. Dès l'instant où dans cette troupe déguenillée, son regard croise celui de Romy Schneider, on comprend que sa vie de mari parfait est terminée : il est dans la merde.

En cultivant mon obsession du cinéma français des origines à nos jours, il me semble possible d'établir deux catégories principales parmi ses acteurs les plus notables : les monstres et les autres. Les monstres sont ceux qui occupent la totalité de l'écran quand ils apparaissent : dès qu'ils sont là, on ne voit qu'eux, alors que les autres, hommes ou femmes, savent s'effacer ; restent les « tronches », qui peuvent être des « voix », on ne connaît pas toujours leurs noms, mais on les reconnaît immédiatement. Je ne vois pas de hiérarchie dans cette grille, subjective et pensée pour mon amusement, car il est des comédiens exceptionnels chez les « autres », et de médiocres chez les monstres.

Pour prolonger l'amusement, on pourrait dupliquer le raisonnement et l'appliquer aux metteurs en scène.
Monstres Abel Gance, Renoir, Pagnol et Guitry, René Clair, Melville, Clouzot, Godard, Chabrol, Michel Audiard (surnommé « le petit cycliste » par Gabin) et Gérard Oury ; simples humains Jacques et Jean Becker, Grémillon, Jean Vigo, Marcel Carné (« le môme » toujours selon Gabin), les Ophüls, René Clément, Autant-Lara, Christian-Jaque, Malle, Truffaut, Granier-Deferre, Verneuil?

Mais je m'égare, j'étais parti des acteurs : les premiers monstres à ma connaissance sont ceux magnifiés par Abel Gance : Séverin Mars, protagoniste de J'accuse et héros de La Roue, et Albert Dieudonné, l'impossible et souverain héros de son Napoléon ; monstres du parlant d'avant-guerre : Harry Baur, puis Louis Jouvet, Gabin, Michel Simon, Jules Berry, Pierre Brasseur, Raimu, Fernandel. Je ne vois pas Pierre Fresnay comme un monstre, mais comme le premier des hommes, aux côtés des Dalio et Carette. La plupart des monstres d'avant-guerre survivront jusqu'aux années 1960, voire 1970, en subissant quelques transformations et réinventions. Ils seront rejoints par les Montand, les Delon, Belmondo, Bourvil, Ventura, Noiret - et Louis de Funès. Tout aussi importants et attachants sont leurs femmes et hommes de compagnie : Micheline Presle, Françoise Fabian, Mireille Darc, Jeanne Balibar, par exemple, pour les dames ; et chez les messieurs Serge Reggiani, Jean-Louis Trintignant, François Périer, Charles Vanel, Michel Piccoli et Michel Serrault, Jean Rochefort, incroyables comédiens tout terrain et dont certains sont des monstres un peu sous-exploités, ce que le grand Terry Gilliam avait bien compris en souhaitant faire de Rochefort son Don Quichotte. Mettons à part Trintignant, qui fut un peu notre Mastroianni, notre James Stewart, capable de tout jouer - de l'homme moyen, limite falote, au salaud.

Et les femmes, direz-vous ? Point de monstresses ? J'ai cité Romy, mais en remontant aux sources on découvre les premières grandes monstresses du muet français : avant Catherine Hessling, la première femme de Jean Renoir, il y avait eu Ivy Close (La Roue) ; Renoir vouera un culte cinématographique touchant à l'idolâtrie à Simone Simon, objet de la passion homicide de Lantier (Gabin) dans La Bête humaine et future star hollywoodienne ; bientôt arriveront Arletty, Viviane Romance, puis la jeune Simone Kaminker, dite Signoret, entamera sa trajectoire, de pretty blonde de passage à bombe humaine, de putain glamoureuse innocente (Dédée d'Anvers) ou un peu salope (Manèges, Casque d'or) à résistante sacrifiée (L'Armée des ombres)ou criminelle piégée (Les Diaboliques),avant sa lignedroite finaleenvieille encore bandante (La Veuve Couderc)ou délicieusement atroce (Le Chat). Je n'aurai garde d'oublier nos monstresses un peu « intellos », Delphine Seyrig et surtout Jeanne Moreau, ni nos deux plus célèbres monstresses internationales, Brigitte Bardot et Catherine Deneuve, cette dernière encore en activité et qui prouve que l'on peut perdre sa jeunesse et sa beauté et rester le centre de l'attention. Sophie Marceau, jeune monstresse de La Boum, continue à éclairer les écrans dans les différents genres où elle apparaît, mais on voit moins la belle monstresse de ma jeunesse, l'étonnante et secrète Isabelle Adjani.

