Antoine Audouard

Blog de Antoine Audouard


UN MÂLE POUR LE BIEN

Les lecteurs de ce blog ont échappé de justesse à « SOIGNER LE MALE PAR LE MALE », mais ce titre démontre, s'il en était besoin, que je ne résiste jamais à un mauvais jeu de mots.

Après mon post au sujet de la crise du mâle, je me vois engueulé poliment par un lecteur qui me reproche de tomber dans un piège en désignant le président Trump comme prototype du mâle toxique, un concept qu'il récuse, jugeant de façon plus ou moins explicite, qu'en matière de toxicité la femelle n'a rien à envier au mâle. Je m'apprêtais à m'écrier : « Houellebecq, sors de ce corps ! », lorsqu'une référence donnée par mon contradicteur m'a attiré l'oeil. À côté de Roland Barthes il citait un jeune romancier que j'ai bien connu  - qui se souvient de Marie en quelques mots , premier livre d'Antoine Audouard, paru en 1977, à part un ou deux critiques d'un certain âge ?

Pour en revenir à la « nouvelle masculinité », le magazine GQ en donne une version plus souriante que celle de Harper's, plus coûteuse aussi. M. Pharrell Williams, icône hip-hop, se montre en couverture dans un manteau jaune à plis et replis, du type qu'on imaginerait  mieux porté par la  duchesse de Kent pour un mariage royal. Entre deux pages où il est photographié dans toutes sortes de tenues, M. Williams expose sa philosophie - une sorte de bouddhisme Chanel où on se déplace en Mercedes Benz silencieuse,  où on ferme les yeux pour méditer avant de passer à table dans des restaurants de luxe, où l'on devient un homme un vrai en reconnaissant sa part de féminité. Le manteau  milieu de gamme tourne autour des 10.000 dollars, les bijoux et montres  tournent autour des  50.000 et certains prix d'accessoires ne sont même pas donnés - il est recommandé de contacter la marque. Bref, pour 100.000 balles, il est tout à fait possible d'échapper à la masculinité toxique pour contacter le féminin en soi. Comment feront les pauvres ? Vous savez, les pauvres? en dehors de cas d'exception, comme le père et l'oncle de M. Williams, ils se situent entre ceux d'Affreux, sales et méchants et ceux de Parasite. Irrécupérables? C'est un miracle que M. Williams, autrefois l'un d'entre eux, ait pu accumuler assez de biens pour devenir  ce « mâle bien » qui nous fait rêver.

 

Références :

Le prix des mocassins Pharrell Chanel n'est pas indiqué, le cardigan Prada est à 1.704 dollars,  les pantalons St Laurent à 990, les manteaux commencent à 1705, des chemises Armani à 525. Si vous  voulez faire des économies en vue de la montre Richard Mille à 982.000, vous choisirez les boxers à 65 et le lot de 3 chemises Human Made à 66.Un conseil : ne radinez pas. Être un mâle bien  comme ils disent chez Mastercard, priceless. Et qui sait, amis lecteurs, vous finirez peut-être sur la couverture de GQ, ce qui fera plaisir à vos mamans, amies, épouses.

Plus sérieusement, il n'est jamais trop tard pour recommander la lecture de l'épatant Mythe de la virilité, de la remarquable philosophe Olivia Gazalé. (éditions Robert Laffont , 2017)


LA VOIX DU POÈTE

 Au pays du business roi, les poètes sont souvent respectés, admirés, révérés, aimés.  Ainsi ne suis-je pas surpris de voir pleine la grande salle du 92nd Sreet Y pour un hommage au poète récemment disparu WS Merwin.

Né à New York, ayant grandi dans le New Jersey et en Pennsylvanie, ce fils de pasteur presbytérien qui, à cinq ans, composait des hymnes, avait obtenu une bourse d’études à Princeton. Il avait vécu dans le Greenwich Village quand c’était encre le phare et le havre des poètes et musiciens désargentés. Puis l’appel de la forêt avait commencé à sonner en lui et il s’était transporté dans le Lot, avant de trouver un sanctuaire sur une île de Hawaï.

Mon merveilleux ami l’écrivain John Burnham Schwartz ouvre la séance. C’est chez John que nous avons rencontré William, compagnon de vie de sa mère Paula. Comme beaucoup des « grands » que j‘ai croisés dans ma vie, j’ai été frappé par sa simplicité, la chaleur humaine spontanée qui émanait de lui, son absence totale de pose – aussi l’attention mutuelle constante que Paula et lui se portait avait quelque chose de rare et de bouleversant.

Plus tard, toujours grâce à John, nous avons assisté à une lecture de William dans le cadre de la « Writers conference » de Sun Valley (Idaho), dont John est le directeur littéraire. L’homme était frêle, les mots clairs et mystérieux, la présence discrète et formidable.

