Antoine Audouard

Blog de Antoine Audouard


L'IMPOSTEUR DÉMASQUÉ PAR LUI-MÊME

Si la création artistique est bien une danse avec l'amour et la mort, il n'est pas donné à chaque créateur à l'instar de Dostoïevski, de passer le seuil de la « maison des morts », lui qui révèle la profondeur de son extrême faiblesse et, par là même, l'étendue de ses forces. Avec Deux vies valent mieux qu'une Jean-Marc Roberts a apporté une preuve éclatante qu'il avait trouvé la sienne. L'imposteur libéré n'écrira pas de suite ; mais tirer sa révérence avec un tel livre, ce n'est quand même pas rien.


SABRI

J'ai gardé de mes années dans l'édition une curiosité particulière : celle de découvrir dans un manuscrit, à travers ces « première lignes » chères à Jean-Marie Laclavetine (un autre éditeur-écrivain ou écrivain-éditeur, si l'on préfère), les intonations particulières d'une voix qu'on n'a jamais entendue et qu'on entend résonner pour la première fois. Ces impressions - comme celles d'une rencontre - se conservent je crois, c'est-à-dire se déposent en nous pour ne plus jamais cesser de se transformer... Dans le cas du livre de Sabri Louatah, il est beaucoup trop tôt pour savoir ce que sera le parcours au long cours de cette première lecture, puisqu'elle date de moins d'un an, mais certainement pas pour exprimer cette jubilation, si j'ose dire pure et sans mélange, et qui provoque immédiatement l'envie d'aller voir ses proches pour partager l'événement avec eux. « Tu n'as pas lu ça ? Allez, pose tout et vas-y. »


TOUS GAULLISTES ?

En ce quatre-vingtième anniversaire de l’appel du 18 juin 1940, voici tous nos politiciens  - ou presque – devenus gaullistes – sauf l’extrême gauche j’espère. De Mme Le Pen, qui oublie  que son mouvement, même ripoliné, est issu des relents du régime de Vichy   et  de l’OAS, farouchement opposée au général, au président Macron, pensant que l’air de Londres grandira sa stature, ils sont tous fous du « grand Charles ». À l’auberge de Gaulle, chacun fait ses courses : provisions  de résistance,  d’indépendance nationale, d’anti-américanisme, d’anti-fédéralisme européen. Depuis que le « gaullisme » est allé recruter des adeptes bien au-delà des combattants de la France libre, voire d’une famille politique assez disparate où l’on rencontre tout du socialmou tristounet au guévariste non repenti, la tendance paraît irrésistible. Avoir été « tous Charlie », nous voici tous « Charlot ». Dans les deux cas, je  me sens plus  Chaplin qu’autre chose – voire carrément Marx (tendance  Harpo)  ou Stooges (tendance Curly)

Au risque de détonner légèrement dans ce rare et émouvant concert d’unité nationale il faut rappeler que le parcours de ce grand personnage de notre histoire  ancienne ( le XXe siècle, d’ici peu cela fera très longtemps[1]), pour admirable qu’il soit dans les années 1940, est  par la suite chargé d’ambiguïtés et de contradictions - autant de zones d’ombre portées sur « l’homme de Londres ».  Notre « libérateur », ancien collaborateur de Pétain, fut aussi celui qui  après le massacre de Sétif en Algérie, ordonna contre les nationalistes de « prendre toutes les mesures nécessaires pour réprimer tous agissements antifrançais d'une minorité d'agitateurs." –  signes du degré de conscience qu’il avait des aspirations à l’indépendance de peuples colonisés d’un empire écroulé. On ne tarderait à en payer le prix en Indochine, l’ancienne « perle » de la colonisation française :  ignorant les rapports informés et les sages conseils de ses propres amis, aveuglé par « une certaine de la France » De Gaulle ferma  délibérément les yeux sur la réalité de la situation, détruisant les prémices de ce qui aurait pu devenir un Commonwealth à la française : lavant les Hollandais en Indonésie  et les Anglais en Inde, le général Leclerc avait sagement signé les premiers accords de paix d’une puissance coloniale avec un de ses territoires: ceux-ci furent torpillés par un amiral d’Argenlieu (« le Carme naval » était son surnom)  envoyé par  De Gaulle  qui craignait le prestige de Leclerc – le seul général français invaincu de la Deuxième Guerre mondiale. Ce sont bien des militaires qui finirent par se soulever contre De Gaulle selon la loi qu’à force de dire (ou de penser) des choses horribles, elles finissent toujours par arriver - pas Leclerc,  qui  outre une loyauté personnelle vis-à-vis du général, était habité d’un respect pour la légitimité républicaine, doublé du sens militaire de l’obéissance aux ordres ; l’infortuné mena contre son propre gré les commencements d’une guerre qu’il savait meurtrière et ingagnable avant, ayant survécu à tous les combats, d’aller mourir pour la France dans un  mystérieux accident d’avion lors d’une tournée d’inspection.