J'ai cité de Funès, mais je viens de revoir le très jeune Gérard Depardieu qui dans un de ses premiers films (Deux hommes dans la ville)avait une scène pour tenir tête à Delon, ce qui n'est pas rien - près d'un demi-siècle plus tard, Lino et Belmondo morts, Delon en retraite, il est notre dernier monstre - et un sacré comédien aussi, ce qu'il démontre dans les quelques scènes de l'excellent Illusions perdues où il est très convaincant en éditeur qui ne sait pas lire.

Ce texte s'annonce comme un monstre indigeste, donc je vais le découper en feuilleton (à suivre donc).


MOINS MAL QUE SI C'ÉTAIT PIRE

Cette jolie expression québécoise pour dire sans l'asséner dans ta gueule que ça va pas fort.

En voyant les résultats de dimanche soir, j'y ai pensé en buvant mon verre de château Chasse-Spleen acheté spécialement pour l'occasion. Marine Le Pen, forte de plus de 40 % des suffrages exprimés, parlait d'une « victoire éclatante » et ce n'était pas seulement de la rhétorique de fin de campagne. Là-dessus, je vois le résultat de mon village de Fontvieille : 52,5 % pour l'extrême droite - et j'ai envie de pleurer.

Moins mal que si c'était pire : mes amis immigrés ou issus de l'immigration ont quatre ans de plus pour faire leurs valises - à supposer qu'un début de guerre civile ne les chasse pas avant ; pu-tain, l'angoisse !

Pour ceux des amis qui ne seraient pas obligés de quitter le pays en cas de victoire des nazillo-pétainistes, l'agence immobilière russe Z a fait un boulot for-mi-dable : de nombreuses occasions à saisir pour l'est de l'Ukraine et à Marioupol. Prévoir des frais de remise en état et une bonne assurance.


RENTRÉE LITTÉRAIRE

Va savoir pourquoi, au mois de juin, l'idée m'a pris de commander à ma libraire chérie Brouillard sur le pont de Tolbiac, un livre de Léo Malet que je n'avais pas lu, mais dont mon incertaine mémoire avait gardé la trace.

Indice no 1 : il y a des titres comme ça - Brouillard dans la rue Corvisart, le duo Dutronc/Hardy (paroles de Michel Jonasz, musique de Gabriel Yared) est une chanson dont je ne me lasse pas.

Indice n2 : Guy Marchand n'a pas forcément marqué l'histoire du cinéma français quoiqu'il occupe d'excellents rôles secondaires dans Garde à vue, Une belle fille comme moi, et dans Loulou, mais il était Nestor Burma dans la vieille série télé qui adaptait et transposait les aventures du personnage le plus connu de Malet.

Indice n3 : ancien anarchiste et surréaliste, Malet avait été proche d'André Breton ; mon grand-père André Thirion le cite à plusieurs reprises, sans beaucoup de considération, dans ses mémoires Révolutionnaires sans révolution.

Indice n4 : avec le changement climatique, tous ces attributs typiquement parisiens - le brouillard, la pluie - auront bientôt disparu, ne laissant de traces que dans les livres et les films de ces temps révolus où il faisait moche et froid. Il pleut sur Paris dans les Burma comme il neige sur l'Anatolie dans les films du grand Nuri Bilge Ceylan. Différence : les livres de Malet sont longs d'une paire de centaines de pages en moyenne, alors que les films du génial Turc durent trois heures - spoiler alert : la neige se met à tomber au bout d'une heure et demie à deux heures.

Brouillard ne m'a pas déçu et mon été s'est poursuivi avec les Burma que je vous invite, follohoueurs, follohoueuses de mon coeur, à commander chez votre libraire favori, soit dans les éditions de poche (Fleuve noir), soit dans les trois volumes de la collection « Bouquins ».

Je lis doucement, car je prends des notes, j'essaie de faire le tri des adresses réelles ou imaginaires où Nestor m'entraîne dans ses enquêtes : le bar L'île de la Tortue, rue Daunou, a-t-il jamais existé ? et la maison de haute couture Irma et Deniserue de la Paix ? l'hôtel des deux Jumeaux rue de la Tour d'Auvergne ?

De rue en rue, je trouve des traces de ma propre existence.

Dernier indice avant que tu passes commande : moi, je lis pas vite (l'âge, le côté obsessionnel), mais ça se dévore aussi : action rapide, dialogues vifs et drôles, le gars ne traînait pas en route.

 

Références

Brouillard sur le pont de Tolbiac et 120 rue de la Gare (le premier publié en 1943 dans une maison tout juste créée, les éditions Robert Laffont) sont disponibles en Fleuve noir.