Nous ne l’avons revu qu’une fois à Brooklyn – avec Paula ils passaient l’essentiel de leur temps à Hawaï, répugnant à revenir vers une civilisation qu’il voyait destructrice de tout ce qui selon lui donnait du prix à la vie. Sur son île de Maui, il écrivait ses poèmes (il avait appris le hawaïen pour recueillir des légendes locales et composer une étonnante épopée de l’île, (The Folding Cliffs ), et plantait une petite forêt de palmiers avec Paula. John, qui leur rendait visite le plus souvent qu’il le pouvait – William devenait aveugle et Paula était malade – les voyait allongés ou assis l’un à côté de l’autre, silencieux, se tenant la main. Quand il eut presque complètement perdu la vue, il y avait encore de la poésie en lui : son dernier volume fut dicté. Ensuite il se tut.

John parle de lui. Je sens qu’il contient toute l’émotion en lui – et plusieurs fois je vois les larmes qui lui montent aux yeux, sa voix pourtant habituée à parler en public qui tremble légèrement, son corps qui se crispe. Pour finir, il lit deux poèmes, le second consacré à Paula.

Toute la soirée nous avons entendu des témoignages : éditeurs, poètes, amis, qui s’achevaient par la lecture d’un ou deux poèmes. C’était émouvant, drôle parfois – Paula était presque toujours présente. Et puis après le dernier témoin, une voix a retenti : c’était celle de William, enregistré il y a une quinzaine d’années. Il a lu trois poèmes. Ci-dessous le deuxième :

 

Yesterday

Mon ami dit

Je n’étais pas un bon fils, tu comprends

Et je dis Oui, je comprends

Il dit, je n’allais pas voir mes parents très souvent, tu sais

Et je dis Oui, je sais

Même quand nous habitions la même ville

J’y allais peut-être une fois par mois

Peut-être encore moins

Je dis Oh oui...

Il dit : la dernière que j’ai été voir mon père

Je dis, la dernière fois que j’ai vu mon père

Il dit, la dernière fois que j’ai vu mon père,

Il me posait des questions sur ma vie,

Comment je me débrouillais,

Et puis il est passé dans la pièce à côté

Pour chercher quelque chose qu’il voulait me donner

Oh, dis-je,

Sentant à nouveau le froid de la main de mon père

La dernière fois

Il dit, Et mon père s’est retourné dans l’embrasure de la porte,

M’a vu regarder ma montre

Et il a dit

Tu sais je voudrais que tu restes

Pour parler avec moi

Oh oui, je dis

Mais si tu es occupé, il a dit,

Je ne veux que tu te sentes obligé

Juste parce que je suis là

Je ne dis rien

Il dit : Mon père a dit

Peut-être que tu as un travail important à faire

Ou bien quelqu’un à voir

Et je ne veux pas te retenir

Je regarde par  la fenêtre

Mon ami est plus âgé que moi

Il dit : Et j’ai dit  à mon père que oui, c’était bien ça,

Je me suis levé et je suis parti,

Tu sais,

Alors que je n’avais nulle part où aller

Et rien à faire.

Ensuite la voix de William a dit « Good night » et beaucoup ont cru  qu’il nous disait aurevoir – mais c’était encore un poème – et encore, toujours, pour Paula.

Good Night

Dors doucement, mon vieil amour,

Ma beauté dans l’obscurité

La nuit est un rêve que nous faisons,

Tu le sais, tu le sais,

La nuit est un rêve, tu le sais,

Un vieil amour dans l’obscurité

Qui sans fin t’enveloppe quand tu vas,

Tu le sais

Dans la nuit où tu vas

Dors doucement

Sans fin dans l’obscurité

Dans l’amour que tu sais.

Et puis la voix du poète s’est tue sans s’éteindre. Elle résonnera encore longuement dans les cœurs, réveillant leurs amours vieux ou jeunes et les accompagnant sans fin dans les nuits obscures.

PS. Les deux traductions ci-dessus sont personnelles. Le traducteur français attitré de WS Merwin est Luc de Goustine.


POURQUOI LE MÂLE VA MAL ?

De la grande tradition littéraire américaine du « magazine  writing », presque rien n’est connu en France, où « journalisme » et « littérature » ont le plus souvent été des mondes séparés.

À l’heure où les magazines U.S les plus prestigieux sont en difficulté – la faute à la pub qui rentre mal, à Internet qui engourdit le cerveau des lecteurs – la qualité de beaucoup d’articles reste impressionnante. Ainsi la dernière livraison du célèbre Harper’s  – où à côté des photos d’Irving Penn ou de Cartier Bresson, on trouva notamment autrefois a signature de Truman Capote – propose-t-elle un passionnant essai de Barrett Swanson sur l’état du mâle américain contemporain.