Pour en finir avec De Gaulle, c’est bien notre « héros » qui alla en Algérie faire, deux années de suite, la « tournée des popotes » et promettre qu’il ne lâcherait jamais l’Algérie française avant d’infliger à ses partisans un logique mais brutal aggiornamento qui en laissa beaucoup aussi déboussolés que leurs pères l’avaient été par la résignation, puis l’abjecte plongée d’un vieillard égrotant qui consacrait son énergie finissante, non à « limiter les dégâts » de l’invasion et de l’occupation nazies, comme certains le prétendirent par la suite, mais à assouvir ses appétits sexuels : Pétain avait été et restait pour une génération le « héros de Verdun ». Ce qui entache l’image de De Gaulle ne se compare pas à ce que fut le naufrage politico-moral de Pétain, mais force est de constater que « l’homme du 18 juin » n’a pas toujours été au fil de sa longue carrière ce modèle de « vertu » romaine gallicisée que ses thuriféraires de tous bords nous peignent Gaulliste,  donc , moi? Non -, ni antigaulliste, d’ailleurs, comme l’était mon père avec la férocité particulière aux doux et tendres quand ils s’y mettent, décuplée par la férocité opposée de mon grand-père maternel, résistant de la première heure et gaulliste jusqu’au-boutiste dont la fidélité de grognard avait survécu à toutes les « révisions déchirantes » d’une vie rythmée par  les  terrifiantes et changeantes  formes françaises de la passion politique. S’il est toujours trop tôt, selon le mot célèbre de Zhou-En- Lai, pour mesurer pleinement les conséquences de la Révolution française, nous devrions être en   mesure de commencer à observer nos « grands hommes » sans avoir à les idolâtrer ou les dézinguer, dans leur complexité humaine et la lumière de la complexité non moins grande des situations historiques qui furent les leurs. Nous n’avons pas à épouser les partis pris violents de nos aïeux, à nous installer dans des cultes mémoriels de région ou de classe qui se reproduisent de génération en génération et entretiennent ce que mon (toujours plus) regretté Tzvetan Todorov appelait « les abus de la mémoire » et nous pouvons tenter de connaître notre propre histoire, non pour en cultiver de douloureuses nostalgies ou des haines recuites, et pas non plus pour nous en dégager et nous réfugier dans une impossible neutralité - retrait d’indifférence ou de mépris qui porte d’ailleurs ses propres dangers. Nos opinions, nos convictions, nos jugements pour aujourd’hui et demain, sans se trouver ligotés, peuvent être éclairés par ces regards sur le passé – une idée gaullienne d’ailleurs puisque celui-ci s’était efforcé de présenter à la Nation la « nouvelle constitution » (celle de 1958, sous laquelle nous vivons encore) dans la continuité de la monarchie et les constitutions de quatre républiques.

PS. c’est pas tout ça, les filles, je prends du retard dans les Mémoires d’ outre-tombe : quatre mois de lecture et je commence à peine le livre XVII. L’âge, que voulez-vous…

Références : Hitler connais pas, documentaire de Bertrand  Blier (1963) disponible sur Youtube et Googleplay film pour une somme modique.

Pour les biographies de De Gaulle ou les essais à lui consacrés, consultez votre libraire ou votre meilleur pote gaulliste, je ne suis pas qualifié. De Peyrefitte à Lacouture en passant par Max Gallo et Régis Debray, il y aura bientôt à son sujet autant de littérature que sur un autre de nos discutables et fascinants grands hommes : Napoléon Bonaparte.

On peut toujours se référer à la version de l’histoire donnée par l’intéressé dans ses Mémoires de Guerre et ses Mémoires d’Espoir.  (les deux en un volume chez Plon). Pas de prétention à l’objectivité mais c’est passionnant et superbement écrit – un point qui peut mettre d’accord les « pro », les « anti » et les « sans-op ».

Promotion familiale gratuite : Révolutionnaires sans Révolution (Robert Laffont, 1972) et Révisions déchirantes (le Pré aux Clercs, 1987), d’André Thirion – à ma connaissance le premier nommé, indispensable pour qui s’intéresse au mouvement surréaliste, est toujours disponible dans sa réédition de la collection Babel d’Actes Sud (1999), pour le second, plus politique, comme l’intéressant « sequel » de Révolutionnaires, Eloge de l’indocilité (Laffont, 1973), ça doit se trouver d’occasion. Depuis que j’ai dû recourir à la menace physique pour récupérer mon exemplaire dédicacé de  Révolutionnaires (« Il est dans l’ordre des choses qu’une ou deux générations d’êtres humains soient en position de croire qu’ils remplissent, enfin, le tonneau des Danaïdes. Je souhaite, Antoine, que tu sois de ceux-là et que cette dédicace te porte, néanmoins, à ne jamais négliger les Danaïdes pour le tonneau »), je ne prête plus  mes Thirion.



