Antoine Audouard

Blog de Antoine Audouard


DEDICACE

Quand j'avais quinze ans, mon grand-père, le surréaliste André Thirion, publia le livre Révolutionnaires sans révolution qui, presque quarante ans plus tard, demeure l'un des témoignages majeurs pour comprendre l'histoire du surréalisme. Sur mon exemplaire figure la dédicace suivante : « Il est dans l'ordre des choses qu'une ou deux générations d'être humains soient en position de croire qu'ils remplissent, enfin, le tonneau des Danaïdes. Je souhaite, Antoine, que tu sois de ceux-là et que cette dédicace te porte, néanmoins, à ne jamais négliger les Danaïdes pour le tonneau. »


PERES ET FILS

 Yvan Audouard, écrivain français


Au mois de mars 2011 paraît mon nouveau livre, « le Rendez-vous de Saigon ». Il parle de mon père et de moi, mais aussi de son père et de mes fils. Il retrace des filiations souterraines et peut-être imaginaires, mais qui n'en exercent pas moins sur nos vies des influences lunaires. J'ai eu du mal à écrire « nouveau » car j'ai écrit ce texte quelques mois après la mort de mon père, il y a bientôt sept ans. Et puis je l'ai perdu, physiquement perdu : pas imprimé, disque dur crashé. Il a fallu le « hasard » d'un disque de récupération pour le voir refaire surface. L'oubli étant la principale capacité de ma mémoire, je l'ai vu ressurgir avec surprise. Certains écrivent : je me souviens de tout. Et moi : je ne me souviens de rien. Et pourtant de ce rien émergent des fragments. En voici un.

 


LETTRE D'INSULTES

Il y a quelque temps, j'ai reçu une lettre d'insultes d'une dame à propos de mon roman « l'Arabe », m'accusant de voir le mal partout, d'avoir l'esprit diaboliquement tourné et me souhaitant tout l'insuccès possible.


CYNISME TRANQUILLE

Lilian Ross (dessin du New Yorker)

Un ami du New York Times nous a révélé un soir les trois secrets les mieux gardés du vrai journaliste. Le premier: ne jamais faire confiance à un journaliste. le deuxième: ne jamais faire confiance à un journaliste. Le troisième: ne jamais faire confiance à un journaliste. Nous avons trouvé ça drôle. Je ne suis pas sûr que ça le soit tant que ça.


MONSIEUR LE CONSUL

 Il y a trente ans, nous rêvions ensemble de ce que serait le monde si nous l'envahissions avec nos âmes maladroites et nos belles intentions. Dans une vallée de l'Atlas, au Kurdistan, en Afghanistan, à Haïti - et même en France - il n'a cessé d'y croire. Malgré le pessimisme - qui m'incite à craindre que si le destin avait le caprice de nous confier le pouvoir nous ferions autant de morts que les autres au nom de l'établissement du bien, sa foi conforte mes doutes. Ce portrait a été publié dans le magazine du "Monde" en octobre 2008.


LA LECTURE COMME MANQUE (2)

 

Yu Hua, toujours lui, rapporte qu'à la période, après la Révolution culturelle, où des livres se trouvèrent à nouveau disponibles, une avidité extraordinaire s'empara de tous Les quelques exemplaires des classiques du roman du XIXe siècle (les Balzac, Tolstoï et autres Dickens, autrefois qualifiés d'"herbes vénéneuses") circulaient à la manière de biens précieux. Le problème était qu'à force de passer de main en main, ils se dépouillaient peu à peu : peu importe pour la couverture, le titre, le nom de l'auteur, mais il était frustrant de lire des histoires où manquaient le début et la fin, et où des pages au milieu avaient été arrachées.


 


LA LECTURE COMME MANQUE

On découvre dans le chapitre « Lectures » de son dernier livre le jeune Yu Hua grandissant sous la Révolution culturelle et, assoiffé de lecture, courant derrière chacun pour découvrir si, par extraordinaire, il y a chez eux autre chose que les quatre volumes jamais ouverts des ?uvres Choisies du président Mao Zedong ou son Petit livre rouge.


 


LA MORT, C'EST LA NUIT FRAICHE

L'écrivain Yu Hua ne cesse d'explorer l'hstoire de la Chine contemporaine à partir de personnages dont l'humanité est si profonde, si complexe et si palpable qu'il réconcilie littérature populaire (son livre Revivre a été un best-seller adapté au cinéma) et littérature "sérieuse" - si l'on peut employer ce mot à propos d'un écrivain si rabelaisien dans son inspiration,


Aux abattoirs

I

Il y a quelques mois, je me trouvais dans un abattoir de Tarascon, département des Bouches-du-Rhône, petite ville plus connue pour son Front National, son château et son Tartarin. Avec beaucoup d'hésitations, traversant une aube brumeuse et pluvieuse, j'avais chaussé les survêtements - blouse, chapeau, chaussettes - tout semblables à ceux que l'on distribue dans les maternités. J'étais resté coincé un temps dans une vaste chambre froide où il fallait pousser des carcasses de vaches pour se frayer un chemin. Enfin, selon mon v?u étrange et contre moi-même aussi, je me trouvais au carré d'abattage, dans la Cité du Sang.

 


GERMAINE TILLION

C'est Todorov qui m'a fait dévouvrir Germain Tillion. Elle a instantanéement fait partie de ces figures qui s'installent dans nos vies comme des présences intermédiaires: impossible de prétendre les avoirs côtoyées, mais impossible aussi de nier la familiarité qui nous en rapproche et nous incite à nous tourner vers elles, à en faire les partenaires de ces dialogues imaginaires où les figures du passé nous aident à apprivoiser le présent sans sombrer dans le tentant refuge de la tristesse.

Photo D.R.


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