À son meilleur, le magazine writing propose un sujet accrocheur, une recherche approfondie, une histoire structurée et un style personnel. Sous l’influence de certaines de ses stars, comme Norman Mailer ou Hunter Thompson, les années récentes ont vu certains écrivains négliger le travail journalistique ou d’écriture  pour se raconter avec la complaisance des auteurs précités, mais sans leur talent hors norme.  N’ayant rien lu de M. Swanson, je me suis fié à l’accroche de couverture : « Manhood in the age of #metoo »  que le sommaire précise partiellement en indiquant le titre « Men at work » et le sous-titre « Is there a masculine cure for toxic masculinity ? ». Décidé à partir à la rencontre d’une toxicité masculine » dont –  malgré de fréquents rappels à l’ordre d’Edith, ma prof de yoga, mon adorée gouroute – j’ignorais la présence en moi, je me suis plongé dans le récit de M Swanson. Il est structuré autour du compte rendu d’un long week-end dans une « retraite » organisée par la société Evryman – des hommes proposant à des hommes en désarroi de se réunir entre hommes (ce sont des femmes qui font le service, quand même !) dans le but de retrouver une identité masculine nettoyée du poison du machisme. On parle, on se confesse, on écoute, on pleure (beaucoup), on s’encourage, on se donne des tapes dans  le dos et des « high five », on se câline et à la fin du week-end on repart l’âme récurée – non par d’agressives militantes féministes – mais par des hommes comme nous, poil dur et voix douce. Le  talent de M. Swanson est de nous entraîner dans son récit avec honnêteté, justesse et un certain sens du comique. Tout d’abord il a fait son « homework ».Cette crise du mâle, nous apprend-il assez vite, n’est pas une « impression ».  Des statistiques établissent d’inquiétantes proportions (de l’ordre de 80%) d’hommes américains en proie ou la dépression ou à une addiction quelconque ; si l’on ajoute  les tentatives de suicide, l’Amérique  moderne – celle qui a élu comme président M. Trump,  prototype du mâle bien toxique, n’est pas une nation de John Waynes ou de Rambos sûrs de leur virilité, sauf à considérer que sortir son flingue ou son surin sont des signes d’une virilité confiante : le mâle américain est responsable de 80% des crimes avec violences.

Par la variété de ses sources,  son absence de complaisance  quand il se met en scène, son absence de condescendance quand il relate des scènes pouvant prêter à sourire, M. Swanson attire la sympathie. Dans un endroit où l’on pleure beaucoup (l’un des exercices s’intitule « si tu me connaissais, tu saurais que.. » et donne lieu à de torrentielles confessions), on ne pouvait rêver plus accommodant témoin qu’un journaliste dont, nous dit-il, le surnom à l’école était « the sprinkler »  - l’arroseur… Nous faisant découvrir en parallèle l’univers effarant des « iron Johns », ces super-machos dont « super Donald » Trump  est un exemple, il nous invite à une réflexion collective et personnelle subtile et non caricaturale. Un sentiment renforcé vers la fin d’une (longue) lecture, quand l’on s’aperçoit qu’il n’essaie pas de « conclure » : à coups de stages, de thérapies ou de « retraites » ce « nouvel homme »  est-il autre chose qu’ une illusion moderne, voire un sous-produit marketing de plus dans une société  où le désir de se relier à nos semblables a produit un monstre comme « Facebook » et où les « gourous » de toutes obédiences suivent les préceptes enseignés dans les écoles de commerce ? Libre au lecteur (ou à la lectrice) de se faire une opinion personnelle : au moins celle-ci, qui n’est pas et ne peut être « vierge », aura-t-elle été éclairée et enrichie par ce témoignage/enquête mené avec talent.

 

Référence

Harper’s Magazine, numéro de novembre 2019


Melville chez son éditeur

 

 

Avec l'âge, « retiré » de l'édition réelle, je me suis mis à pratiquer l'édition imaginaire. Ainsi puis-je me permettre des dialogues avec quelques écrivains et leur donner mon avis sans gants - ils sont encore jeunes et modestes. Pour les besoins de ma rencontre avec Herman Melville (200 ans cet été - un enfant !), je me suis réincarné en Dan[1].

Dan : Mon cher Herman, je viens de finir ton manuscrit et tu as failli me rendre fou !
Herman : Je suis désolé de contredire un éditeur que j'admire - et qui a notamment aidé mon grand ami Hawthorne à publier sa  merveilleuse Lettre Ecarlate - mais c'est moi qui ai failli devenir fou. Et d'ailleurs, sans doute le suis-je devenu?

- Mon jeune ami, tu as écrit un chef-d'oeuvre. Toutefois?

- Toutefois ?

- C'est un livre impossible, aux limites de l'illisible, et il n'aura aucun succès, donc?

- Donc vous ne voulez pas le publier.

- Au contraire ! C'est mon souhait le plus ardent ! Depuis Frankenstein, je n'ai rien lu d'aussi étrange et diaboliquement puissant. Toutefois?

- Cher Dan, avec toute la considération que vous dois, vos « toutefois » commencent à m'inquiéter?

- Herman, tu as connu des débuts brillants et je dois t'avouer qu'en découvrant le sujet de ton manuscrit, je m'attendais à quelque chose de plus.

- ...classique ?

- Non. Commençons par ta première phrase. « Call me Ishmael. » Ça veut dire quoi exactement ? C'est flou, angoissant pour le lecteur. Tu ne pourrais pas être plus précis et direct, écrire « My name is Ishmael », par exemple ?

- Oui, Dan, je pourrais, mais je préfère ne pas? et j'ai mes raisons, qui ne sont pas un caprice.

- Passons : l'auteur - surtout un grand auteur comme toi - a toujours raison. Quoique? tes premiers chapitres sont intéressants, ils laissent entrevoir une aventure, mais pourquoi cette ambiance biblique, comme si tu  écrivais non un roman, mais un livre de l'Ancien Testament !