Les trois volumes de la collection « Bouquins » proposent les livres plus ou moins dans l'ordre, non de leur publication, mais de la biographie reconstituée de Burma, depuis sa première enquête (Gros plan sur macchabée)jusqu'à la dernière (Nestor Burma dans l'île). L'édition, dirigée par Francis Lacassin et à laquelle Malet lui-même avait participé, est un modèle : le travail de la maîtresse d'oeuvre, Mme Nadia Dhoukar, éclaire et enrichit sans alourdir et les documents complémentaires sont un trésor pour qui, au-delà des romans et du détective, veut sonder la personnalité multiple et fascinante de son créateur.

PS. Au cas où le caractère obsessionnel de ma nature ne vous serait pas apparu dans toute son effroyable netteté, follohoueurs, follohoueuses de mon coeur, sachez que je ne me contente pas de lire attentivement : je note les plaques d'immatriculation des autos, les numéros de téléphone en lettres, comme « à mon époque » : Stéphane mon meilleur ami, c'était MAI (Maillot) 28 99. Pas encore de MAI dans Malet, ni de SAB (Sablons, comme chez moi) mais des GUT(enberg), des ETO(ile), des BOL(ivar), des ELY (sées). En conséquence de quoi, poursuivant mes lectures, je vais peut-être soigner mon nestorburmisme en vous en digressant les merveilles. Sur ce, bonne rentrée - et allez l'OM ! Baille ze ouais, cela n'est pas hors sujet, car les enquêtes de Burma l'emmènent aussi à Marseille.

 


LA LUMIÈRE DE ROMY

Pourquoi tant de jeunes parents donnent-ils à leur petite fille le prénom « Romy » ?

Est-ce par admiration de l'athlète Romy Müller[1], championne olympique en relais 4 × 100 mètres est-allemand, de la basketteuse Romy Bär, de la patineuse artistique Romy Kermer ?

Ce n'est pas impossible, mais la bonne réponse a toutes les chances d'être autre : la Romy qui fait rêver les géniteurs de petites princesses est née Rosemarie Magdalena Allbach et a fait carrière au cinéma sous le prénom de Romy et le nom de sa mère, l'artiste de music-hall et actrice Magda Schneider. Enfant star à quinze ans pour ses rôles dans les films Sissi, Romy échappa vite à ce que M. Tulard dans son Dictionnaire du cinéma nomme le risque d'une carrière désastreuse ; entre les bons artisans, les faiseurs et quelques grands, elle sut ne jamais être vulgaire à l'écran comme dans la vie où ses idylles (avec Delon, avec Trintignant, avec Dutronc?) et ses souffrances privées étaient scrutées avec avidité par les paparazzis et confondues avec celles des personnages qu'elle interprétait. Romy n'avait jamais connu d'éclipse[2] lorsqu'on la retrouva morte chez elle, à quarante-trois ans - il y a quarante ans presque jour pour jour.

Ses qualités d'actrice, que je trouve éminentes, sont parfois débattues, et les meilleurs films où elle a joué ne sont pas toujours ceux dont elle était la vedette, mais de 1958, date de son premier film français, Christine, le mélo qui lança la carrière d'un certain Alain Delon, au début des années 1980, au travers des passions et déboires sentimentaux, elle est restée celle qui attire la lumière dans tous les films où elle jouait. Truffaut, qui admirait les stars, ne s'y était pas trompé. La caméra de l'enfant de Pigalle s'attardait sur les visages des hommes, mais elle tombait amoureuse des femmes, de Jeanne Moreau à Fanny Ardant en passant par les soeurs jumelles Françoise Dorléac et Catherine Deneuve, Julie Christie et Isabelle Adjani. Que serait-il advenu s'il avait mené à bien ce projet mentionné dans une lettre de 1964 d'une comédie dramatique sur un couple jeune qui se sépare et se réconcilie, avec Belmondo et Romy ? Comme disait Sacha Guitry, faisons un rêve?

Dans Mado (Sautet, 1976), ce n'est pas Romy qui interprète le rôle-titre, mais l'assez charmante Ottavia Piccolo (excellente dans La Veuve Couderc où elle est l'objet de lahainede SimoneSignoret) ; pourtant c'est Romy que l'on voit. Même dans un de ses films qui ont le plus mal vieilli, L'important c'est d'aimer (Zulawski, 1975), elle irradie et, aux côtés de Jacques Dutronc, fait passer le style outré des situations et des dialogues d'un film qui se veut un hymne romantique et ne nous apparaît aujourd'hui que comme un mélo verbeux et faux de part en part.