[1] Né une dizaine d’années après la fin de la Seconde Guerre mondiale, je m’en sentais très éloigné dans le temps mais à défaut de souvenirs personnels j’avais ceux de ma famille et n’étais pas de ces Hitler connais pas du documetaire réalisé par  le jeune Bertrand Blier, futur réalisateur des Valseuses et autres  Trop belle pour toi.


DANS LA VIE OU OUTRE-TOMBE ?

C’est à Rome, étranglé par le chagrin de la mort d'une amie (just a lady friend, petits cochons, no sex !) que Chateaubriand conçoit pour la première fois le projet de ce qui deviendra les Mémoires d’outre-tombe. Cela s’appelle « Mémoires d’une vie » ( il a trente-cinq ans). Voici ce que ça donnait :

« Après avoir erré sur la terre, passé les plus belles années de ma jeunesse loin de mon pays, et souffert à peu près tout ce qu'un homme peut souffrir, la faim même, je parvins à Paris en 1800 ».

Pas mal envoyé, faut dire. Écrivant à quarante ans de là, il note une partie de ce qui eût été perdu –  non pour nous[1], mais pour son plaisir d’écrire. Ni sa famille, ni son enfance et sa jeunesse, ni ses voyages ou son exil ne font alors partie du projet - pas plus les magnifiques reportages (sur la cour à Versailles, le Paris révolutionnaire) ou les portraits de célébrités ou d’anonymes qui font pour nous le prix de cette œuvre unique.

Toute question stylistique à part, il me semble qu’écrire d’outre-tombe plutôt qu’encore attelé à sa vie le libère. Le Chateaubriand public, apologue du christianisme, ne pourrait décrire la mort de Pauline de Beaumont sans en faire une scène édifiante. Ici, les intentions générales demeurent, mais à travers sa peine s’expriment des sentiments d’une violence que le style, toujours tenu, ne rabote en   rien : les larmes sont encore accrochées à chaque mot. « nous tous qui prétendons vivre, nous sommes déjà morts.» Ne faut-il pas avoir  beaucoup perdu d’êtres aimés pour écrire ces lignes ? Né triste et « ennuyé » de nature, Chateaubriand semble parfois n’avoir « traîné sa vie et ses songes que pour creuser le sillon d’un profond chagrin d’être. À bientôt deux siècles de distance, l’outre-tombe  donne à la relation d’une vie aventureuse en tous domaines la richesse, la complexité tonales d’infinies vibrations qui nous touchent  plus  profondément que ne l’eussent fait les « Mémoires d’une vie », même superbement écrites.

 

[1] Quoique… malgré les pages où il proclame so peu d’intérêt pour la postérité, il semble souvent engagé dans un dialogue imaginaire avec des humain du futur.


TERRITOIRE DES FANTOMES

Rien en apparence - hormis la proximité de leur date de naissance (1943 pour l'Espagnol, 1945 pour le Français) - ne semble rapprocher deux de mes écrivains contemporains favoris, Patrick Modiano et Eduardo Mendoza. Là où le premier s'enfonce dans l'infini dédale des ruelles toujours plus sombres de la mémoire collective, le second s'ingénie avec un plaisir retors à voir tourner la roue cruelle de l'histoire de celle qu'il appela « la ville des prodiges » : Barcelone.

Mais entre le flâneur tragique français et le féroce amuseur espagnol, je découvre plus d'un point commun : l'amour passionné des rues non telles qu'elles sont, mais pour ce qu'elles portent des traces de ce qu'elles furent ; le goût obsessionnel d'une enquête dont l'enjeu échappe à celui qui la mène et apporte une perturbation mineure dans la marche d'un monde qui toujours crie « Oublie ! Oublie ! » et pour qui il faut à tout prix avancer.

        Qui sont ces deux hommes déjà âgés qui auront passé l'essentiel de leur vie à se démonter le cou pour apercevoir des ombres derrière leur épaule ? Impossible de réduire Modiano à l'obsession des « années noires » de l'Occupation, et réducteur de borner Mendoza à l'évocation d'un Barcelone qui n'est plus. Ce sont l'un et l'autre des chasseurs de fantômes : ceux de Mendoza sont volontiers farceurs et ceux de Modiano ont tendance à porter de longs manteaux gris ou, tout aussi inquiétants, d'épais  blousons de cuir - et chez les deux écrivains, de fuyantes vérités sont celées dans les pages arrachées d'agendas oubliés ou les feuillets écrits à l'encre sympathique ou barbouillés à l'urine des pauvres ou des chiens - et quand, finalement, à force d'obstination, les mots apparaissent, la part de ce qu'ils laissent dans l'ombre est plus vaste que celle qu'ils éclairent d'une lumière  grise - et les fantômes peuvent s'éloigner le long des murs dans le silence ouaté d'un crépuscule où nul n'aura l'étrange idée de les pourchasser.

Références récentes , dans une abondante bibliographie :

Patrick Modiano, Encre sympathique,Gallimard, 2019.