- C'est exactement cela, Dan : pas seulement ça, mais en premier lieu. Je voudrais que le lecteur pénètre dans ce livre comme un pécheur pénètre dans une église : avec la crainte de Dieu.

- Mais toutes ces références sont-elles nécessaires ? Jonas encore, je comprends, ça va de soi, mais les lecteurs modernes n'ont pas comme toi fréquenté la Bible depuis l'enfance !

- Ils auraient dû !

- Soit. Mais ces allusions à des moeurs de sauvages, ne sont-elles pas choquantes pour un chrétien ?

- Vous voulez parler de la petite idole de Queequeg ?

- Drôle de nom d'ailleurs, il ne pourrait pas s'appeler « Mardi », par exemple ? Excuse-moi, j'oubliais : tu viens d'utiliser ce titre. Alors « Samedi », ou « Dimanche » ? Un nom que les lecteurs puissent retenir.

- Je vous le redis : je pourrais, mais je préfère ne pas. Et puis j'aime le nom, on dirait un oiseau qui chante sur deux tons : le « quee » long suivi du « queg » bref. Et quand arrivent les deux autres harponneurs, quelle belle musique cela fait ! Daggoo - brève-longue? et Tashtego : brève, brève, brève. Est-ce que cela ne chante pas comme dans un opéra ?

- Mais l'idole, cette répugnante petite tête !

- Dan,  je l'ai apportée de mes voyages dans le Pacifique. Le sauvage, c'est moi.

- Il y a cela, mais ce n'est qu'un détail : dès  tes  premières pages,  tu  sembles  te  complaire dans les allusions à des amours sodomites.

- Parce qu'Ishmael et Queequeg dorment dans le même lit ?

- Et qu'ils se marient selon un rituel païen.

- Melville, je ne peux pas m'arrêter sur chaque détail, sinon notre rendez-vous va être aussi long que ton livre. Toutefois?

- Encore votre « toutefois ».

- Toutefois  tu avoueras qu'il y a beaucoup de pages avant que  ton Pequod ne prenne enfin la mer. Quelques scènes assez vives et plaisamment tournées, mais aussi ce sermon, ces prophéties, ces dialogues?  tu ne pourrais pas couper un peu là-dedans ?

- Oui, je pourrais, mais je préfère ne pas ! 

- Et ensuite, tous ces détails sur la classification des cétacés, tu es sûr qu'ils sont nécessaires ? On a parfois l'impression que tu te prends pour un Cuvier, un Buffon, un Linné.

- Et quand cela serait ? Le lecteur a droit à la plus grande précision.

- Si tu as tant de considération pour eux, pourquoi t'acharner à  les décourager?

- S'ils ne tiennent pas, qu'ils se découragent et quittent le navire !  Nous n'avons pas besoin d'eux.

- À force de le fréquenter, tu as fini par t'identifier à ton capitaine fou !

- Sans aucun doute? comment oserais-je créer le personnage d'un  dément si je ne l'étais moi-même ?

- Revenons-en aux longueurs. Je t'ai  concédé la bible et la cétologie et je te passerai les interminables détails techniques de la chasse à la baleine, car après un effort raisonnable ils permettent d'éclairer d'excellentes scènes d'action. Mais le cours d'économie fait-il partie de ce que le lecteur doit supporter pour mériter ton livre ?

- Le lecteur doit tout supporter, sinon qu'il aille au diable !

- Tu as raison, Achab, c'est toi ! Autre chose : tu as écrit un roman, n'est-ce pas ?

- Je le crois.

- Pas une pièce de théâtre !

- Non? quoique ..

- Pourquoi alors ces chapitres où, se prenant pour Hamlet, tes personnages soliloquent ou se perdent (et nous perdent) dans des dialogues philosophiques ?

- Parce que.

- Et pourquoi, aussi, faut-il tant de chapitres avant d'arriver à apercevoir, enfin, cette fameuse baleine ? Pourquoi également ces innombrables petits romans dans le roman ? On a l'impression qu'à chaque bateau croisé par le Pequod un autre récit s'ouvre et se referme alors que nous, nous attendons toujours cette satanée baleine !

- Dan, vous être un être de culture, sinon nous ne serions pas ici tous les deux à boire de la bière et à discuter? Avez-vous lu les romans anglais et français du XVIIIe siècle ?

- Tu le sais bien sinon tu ne poserais pas la question.

- Vous souvenez-vous de Gil Blas de Santillane ?

- Comment oublier ce chef-d'oeuvre  ?

- Alors vous savez que Le Sage ne se contente pas de raconter les aventures de son héros, il sème son récit de digressions, où les personnages rencontrés s'avancent et racontent à leur tour leur histoire. N'est-ce pas ?

- Si. Et cela donne lieu à quelques longueurs qui peuvent être exaspérantes.

- Ne voyez-vous pas, cher et respecté Dan, qu'il en est de la littérature comme de l'amour : c'est l'attente qui est essentielle, le délice insupportable  des  jours, des heures qui précèdent l'accomplissement charnel. Il faut mériter le plaisir de voir enfin Moby Dick pour mourir avec lui - comme il faut mériter de s'approcher de la conque d'une femme avant de mourir en elle.

- Quand même, Melville,136 chapitres ! Vous ne pourriez pas en couper quelques-uns ?