Si le cinéma reste « l'art de faire faire de jolies choses à de jolies femmes » (la phrase de Jean-Georges Auriol, des Cahiers du cinéma, a si souvent été citée par Truffaut et correspond si bien à une bonne partie de son propre art qu'elle lui est souvent attribuée), Romy était le cinéma. Si c'est l'histoire d'une princesse qui a des malheurs, elle l'était aussi, car entre les épreuves fictives vécues par ses personnages et celles qu'elle affrontait dans la vraie vie, on ne pouvait qu'être ému à voir tant de beauté mariée à tant de souffrances et tant de désir d'aimer s'achever dans pareille solitude.

Mon top 10 Romy (dans le désordre)

Le Vieux Fusil (Robert Enrico, 1975) est un drame qui a bien vieilli : la partie d'action où Noiret se débarrasse un à un des méchants nazis fait un peu jeu vidéo et c'est quand même gonflé, au moment où il va appuyer sur la gâchette de son vieux fusil, d'interrompre la scène pour un flash-back sur le bonheur passé avec Romy, qui n'apparaît pour l'essentiel qu'évoquée. Le scénariste Pascal Jardin a raconté qu'il a écrit le film en proie à l'émotion violente d'un chagrin amoureux. Il voulait à la fois tuer le maximum de personnages (la folie meurtrière vengeresse de Noiret, c'est la sienne) et ressusciter les moments heureux vécus avec une femme aimée. Noiret superbe comme toujours, Bouise épatant second rôle, comme toujours : à près d'un demi-siècle de distance, ça vaut son César (le premier, en 1976, remis par M. Gabin et Mme Morgan, excusez du peu) et le César des Césars Garde à vue (Claude Miller, 1981). Romy est l'épouse malheureuse, frustrée et accusatrice du méchant notaire innocent Michel Serrault. Elle est superbe de beauté et d'ambiguïté.

Le Procès (Orson Welles, 1962). Quel nez, la petite ! Elle est déjà une star naissante quand elle accepte le rôle de Leni, la petite salope allumeuse du Procès de Kafka revu et corrigé par Orson Welles. Voici notre ex-Sissi au milieu d'un casting international de haute volée : côté hommes Anthony Perkins et Welles lui-même, côté femmes Jeanne Moreau, Suzanne Flon et Madeleine Robinson. Pour les séquences où elle apparaît, elle est plus que parfaite dans un rôle trouble qui ne ressemble à aucun de ceux qu'elle a joués. Pas mal pour une petite princesse qui n'a jamais appris, n'est jamais montée sur les planches avant que sa mère ne la sorte du pensionnat pour son premier rôle.

César et Rosalie est un des films de Sautet qui a le mieux vieilli et son personnage de femme libre amoureuse de deux hommes (César c'est Yves Montand, et David, l'autre, c'est Sami Frey, « le beau Sami », très bien) est moderne par ses ambivalences. Quant au plan final, son regard posé sur ses deux amoureux qui boivent ensemble, il est superbe et propose au spectateur la seule fin qui vaille dans ce genre d'histoires : la fin ouverte qui nous permet de supposer qu'elle va en choisir un (plutôt César), aucun, ou continuer avec les deux. Comme l'écrit l'excellentissime Léonard Anthony dans un ouvrage à paraître dont je ne vous donne pas le titre pour faire monter le suspense : « L'inachevé est la forme la plus aboutie de toute création. »

Pour rester avec Sautet, j'aime beaucoup le rôle de Romy dans Max et les ferrailleurs, où elle est cette jeune prostituée manipulée par Piccoli - aussi antipathique qu'attachant, aussi attachant qu'antipathique, dans le sens que tu préfères. Là encore, il y a un regard d'elle sur lui, vers la fin, quand elle a tout compris, qui est plus fort que des kilomètres de dialogues.

La Banquière, même si cela agaçait son réalisateur, est le film de Francis Girod dont on se souvient. Remarquable la performance de Romy en aventurière et femme d'affaires bisexuelle en butte à l'hostilité d'hommes de pouvoir qu'elle dérange ; superbement construit le scénario ; plaisir des merveilleux seconds rôles joués par des comédiens de premier plan (Trintignant un méchant épatant, Auteuil, Marie-France Pisier, Brialy, Claude Brasseur?).