Eduardo Mendoza, Les Égarements de Mademoiselle Baxter, Éditions du Seuil, 2016.  

 

 


TOTÒ, NOTRE HEROS

          J'adore les histoires de Toto en général, mais celle qui suit n'en n'est pas une.

Il s'agît bien du grand Totò, le Totò majeur à qui nous sommes quelques-uns, constitués en une société secrète, à vouer un culte :  le Prince Antonio De Curtis, pour l'état civil, est le génie méconnu du cinéma italien et mondial ; à la fois Keaton et Chaplin, Louis de Funès et Fernandel (il a tourné avec les deux comiques français - pas ses meilleurs films, d'ailleurs) avec un registre allant de la farce vaudevillesque au cinéma « intellectuel ».

          Imagine-t-on le jeune Jean-Luc Godard allant chercher Fernandel ? C'est ce que fit Pasolini, qui exigeait Totò et nul autre pour l'un de ses premiers - et meilleurs - films : Uccellacci e uccellini (Des Oiseaux, petits et gros, en français).

          Dans la plupart de ses films comiques, Totò incarne un homme à la fois timide, délibérément lubrique et curieusement respectueux des femmes. Il faut le génie mimique de ce Napolitain pour passer en deux plans de l'expression du mâle libidineux face à une jeune femme aux formes appétissantes à celle d'un homme généreux et discret qui, touché par le malheur d'une jeune fille, intrigue à tout va pour l'arracher à un mariage arrangé où elle serait à coup sûr malheureuse.

          Quitte à me faire à nouveau allumer par l'anti-gazalisme forcené de mon lecteur-disputeur, je vois ce Totò-là comme une inspiration possible pour l'homme moderne désemparé face à la femme émancipée : il est possible d'être désirant sans être violent ou méprisant, et cet élan vital nous rend complices et amis de cette moitié du genre humain sans laquelle nous serions seuls - et ennuyés à périr.

Références :

          Que les authentiques totoistes - mon ami Nata Rampazzo en tête - me pardonnent, mais je ne peux citer que quelques-unes des oeuvres où brille ce merveilleux prince, clown, poète et philosophe :

- Le Pigeon (I soliti ignoti), du phénoménal Mario Monicelli, dans lequel, sur un toit romain, il donne un inoubliable cours d'ouverture de coffre-fort à ses comparses - parmi lesquels Vittorio Gassman et le jeune Marcello Mastroianni.

- Des Oiseaux, petits et gros, de Pier Paolo Pasolini, un road movie inattendu dans lequel la sensibilité sociale du jeune PPP se marie heureusement avec son humour poétique surréaliste.

- Un Turco Napoletano, de Mario Matolli, une « farce à la française » sans queue ni tête mais délicieuse.

Gendarmes et voleurs, un divertissement improbable, guignolesque et très humain, entre ces deux pôles opposés et complémentaires de l'ordre social.

Pour les italianistes et les puristes, il existe deux coffrets Tutto Totò en import, non sous-titrés mais délectables de bout en bout.

Dans une abondante filmographie, je suppose (peut-être à tort) qu'on peut négliger des titres comme Sexy TotòTotò et Cléopâtre ou encore Totò contre Maciste. Totò en couleurs est un film à sketches assez complètement oubliable, qui ne vaut que pour les moments où les origines vaudevillesques de notre héros sont mises en valeur.


PREMIERES IMPRESSIONS DU MONDE D APRES

Au journaliste d’Europe1 (j’attendais Canteloup) qui lui demandait à quoi ressemblerait l’entreprise du « monde d’après» , le « patron des patrons » a répondu avec une douceur, dont il ne fait sans doute que plus rarement montre au cours de ses négociations avec la CGT, que le monde d’après, selon lui, ressemblerait au « monde d’avant » - on n’est pas disposé à prendre pour Socrate le représentant des intérêts du « grand capital » (années 1960 et 70 , accent Georges Marchais), du « mur d’argent » (années 1930) ou des « riches du CAC 40 » ( Mélenchon), mais force est de constater que M. Geoffroy « De Médeux », pointait ainsi de façon subtile le   ridicule de cette novlangue qui, comme après chaque désastre, nous invente un mot ou une expression pour faire croire au peuple que plus rien ne sera comme avant.