- Avez-vous déjà désiré une femme ?

- Celle que j'ai épousée.

- Vous est-elle tombée dans les bras au premier regard ?

- Non, il a fallu la convaincre? et sa famille, qui nourrissait des préjugés contre les catholiques et les Irlandais.

- Combien de temps entre votre rencontre et le mariage ?

- Trois ans, je crois.

- Combien de temps dure le voyage du Pequod ? Trois mois ?

- Non, trois ans.

- Et vous voudriez que j'expédie trois ans en trois chapitres ?

- Non ! mais je voudrais éviter que les lecteurs les mieux disposés ne mettent trois ans à lire ton livre.

- J'ai mis trois ans à l'écrire - ils pourraient bien mettre trois ans à le lire, ça ne me dérangerait pas.

- Pour reprendre ton expression favorite, je ne préférerais pas.

- Tant pis.

- Alors tu ne changeras rien ?

- Rien, Dan, désolé, rien de rien.

- Reste le titre : tu ne pourrais pas faire un effort. Puisque ta baleine est dotée de cette effrayante mâchoire, pourquoi pas Les Dents de la mer ?

- Bonne idée, mais décidément je préfère ne pas. Le titre est Moby Dick ou la Baleine et c'est le titre.

- Melville, nous courons à l'échec !

- Dan, courons-y, marchons-y, allons-y.

- Aw right, Herman, let's do this.

 

Référence
Il n'est jamais trop tard pour dire ce que ces petits textes doivent à l'oeil amical et acéré d'une éditrice : chez Susanna Lea Associates/Versilio, Emmanuelle Hardouin prend sur son temps pour les relire, les corriger, les polir et me suggérer d'utiles corrections. Qu'elle en soit remerciée.



[1] Ceci en clin d'oeil  à l'ami Dan Halpern, poète , éditeur, fan des New York Yankees,  et  surtout grand lecteur de Moby Dick et de  Melville.  Selon Dan,  « We dickheads should stick together »


UNE BALEINE AU VILLAGE

Ayant été appelé - non tant pour mes talents propres que pour la tradition que mon nom représente sur place - à être le parrain de la salle de lecture du village de Fontvieille (Bouches-du- Rhône), je reçois des bénévoles qui l'animent des informations régulières sur ses activités. Une fois par mois, les amoureux de la lecture sont conviés à venir partager ou  faire partager leurs passions ou leurs découvertes littéraires. Me trouvant sur place le 30 septembre dernier, j'ai eu la curiosité d'assister à cette réunion. Souhaitais-je présenter un livre ? Why not ?

Face à une assistance d'une vingtaine de personnes,  le lecteur (plus souvent une lectrice : à Fontvieille comme en France, la majorité des lecteurs sont des lectrices) commence par une rapide présentation de son livre choisi, avant d'exprimer les raisons personnelles de son goût (pour le livre, pour l'auteur en général). Belle qualité d'écoute pendant la présentation, puis quelques questions et une brève discussion générale. Quand vient mon tour (en dernier), ma curiosité a été éveillée sur chacun des quatre titres présentés avant moi : je ne les lirai pas forcément mais j'ai ressenti la sincérité et la justesse des émotions exprimées par celles qui les ont racontés.

Je tiens à la main mon exemplaire de Moby Dick : le gros volume de la collection Folio qui propose l'édition préfacée par Jean Giono. Ce n'est pas celle que je viens de relire car j'ai préféré l'anglais d'origine - je l'avais lu en français pour la première fois il y a une cinquantaine d'années, croyant avoir affaire à un roman d'aventures style Fenimore Cooper. Plus je le relis (4e fois), plus je découvre sa folie, son caractère impossible, presque insupportable, et génial. A l'étonnement légèrement inquiet de ma copine d'enfance Marylène qui se demande si je ne suis pas pris d'une crise de démence, je commence par agiter le volume en vociférant : « Ne lisez surtout pas ce livre ! ». Après ce début de pitch peu conventionnel, je raconte son insuccès d'origine et la malédiction qu'il a portée sur l'oeuvre du jeune Melville, dont les premiers ouvrages avaient vogué sur la glamoureuse vague de l'auteur à la mode. Après Moby Dick, Melville connaîtra de considérables difficultés pour se faire éditer et mourra anonyme auteur de plusieurs oeuvres majeures, où dominent ses deux extrêmes : le déchaînement biblique, cétologique et théâtral de Moby Dick et la concision intimiste et bouleversante de Bartleby. Fidèle à mon entrée en matière, je ne cache rien du côté impossible d'une oeuvre qui, illisible à sa publication, l'est restée en devenant un « classique ». En évoquant certains passages, en lisant quelques phrases, j'ai à nouveau les larmes aux yeux : tant d'horreur, tant de beauté !

Tout en me remerciant gentiment à la sortie, quelques-uns des assistants m'ont avoué que malgré mon passionné plaidoyer, ils savaient déjà qu'ils ne le liraient pas. J'ose espérer qu'une baleine blanche à « l'effrayante beauté » (Melville) apparaîtra néanmoins dans leurs rêves et les entraînera dans son sillage - non jusqu'à la destruction finale qui attendent l'infortuné  Pequod  et presque tout son équipage (spoiler alert : il n'y a pas de happy end), mais jusqu'au terrible et durable bonheur qui s'attache à une lecture dont chaque mot s'infiltre dans nos reins, notre coeur, nos poumons - et jusque nos fibres les plus secrètes.