La Passante du Sans-Souci. J'avoue que c'est assez récemment que j'ai vu le film de Jacques Rouffio tiré d'un roman de Kessel que je n'ai pas lu. Ça vaut bien au-delà du voyeurisme de voir Romy, toujours aussi belle, marquée par la mort récente de son fils David, suivie du suicide du père du garçon, son ex-mari l'homme de théâtre Harry Meyen. Montand, qui a toujours eu de la prestance et une présence, était à ses débuts un comédien limité et je le trouve souvent moyen dans ses films des années 1950 et 1960, même les plus connus. À force de tourner avec des bons, comme Sautet ou Costa-Gavras, il est devenu bon lui aussi et il donne une vraie densité à son personnage d'homme d'affaires philanthrope qui commet un meurtre pour solder les comptes de son enfance chamboulée par les nazis. L'histoire tient la route, la cinématographie est belle et les acteurs de soutien sont excellents : Gérard Klein n'est pas encore l'instit popularisé par la télé, Dominique Labourier (la délicieuse partenaire de la non moins délicieuse Bulle Ogier dans Céline et Julie vont en bateau) prouve sa versatilité, on a du plaisir à retrouver Véronique Silver (la mémorable narratrice de La Femme d'à côté de Truffaut) en présidente du tribunal. Fun facts révélés par mon ami Ouiqui : le jeune comédien excellent qui interprète le personnage de Montand jeune n'a plus jamais tourné : il est devenu un mathématicien de haut niveau qui a obtenu la médaille Fields, l'équivalent du Nobel pour les maths. Vers la fin du film, apparition pour une scène de deux méchants qui agressent Montand et le menacent : l'un des deux est Jean Reno.  Fun fact rapporté par Malcampo, qui ne se contente pas de relire et corriger : Dans une interview, Klein a raconté que Romy et lui s'étaient très bien entendus, ils parlaient beaucoup ensemble pendant le tournage et Romy l'avait prévenu dès le départ : il faut que tu saches que je n'ai aucun humour? 

Clair de femme : encore Montand/Romy, quelques années après César et Rosalie mais ce n'est ni du Sautet, ni le Gavras que l'on visualise en pensant à Z ou à L'Aveu - un film poétique et rêveur sous son apparence d'intrigue politico-policière, un film romantique sur la renaissance du sentiment amoureux chez des êtres qui, pour des raisons différentes, n'y croient plus.

Le Train, de Granier-Deferre, vient en bout de cette liste, mais c'est l'un de mes préférés. Par un dédoublement courant au cinéma, on devine sans avoir eu l'info que l'amour impossible entre les deux protagonistes, Romy et son partenaire masculin, le toujours supérieur Jean-Louis Trintignant, n'est pas de l'ordre de la pure fiction. Tirée d'un roman de Simenon, l'intrigue a pris de la texture dans les souvenirs d'enfance du réalisateur, qui raconte avec une belle surprise rétrospective de modeste indécrottable que c'est Romy, déjà grande star, qui vient le voir pour lui proposer de tourner avec elle ; il mentionne avec humour le goût prononcé de la star à se montrer nue. Excellents seconds rôles de Nike Arrighi (la maquilleuse de La Nuit américaine),Régine, prostituée à l'âme généreuse, Maurice Biraud, Anne Wiazemsky (la jeune fille de l'inoubliable Au hasard Balthazar), Paul Le Person et autres.

Je suis embarrassé pour parler d'un film à succès (le plus grand de Sautet, je crois) et qui a beaucoup fait pour la légende de Romy : Les Choses de la vie. Les rôles principaux(Piccoli, Romy, Lea Massari) sont formidables, bons rôles secondaires de Jean Bouise et Dominique Zardi, un de ces acteurs qu'on voit souvent dans les bons films français de ces années-là, mais qu'on ne reconnaît pas toujours ; petit rôle de Boby Lapointe, que Sautet a fait tourner à trois reprises, mais jamais chanter, à la différence de Truffaut - l'apparition du grand Boby dans Tirez sur le pianiste a d'ailleurs relancé sa carrière de chanteur. Ça m'a semblé parfois un peu long pour un film court (1 h 29, dit mon ami Ouiqui) et au bout de cinquante ralentis sur l'accident de voiture, avec la roue détachée qui tourne ou Piccoli allongé dans l'herbe, on se lasse.

Embêté pour La Mort en direct, le film anglais de Bertrand Tavernier, merveilleux réalisateur qui, à mon sens, s'est égaré dans une sorte de Truman Show auquel manquerait tout humour. Du début à la fin, j'ai eu du mal à y croire, malgré le talent de Romy et celui de son protagoniste Harvey Keitel.



[1] Fun fact, mon ami Ouiqui m'informe que le nom de naissance de cette sprinteuse était Schneider. À peu de chose près, deux Romy Schneider auraient coexisté, ou bien notre Romy aurait fait carrière sous le nom de Allbach.

[2] Sinon une assez brève, d'où son ex Alain Delon la sortit généreusement pour qu'elle co-stare avec lui dans La Piscine.


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