J’observe mon petit coin de monde d’après de derrière mes lunettes et je suis bien obligé de constater que M. Geoffroy (où vont-ils les chercher avec des prénoms pareils ? pas dans le Petit Nicolas !) n’a pas tort : ma rue ressemble à ma rue, les cons aux cons, même derrière un masque – sans compter ces « nouveaux rebelles » qui en ont un mais le portent sur le front ou sur le cou – les cyclistes et trotinneux roulent sur le trottoir, les smombies font vivre leur épopée aux potes et potesses sur Facetime, tandis que les « seniors » et les invalides (je suis un cumulard), ayant contourné  par la chaussée une palissade de travaux, essaient de les éviter. A part ça je suis toujours amoureux de mes quatre boulangères mais ne le dites pas à Nourdine qui est un patron exigeant et un chef de famille ombrageux ; Claire ne travaille plus chez le fleuriste « Au pélican », mais Fanny est fidèle au poste et au Bistrot du Canal, où, aidé de Nabil Kamel elle a courageusement tenu la barre, les pochtrons reviennent un par un – sauf Christopher dont on est sans nouvelles. Quant à Giacomo, il ne peut rouvrir son petit restaurant (pas les lasagnes !) pour deux tables de deux sur le trottoir, ni  profiter de l’extension d’occupation du domaine public en envahissant la rue du château Landon. A la poissonnerie « le paradis des mers » Eric a été remplacé par Sofiane et Jeremy est toujours aux côtés de Jihed – quant à Fakri, ses horaires d’ouvertures sont aussi aléatoires, mais on peut compter sur les trésors de son bazar/ droguerie. Au pire, quitte à l’agacer, il y a deux trois bazars tenus par des Pakistanais dans le coin.

Pour le reste, que j’attende Canteloup le matin sur Europe 1 ou le soir sur TF1, je note que dans la réclame, la tendance à vouloir m’aider - voire à sauver le monde – est toujours aussi marquée. C’est beau, le monde d’après : chacun veut le bien de tous et œuvre à sa mesure pour le bien commun.

Promotion gratuite. « Au Pélican fleuriste », 209 rue du faubourg st Martin. Claire a été remplacée par Cassandra.

Boulangerie « Les Gamins du faubourg », 210 rue du faubourg st Martin.

Poissonnerie « Au paradis des mers », 209 rue du faubourg st Martin.

« Le Bistrot du canal », 224 rue du faubourg st Martin.

« La caverne de Fakri Baba », 215 rue du faubourg st Martin.

Chez Giacomo, 8 rue du Château Landon.

Le Petit Nicolas est toujours disponible à la librairie Litote, rue Alexandre Parodi, ainsi que l’inoubliable best-seller de Géraldine Collet, Et toi où tu fais caca?


PETITE THÉORIE DU CONFINEMENT HEUREUX

PETITE THÉORIE DU CONFINEMENT HEUREUX

Hier dans la matinée, tandis que la toile, les ondes et les écrans se remplissaient peu à peu de messages plus ou moins fantaisistes sur les mesures de confinement qui seraient annoncées  le soir par M. Macron, l'un de mes vieux amis m'a envoyé un message pour prendre de nos nouvelles et m'annoncer qu'il allait organiser chez lui des  « déjeuners joyeux » qu'un homme éduqué, ayant comme moi fait face à une sérieuse maladie et s'en étant sorti par la peau du cou, soit à ce point inconscient, m'a surpris sans m'indigner - deux jours plus tôt, fort de mon « immunité », j' étais encore dans le même état d'esprit et il m'avait fallu les admonestations  affectueuses d'une amie docteure pour me forcer à atterrir. J'ai simplement répondu à mon cher et vieil ami que de mon côté je préparais le confinement joyeux.

Je ne suis pas certain de ses contours mais il me semble qu'avec de quoi se nourrir et nourrir sa famille, un téléphone, une télé et une bonne pile de livres, on doit pouvoir s'en sortir de bonne humeur - ajoutez un petit tour de pâté de maison, avec ou sans chien.

Alimentation : tous les magasins sont ouverts dans le quartier et je fais la supposition raisonnable que si on ne peut pas trouver « tout » ce dont on aurait envie, on peut se procurer les produits de base du quotidien - idem (pour l'instant) avec les fruits et légumes.

Le téléphone : surtout pas pour consulter internet toutes les trente secondes en googlant coronavirus. Pour appeler les amis, les proches  un peu lointains, leur envoyer des messages et veiller sur eux comme ils veillent sur nous. Cette vache de virus nous donne l'occasion d'être, un peu plus et mieux que d'habitude, les anges gardiens les uns des autres. Sachant (c'est un copain médecin qui me dit que c'est vérifié scientifiquement ) que le sentiment d'être utile à son prochain libère dans l'organisme des endorphines en quantité, autant en profiter et se faire du bien en même temps qu'on en fait aux autres - déjà,  sauf « conf call », on court moins le risque d'entendre « tu me déranges, je suis en réunion ! »

La télé : pas les chaînes d'info en continu, please ! un bulletin d'information par jour et votre programme préféré (pourquoi ils m'ont sucré Canteloup hier soir sur TF1 comme pour la mort de Johnny et l'incendie de Notre Dame? Il est pas malade, je l'ai entendu sur Europe 1 ce matin !) et puis les séries sans complexe sur le binge, les films idiots, les films intelligents, les vieux films, ceux qu'on a ratés en salle et qui sont dispos en DVD ou VOD.