 

Références.

Les lectures proposées le 30 septembre par LILEC.

Sophie : La Confrérie des moines volants, roman de Metin Arditi, édition originale chez Grasset, réédition poche en collection Points. 259 pages

Colette : La Mendiante de Shigatse, nouvelles de Ma Jian, Actes Sud, collection Babel, 119 pages

Marie-Jo : De sang et de lumière, poèmes de Laurent Gaudé, Actes Sud, 112 pages

Antoine : Moby Dick, roman d'Herman Melville, préface de Jean Giono, traduction de  Lucien Jacques, Joan Smith et Jean Giono, collection Folio, 741pages.

LILEC : assolilec@gmail .com. salle Antonin Moissiard à Fontvieille, ouvert les lundis, vendredis et samedis  matins de 9h à 12H30, et les lundis et mercredis après-midi de 15H  à 18H30.

Prochaine réunion de lectures : le 28 octobre à 17 heures.

A suivre : du Moby Dick, encore !

 


MOTS MANQUANTS

Tentant à ma façon de faire vivre l'oeuvre de mon père, je conserve un oeil et une oreille attentifs à ce que d'autres «fils ou filles de» personnages plus célèbres ou à l'importance plus reconnue que mon père accomplissent de leur côté.

C'est avec un certain étonnement - et une forme d'amusement un peu - morose que j'entends M. Denis Westhoff, fils de Françoise Sagan, expliquer au cours de la même interview que l'inédit de sa mère qu'il publie aux éditions Plon est « violemment saganesque », puis que, sans la réécrire il a ajouté « des mots qui manquaient », rétabli l'ordre de paragraphes et effectué diverses corrections - toutes opérations appartenant ordinairement en propre à l'auteur et à personne d'autre, fut-il, par le sang et sa connaissance de l'oeuvre, « violemment » attaché à lui. Je connais un auteur qui a failli subir une attaque - voire attaquer physiquement son éditeur. Avait-il raté le Goncourt à une voix ? non ! une main aussi innocente qu'inconsciente lui avait, sur épreuves, corrigé quelques signes de ponctuation sans l'avoir consulté. M. Westhoff - pour en revenir à lui - nous précise que son ami écrivain et éditeur, le regretté Jean-Marc Roberts, lui avait donné son opinion sur le manuscrit d'origine, jugeant qu'il desservirait la mémoire de l'oeuvre de sa mère. N'eût-il pas été plus honnête et « moral » (un mot qu'il emploie au sujet de sa maman qui selon lui, toutes questions fiscales mises à part, en était un modèle) vis-à-vis du public de cosigner le texte ou de le publier tel quel, dans une revue littéraire consacrée à Sagan, avec ses imperfections et ses mots manquants ? mais il est vrai  qu'alors l'éditeur n'aurait pu procéder à un premier tirage de 80.00 exemplaires. Nous devons nous abstenir d'émettre un jugement moral sur l'héritier comme sur l'éditeur - mercantile par essence - mais on leur conseillera une bonne séance de coaching média avec écoute de l'intégrale de l'interview, qui contient à peu près  tout  ce qu'il ne faut pas dire - le pire étant que Mme Salamé, qui mène l'entretien, le fait sans aucune intention hostile, inquisitoriale ou  simplement critique.

De son côté, la fille de René Goscinny a prêté ses souvenirs et quelques documents personnels à un « roman graphique » consacré aux Goscinny. Connaissant l'oeuvre de son père aussi bien que M. Westhoff celle de sa mère, elle ne s'est pas cru autorisée à la « compléter » pour en tirer quelques royalties de plus. C'est pourtant à bon droit qu'elle aurait pu la déclarer totalement « goscinnesque » puis qu'elle est, à n'en pas douter, une Goscinny de lignée et de coeur.

Si j'étais « saganiste », il me semble que le tripatouillage de son fils pourrait me gâcher le plaisir de découvrir un inédit de mon auteure chérie : j'eusse en ce cas préféré qu'on déposât ce brouillon en archives ou, à la rigueur, qu'on me le donnât tel quel, me laissant juge de sa valeur. Ne l'étant pas (sur Sagan je suis comme M. Macron plaisamment croqué par M. Retailleau : « ni pour ni contre, bien au contraire »), je continuerai à lire ou relire les livres sortis un par un de l'énorme pile accumulée depuis des mois. Moby Dick enfin achevé, je peux reprendre les nouvelles de Garcia Marquez que mon plus jeune fils doit lire en espagnol, avant de revenir à Bove ou Henri Thomas - deux de ces merveilleux petits cétacés de l'histoire de la littérature qui, d'une décennie à l'autre, plongent et refont surface sans qu'un de leurs ayants droit ne songe à compléter leurs mots manquants ou corriger les mots qu'ils ont manqués.