Les livres : l'occasion de relire Proust, même si vous ne l'avez pas lu, La Comédie humaine, les oeuvres complètes de Chong Chong et Su Ki les deux précurseurs de Confucius , et aussi Athanase Ténaze, le maître inconnu de Socrate, ou Darladidadada le fondateur de l'ayurvéda- des polars, des thrillers, des comédies romantiques, des mangas, Harry Potter, Oui Oui, Le club des Cinq, SAS,  San Antonio, Rahan,  les Caroline, les Alice, Mortelle Adèle, Bob Morane, le journal de Mickey, Pilote, Tintin ou Astérix si vous êtes d'humeur intello.

Pour conclure une des histoires favorites de mon ami Denis (salut capitaine, ça va en Bretagne ?) : c'est une histoire de Toto - pas le Toto italien déjà vanté ici et qui fait partie des « must » du confinement joyeux[1], mais notre Toto français, celui des histoires drôles de notre enfance.

Toto est en train de faire sa promenade dans le petit jardin de l'hôpital psychiatrique. Il a une ficelle attachée au poignet et traîne derrière lui une brosse à dents.

Il tombe pile sur le médecin chef :

Toto : bonjour docteur, comment allez-vous bien ? Vous avez vu, avec ce beau temps,  j'en profite pour faire un tour  avec  ma brosse à dents.

Doc : « c'est bien  Toto,  la dernière fois que je t'ai croisé dans le jardin, tu croyais que tu promenais ton chien. Continue à bien suivre ton traitement et tu seras bientôt sorti d'ici. »

Le médecin éloigné  Toto tire un bon coup sur la ficelle et attrape sa brosse à dents : « tu as vu, Médor, on l'a bien eu ! »

 Conclusions:

1. pour  votre petite balade hygiénique, si vous n'avez pas de chien ou le formulaire A 38, emportez une brosse à dents.

2. restez confinés, soyez joyeux, portez-vous bien [2]et déconnez pas avec la santé, les filles [3]!

Références

Malheureusement les oeuvres de Chong Chong et Su Ki, trop austères et exigeantes pour les consommateurs de livres de développement personnel, n'ont pas bénéficié des vagues de mode occidentales ayant popularisé  Confucius, Lao Tseu et Tchouang Tseu. Elles ne sont disponibles en chinois que  chez un petit éditeur indépendant de Wuhan qui ne peut livrer actuellement. Quant à Darladidadada il est interdit par le gouvernement Modhi.



[1] More on this later avec conseils filmo et biblio dans les semaines qui viennent.

[2] Promo gratuite, phrase de conclusion fétiche d'Anton Tchekhov, à retrouver dans sa correspondance : «  Vivre de mes rêves,  édition préparée par Nadine Dubourvieux et traduite (magnifiquement) par elle, préface de votre serviteur. (éditions Robert Laffont, collection Bouquins 2016)

[3] Les mecs aussi


LE TANGO des Mistes

Optimistes et pessimistes dansent depuis toujours un tango.

J'ai des amis chers dans les deux catégories. Essayons de deviner comment ils réagissent face au début de la fin du confinement - ou à la fin du début du déconfnement. Où finit le début et où commence la fin ? Vaste débat qui fera (ou pas) l'objet d'un prochain post

Les optimistes radicaux pensent que ce n'est pas un petit machin de virus qui va interrompre la grande transformation de l'homme annoncée par le scientifique/religieux Teilhard de Chardin, matière et esprit enfin réconciliés finiront bien par accoucher du véritable être humain attendu depuis des millénaires, les pieds dans la terre et la tête dans les étoiles. On en aura enfin fini de la terrible dualité corps-esprit : incarnés en nous-mêmes, reliés au plus profond de notre histoire et attirés au plus lointain de nos rêves, nous pourrons libérer la puissance atomique créatrice de l'énergie spirituelle qui vit en nous depuis le premier jour et l'éparpillement initial de la matière qui nous constitue.

Les optimistes à vue courte n'ont pas ces perspectives cosmiques : ils pensent que tout va s'arranger - et recommencer comme avant.

Les optimistes religieux pensent que le Seigneur/Allah/ Elohim/Vishnou (ici, cocher la case adéquate) nous sauvera si nous décidons de suivre désormais le droit chemin, et punira les mécréants/infidèles/Arabes/Juifs (cocher la ou les cases adéquates).

Les optimistes béats pensent que le progrès médical permettra de surmonter cette crise et de prévenir les suivantes.

Les optimistes progressistes pensent que le monde aura appris de l'épreuve - les systèmes de santé seront améliorés, les monstres financiers priés de se bouffer nos pseudo-dettes.

Les optimistes écolo-humanistes pensent que chaque individu émergera de cette crise avec une réflexion plus profonde sur l'impact de nos comportements individuels sur la planète.

Les optimistes européens pensent que l'Europe saura resserrer les rangs et se montrer solidaire.

Les pessimistes radicaux pensent qu'entre virus en folie, flicage numérique, et dérèglement climatique on va vivre l'enfer : après le COVID 19, le COVID 20, tout ça sur fond de réchauffement climatique. En comparaison, les univers post-apocalyptiques type Blade Runner, Independence day, ou Mad Max sembleront un éden.

Les pessimistes religieux pensent que tous nos malheurs sont la punition du Seigneur/Allah/Elohim/Vishnou (ici, cocher la case adéquate) qui punit l'humanité pour ses fautes.

Les pessimistes écolo-humanistes se lamenteront qu'une fois de plus l'homme ait manqué l'occasion de comprendre, qu'encore et toujours, il étale ses instincts destructeurs.

Les pessimistes  complotistes pensent que tout ça, c'est la faute des Chinois/ des Juifs/ des Arabes/ des Américains/ des  Russes/des Slovènes/des Belges (cocher la case adéquate).

Les pessimistes souverainistes réclameront la fermeture des frontières.

Les pessimistes progressistes pensent que les « dark forces »  de l'ultra-libéralisme vont se saisir du prétexte du virus pour approfondir leur entreprise d'asservissement du peuple.

Pour finir, une histoire drôle (en tout cas elle me fait rire, moi) :
L'optimiste et le pessimiste sont tout au fond du fossé, les pieds dans un immonde mélange de merde et de boue, les chevilles enchaînées. A supposer que par un miracle de volonté et d'ingéniosité ils réussissent à s'arracher à la fange dans laquelle ils baignent, c'est le déluge de feu au-dessus de leurs têtes qui les attend. Ils poussent en choeur un soupir à fendre l'âme.

Le pessimiste : « Ça pourrait pas être pire. »
L'optimiste : « Si. »

P.S. je connais des complotistes et j'en croise mais j'ai pas d'amis complotistes - que je sache.

PPS. Mémoires d'outre-tombe : j'en suis au livre XV.
Pessimiste : seulement ? tu ne finiras jamais ! Optimiste : quelle merveille, encore vingt livres à baigner dans cette écriture sublime !


LES BOURREAUX MEURENT AUSSI

 A ceux que rassure la pensée d'un bourreau barbare ou pathologiquement amoureux de la souffrance, il faut rappeler quelques données biographiques concernant Kaing Kek leu, alias Douch, l'ancien tortionnaire en chef de la prison khmer rouge S 21, qui vient de mourir à Phnom Penh à l'âge de soixante-dix-sept ans. Sans avoir fréquenté la Sorbonne, comme Pol Pot et Khieu Sampan et d'autres leaders révolutionnaires, ce fils de paysan avait à force de zèle rejoint les bancs du lycée Sissowath ; instituteur, puis professeur de mathématiques, il était féru de littérature et pouvait, à plus de soixante ans de distance, citer au cours de son procès les vers finaux de « La Mort du Loup », d'Alfred de Vigny. Idéaliste, voulant le bien et l'émancipation pour son peuple, il s'était engagé  dans le mouvement révolutionnaire de façon désintéressée et altruiste : chef de M 16, le camp de jungle où François Bizot avait été détenu, et plus tard de S 21, il était persuadé d'avoir la garde de dangereux ennemis de la révolution, d'espions au service de la CIA, tous éléments dangereux dont il était nécessaire de nettoyer la société en émergence, non sans les avoir fait avouer leurs crimes auparavant par les moyens adaptés. Que Bizot, miraculeusement libéré, ait par la suite assuré que ce bourreau responsable de milliers de tortures et d'exécution n'était pas un « monstre  extraterrestre », mais un être humain bien représentatif de notre espèce a fait naître toutes sortes d'ambiguïtés, auprès de certaines familles de survivants notamment, qui ont vu dans cette position philosophique ce qu'elle n'était en rien - une tentative d'exonération des crimes commis. La seule peine adaptée à Douch, affirmait au contraire Bizot en ouverture du procès de son ancien  geôlier, aurait été à la mesure de la souffrance de ses victimes.  On peut se demander si, en le condamnant à la vie plutôt qu'à la mort, les juges de Phnom Penh n'ont pas inconsciemment atteint cet objectif, laissant à ce bourreau-otage une éternité de jours et de nuits à ruminer inutilement sur l'étendue des horreurs auxquelles il avait prêté son ardeur à la tâche son sens de l'obéissance et son amour du travail bien fait. Avant de renoncer et se taire, Douch avait parlé honnêtement à ses juges et demandé pardon à ses victimes. Cela lui fut imputé à crime : comment l'être insensible et froid qui avait établi les listes, coché les noms, organisé logistiquement les tortures pouvait-il ressentir un regret ? N'était-il pas toujours le même, cet homme qui avait tracé les mots « tuez-lez tous » à côté d'une colonne de noms d'enfants ? Attendait-il l'indulgence de ses juges, une compréhension qu'il savait impossible de la part des familles des victimes ? On ne pourra plus lui poser la question et Bizot lui-même, le seul être au monde qui ait survécu à son zèle révolutionnaire et s'est penché vers lui comme vers un miroir, préfère répondre qu'il n'a rien de particulier à dire aux journalistes qui le sollicitent du monde entier en quête d'un commentaire.  A quoi bon alimenter la vaine « roue de l'info » par quelques mots de plus ? Elle aura tourné demain, laissant entière l'énigme du mal, renvoyant ceux qui sont sûrs à leurs certitudes et ceux qui doutent à leur Douch (si j'entends bien Bizot, le nom Douch en khmer a une sonorité  du style « douït » et « non « douche »).