 

Références :

Françoise Sagan préface et mots manquants de Denis Westhoff: Les Quatre coins du coeur, 224 pages, 0,31 kilos, 19 euros

Catel Muller, Le Roman des Goscinny, 344 pages, 0,9 kilos, 24 euros

 

 


QUAND J'AVAIS TON ÂGE

 

(À Ulysse, pour ses seize ans)

 

Toute phrase qui commence par
« Quand j'avais ton âge »
Et à plus forte raison, tout poème
Devrait être bannie sans ambages.
Ça sent le début de chantage
A tout le moins la tromperie.
Quand j'avais ton âge, donc,
Ou à peu près,
Avec mon copain Bernard,
Natif de Levallois-Perret
Qui sur les murs dessinait très bien de menaçants CRS,
Le dimanche nous traversions Paris
Pour atterrir, boulevard de la Villette,
Dans un coin de Mali, un hôtel de semi-clandestins
Où nous partagions dans une chambre avec vue sur les rails du métro aérien un couscous relevé
Avec de jeunes gars qu'on n'appelait pas encore sans-papiers,
Quoiqu'ils n'en eussent pas.


LE POINT DE VUE DES BALEINES

Depuis qu'en pleine obsession baleinière romanesque, j'ai visité le «Whaling museum » de Nantucket, j'y retourne à chaque fois que nous avons l'occasion de séjourner sur l'ancienne capitale des baleiniers américains et le centre mondial de cette chasse - l'équivalent, si j'ose la comparaison, de l'île de Gorée pour le commerce des esclaves africains.

1700 marins périrent au XIXe siècle dans cette pêche dangereuse, nous dit un jeune et sympathique conférencier, ce dont témoignent en effet les images en noir en blanc d'un documentaire projeté derrière lui : la chose a peu en commun avec une promenade en barque sur le lac de Central Park. Comme il nous a demandé de réserver nos questions pour la fin, je remballe celle qui me brûle les lèvres : combien de baleines ? En conclusion de son exposé (20 minutes pour 200 ans d'histoire, pas mal !) le chiffre tombe : on estime à trois millions le nombre des baleines tuées dans le monde au XXe siècle. Les rares survivantes ne sont pas rancunières ou, malgré leurs grosses têtes n'ont pas des mémoires d'éléphant : dans les zones où elles sont à l'abri des baleiniers norvégiens ou japonais, les derniers à les pourchasser pour les besoins de la « recherche scientifique », non seulement elles ne fuient pas le contact avec les hommes mais on a observé qu'elles le recherchent. Peut-être sont-elles en mesure, enfin, d'exprimer leur point de vue - voire d'exiger via leur syndicat (SYBACEC : Syndicat des Baleines et Cachalots en Colère, branche française de l'AWU ( Angry Whales United) excuses publiques et réparations ?

Homme (nm): seule espèce animale ayant le désir (et l'inventivité technologique) de massacrer quand ça lui chante non seulement des sous-groupes de sa propre espèce mais aussi des espèces entières

Références :
The Whaling Museum, 13 Broad Street, Town , Nantucket
20 dollars pour les adultes, 5 dollars pour les enfants de moins de 17 ans.

Et bien sûr, toujours, Moby Dick : post à venir sur ce slog.

Mon roman L'Arabe ( l'Olivier, 2009, disponible en collection Folio) décevra les amateurs de romans d'aventures maritimes à la recherche de hardis harponneurs ou d'activisme transocéanique : la seule baleine représente est échouée.


DIEU SANS LE SON

   

 

Quand on a une fois encore survécu à l'expérience des aéroports américains et, qu'essoufflé, on s'assis à sa place, on est prêt à croire au miracle.

Est-ce pour cette raison que Jet Blue, qui nous offre la télévision à bord, me propose la chaîne Fox News à l'heure où des télé évangélistes  nous présentent leurs services. Fasciné ( peut-être, après des décennies de  crasse mécréantise, suis-je enfin mûr pour l'appel du Seigneur ) je néglige de zapper vers les résumés des matches de baseball de la veille et  reste scotché aux shows successifs de Joel Osteen et de David Jeremiah. Déjà un bon point, qui prouve que Dieu n'est pas forcément un mauvais choix de business : ils sont l'un et l'autre leurs propres sponsors (c'est écrit au débutet à la fin)

Joel a un peu la tête d'un type qui  essayé d'être Keanu Reeves et n'a pas réussi à percer. Comme le héros de Speed et de Matrix il dispose d'un répertoire de trois expressions : engageant, intense, et neutre. Là il a un peu la tête du type qui fait une nouvelle photo pour son book afin de relancer sa carrière. Son pote photographe lui a dit « cheese », il a souri de son mieux et son visage s'est figé dans une expression crispée qu'il n'arrive pas à détendre pendant qu'il s'active sur scène.

Joel a son mot clé : HOPE, et après la pub, en bas à droite de l'écran on voit  son adresse web, un numéro de téléphone pour réserver des places pour son prochain grand raout le 5 octobre à Newark.
La botte secrète de Joel c'est sa femme : Victoria, une blonde avenante qu'on aperçoit dans la salle, concentrée, et qui sera sur scène avec lui le 5 octobre, c'est promis. Au cas où on ne l'aurait pas encore compris, Joel croit aux valeurs familiales et cet automne ce n'est pas son show à lui, c'est Osteen family.