 Je me souviens de la question d'un journaliste français  (du Figaro-magazine, je crois) au docteur  Haing Ngor, un survivant des camps khmers rouges où toute sa famille  avait péri : « Vous racontez dans votre livre qu'à l'arrivée des troupes vietnamiennes qui ont fait chuter le régime polpotiste, vous vous êtes, avec un groupe de prisonniers, saisi d'un gardien de camp et l'avez battu et mis à mort. Je dois vous dire, en tant que catholique, j'ai trouvé cela très choquant.» Long silence de celui qui, émigré aux Etats-Unis, était devenu par hasard l'interprète cambodgien central du film The Killing Fields. Puis vient sa réponse, difficile à comprendre car sa voix est basse, sourde presque inaudible, et  le français  qu'il parlait couramment autrefois s'est presque effacé de sa mémoire après des années de vie sur la côte Ouest américaine ( by the way son anglais est à peine meilleur): « Vous comprenez, monsieur, ces gens avaient tué tous ceux qui nous étaient chers, ils nous avaient maltraités, persécutés, affamés. Vous vouliez que nous allions leur chercher un avocat ?» Je me souviens du regard d'incompréhension de ce bon chrétien. Lui, il n'aurait jamais fait une chose pareille.

Douch non plus, d'ailleurs - et pourtant il est devenu l'ordonnateur  zélé de crimes innombrables dont à trente années de distance, il ressentait l'abomination avec une perceptible horreur de lui-même doublée d'une étonnante lucidité sur les mécanismes politiques humains et politiques qui les avaient engendrés - mécanismes au coeur desquels il avait été beaucoup plus qu'un rouage, un vulgaire, grisâtre et méprisable Eichmann, ce degré zéro du bourreau, mais un acteur conscient et enthousiaste, habité par l'amour du travail bien fait. Bien loin des nazis qui, dans la débâcle tentaient de faire disparaître toutes les traces de leurs crimes, ce fonctionnaire avait avec le même sens du devoir préservé les archives dans le détail desquelles ses futurs juges trouveraient les preuves de son engagement personnel quotidien dans les pires abominations d'un régime de « purs », d'incorruptibles qui, dans leur obsession de la poursuite du Bien, avaient accouché d'un cauchemar. Ses chefs morts ou mourants, Douch s'est trouvé seul face à une justice aux buts incertains : s'agissait-il de juger un homme, d'offrir une consolation aux victimes, une leçon d'histoire dont la nécessité restait étrangère à la grande majorité d'une population trop occupée par la tâche de la survie au quotidien pour se payer le luxe d'un « devoir de mémoire » ?  Pris entre les injonctions souvent contradictoires de ce procès, le bourreau a peut-être parois regretté de n'avoir pas subi la vengeance qu'un Haing Ngor et ses camarades lui auraient infligée ; une « justice internationale » imposée au régime corrompu de Phnom Penh l'a jugé et condamné à mourir dans la couche d'une cellule sommaire mais décente. On l'imagine murmurant peut-être une dernière fois les vers où Vigny conserve son loup mourant :

 

« Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,

Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche,

Et, sans daigner savoir comment il a péri,

Refermant ses grands yeux,

Meurt sans jeter un cri. (?) 

Gémir, pleurer, prier, est également lâche. 

Fais énergiquement ta longue et lourde tâche

Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,

Puis, après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »

 

Références

Le cinéaste Rithy Panh a tiré de ses heures de face à face avec Douch un documentaire fascinant : Duch, le maître des forges de l'enfer (2012) ; ce film complète son premier et justement célèbre documentaire, S 21, la machine de mort khmère rouge (2003).

Pour Bizot lui-même, il n'est jamais trop tard pour lire ou relire Le Portail (La Table Ronde, 2000, réédition en collection Folio/Gallimard, édition révisée chez Versilio, 2014), amer et bouleversant récit à compléter par la méditation inspirée au même Bizot dans la foulée de son témoignage en ouverture du procès de Douch (Le Silence du Bourreau, Flammarion/Versilio, 2011, réédition en collection Folio Gallimard).

Sur le procès de Douch, le livre de mon ami Thierry (« Tio ») Cruvellier, Le Maître des Aveux (Gallimard/Versilio, 2011) est plus qu'un précieux compte rendu du procès auquel ce journaliste est le seul à avoir assisté de bout en bout : une évocation puissante de cette comédie humaine où s'échouait la tragédie d'un peuple.

 


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