Après Joel, c'est la pub, la météo - et puis vient le tour de David.
Après Hollywood, nous voici dans un mix entre le monde médical et l'entreprise. Le docteur David Jeremiah a les cheveux blancs et la bonhomie de votre médecin de famille, celui qui ne prend pas sa retraite et continue à venir à faire ses visites à domicile. S'il a une mauvaise nouvelle à vous annoncer au sujet des dernières analyses de sang, vous sentez qu'il le fera avec autant de délicatesse que d'honnêteté. Avec lui, ça va s'arranger. En plus, Docteur David sait se servir du power point et tout ce qu'il dit, avec des gestes ressemblant un peu à ceux de Joel (bras écartés christiquement, menton en avant) est appuyé par des messages qui apparaissent à l'écran. Pour David, il n'y a pas de problèmes, il n'y a que des solutions. Dans la vie tout est simple comme 1-2 où 2 est la prière. Pour montrer son sérieux doctoral, David nous offre dans un coin d'écran les sources bibliques de ses citations : Mathieu, certes, mais quel verset ? le veux-tu ? le voici ! et Paul, épatant , j'adore! voici l'épître !

Avant et après la pub, David n'omet pas - comme Joel - de communiquer son site web, un numéro en 1 855.
David aussi a son mot clé : lui, c'est JOY. A vendre, son livre Call it joy, également disponible en CD et DVD ; A venir : The  Joy of Unity, après quoi je subodore l'arrivé de The Joy of forgiveness, en attendant, peut-être coécrit avec Joel, the Joy of family. (inspiré par Dieu, je leur fais cadeau de ma créativité - toutefois s'ils insistent pour une donation, je ne m'y opposerai pas)

Hélas, trois fois hélas[1], le programme de David s'achève - on peut toujours en retrouver la version intégrale sur son site.
Là-dessus, histoire de nous administrer en live la preuve qu'il faut croire aux miracles, l'avion décolle à l'heure.  Pas besoin d'un troisième homme de Dieu, nous avons eu les meilleurs. A la place, Fox nous balance en direct et en exclusivité (c'est écrit en gros en bas de l'écran : EXCLUSIVE) la conseillère vedette du président Trump, Mme Kellyanne Conway. C'est une blonde qui ressemble un peu à Victoria. Je ne sais pas ce qu'elle dit ( la télé sans le son, c'est addictif) mais là où la femme de Joel était ange de douceur et d'harmonie familiale,  Kellyanne a l'air - comme son boss - de la jouer « si t'es pas content tu vas voir ta gueule ». Je ne veux pas discuter le charme un peu prussien de ton autorité naturelle, chère Kellyanne, mais il faudrait pas oublier Dieu dans tout ça. Si tu veux, on peut aller ensemble au show de Joel - pardon : Osteen family) à Newark cet automne. Et en attendant je vais te commander un exemplaire de «  Call it Joy » et te l'envoyer chez  Fox News - tu m'as l'air d'en avoir besoin.

 

Promotion gratuite :

www.joelosteen.com

et le 5 octobre au Prudential center de Newark ( New Jersey) avec Victoria ; @joelosteen(twitter) pour ceux qui sont pris le 5 octobre, il y a toujours sermons.love/joelosteen

DavidJeremiah.org

 



[1] Ceci en hommage à mon ex-compagnon de chambre d'hôpital et ami Valentin, qui peut avoir tendance à commencer ses phrases par «  Hélas » - même si c'est pour commander des pâtes aux cèpes.


VENGEANCES MARINES

 

Les grands romans offrent plusieurs lectures possibles qui ne rélèvent pas forcément à l'occasion de la première découverte. Qui plus est nous avons changé, vécu, depuis notre première prise de contact et les mêmes mots ne touchent plus notre coeur et notre âme de la même façon.

Relisant Moby Dick quelque temps après Vingt mille lieues sous les mers, je vois entre ces deux « romans d'aventures » un point commun que je n'avais pas perçu : leurs personnages centraux, les capitaines Nemo et Achab, protagonistes/antagonistes des narrateurs fictifs (Ismaël/le professeur Aronnax), sont à bord du Nautilus ou du Pequod pour assouvir une vengeance dont l'objet même et la poursuite obsessionnelle finissent par constituer une menace pour leur propre équipage - et l'humanité elle-même dans le cas de Nemo.

La lecture de Frankenstein, le chef-d'oeuvre de Mary Shelley[1]  encouragea, semble-t-il, Melville dans la folle entreprise de l'écriture de Moby Dick. Est-ce donc un hasard que la première vision de l'infortuné Victor Frankenstein, fuyant la vengeance de la créature qu'il a imprudemment lâchée dans la nature, apparaît au narrateur au milieu des icebergs, pendant une exploration maritime ?

L'océan, lieu privilégié des rêveries et des méditations philosophiques, n'est pas un lieu hors du monde : les massacres et crimes en tout genre s'y déroulent et à son horizon se déploient des libertés sans frein : celles de la poésie comme celles des passions rouge sang.

 



[1] Encore un de ces livres à la fois très connus et jamais lus. Cf ma note de blog du 22 janvier dernier


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