Antoine Audouard

Blog de Antoine Audouard


RÉSOLUTIONS DU JOUR


J'essaie de relire les notes que j'ai prises pour un roman mais AVC ou presbytie (ou les deux) j'ai du mal. A l'instigation de mon fils, je lis Feydeau en attendant paisiblement confirmation que Régis Wargnier avec qui j'ai écrit l'adaptation du « Portail » tourne bien en janvier ; je lui ai demandé de me réserver une figuration en fauteuil roulant pendant la scène de l'évacuation de l'ambassade de France à Phnom Penh ; de ce point de vue, toute mon histoire d'hémiplégie prend un vernis Actors Studio qui me plaît et mon passage à l'hôpital c'est le method acting de Strasberg.


THANK GOD FOR DUPONTEL

S'il y avait une justice céleste, les critiques qui ont ignoré le génie explosif d'Albert Dupontel pour se vautrer dans la célébration des ozoneries en tous genres, seraient à la fin pendus par les couilles et demanderaient pardon en écoutant en boucle un enregistrement des rires de leurs mômes se régalant des horreurs de Bernie, du Vilain et autres Neuf mois ferme. Comme ce jour n'arrivera pas, il faut sans attendre dire que l'univers de ce fou de Dupontel est d'une poésie sauvage et d'une humanité profonde, sans compter qu'on ne s'emmerde jamais une seconde. Son personnage de Bernie revisité et enrichi dans chaque film, va beaucoup plus loin que celui - déjà génial - incarné par Mel Gibson dans la série des Armes fatales - ce type qui n'a rien à perdre et qui va -cinématographiquement - jusqu'au bout - et même au-delà.


COMPAGNONS SECRETS

Comme le héros du magnifique récit de Joseph Conrad « Le compagnon secret », le passager monté clandestinement à bord du voilier barré « en solitaire » (comme le titre) par le personnage joué par François Cluzet, met son protecteur face à un choix moral et pratique périlleux ; dans l'impossibilité de le débarquer et se refusant à le jeter à la mer, le navigateur se trouve dans l'obligation de cacher à tous son entreprise. Autre point commun des deux marins : c'est leur premier commandement, d'un équipage pour le capitaine conradien, d'un bateau en solo dans une course au large pour Cluzet/Yann Kermadec et à leur âge, ils ont développé des doutes sur leurs propres capacités que le regard des autres rend plus difficile à vivre. 


WHAT IS LIFE ?

Life is what's happening to you while you're busy making other plans, chantait John Lennon. On ne saurait mieux dire, sinon pour ajouter que la mort également - en quoi l'on voit, une fois de plus, qu'elle est bien une partie de notre vie, à défaut d'être celle que nous préférons.

 

Le 28 juin 2012, je me préparais à notre migration familiale estivale américaine en relisant des articles retenus par mon ami et frère Thierry Cruvellier pour notre anthologie du magazine writing américain intitulée « le roman vrai de l'Amérique», lorsque je me suis allongé pour une sieste. J'étais fatigué par une année difficile, et contrarié par une lettre qui m'avait fait « bouillir le sang » une partie de la nuit. Je ne sais pas ce qui se serait passé si mon fils Ulysse n'avait pas décrété que l'école était finie et ne m'avait pas trouvé allongé par terre, incapable de me relever et de répondre à ses questions (je les entendais et dans ma tête je lui disais que tout allait bien, j'allais pisser, dormir encore un peu). Ulysse a appelé ma femme et son grand frère Alexandre a appelé les pompiers.


AU BONHEUR DES PETITS SAINTS

Au sortir de mon récent AVC, on m'a proposé pour évaluer mon état une série d'images représentant des personnalités politiques ou du spectacle. A peine avais-je eu le temps de me réjouir que la photo de Marine Le Pen ne fasse pas partie de mon retour à la vie (j'ai eu Jospin, Michel Drucker et Catherine Deneuve jeune et j'ai râlé qu'à un écrivain on ne propose pas les tronches amies de Balzac, Flaubert ou Victor Hugo) que la clameur des « petits saints » m' a aussitôt cahuzé les oreilles.

 

Les « petits saints » sont en goguette ! Pensez donc, un Cahuzac, ça ne vous tombe pas tous les jours dans l'escarcelle. Un socialiste ripou, la droite se régale, quand en plus il a été conseillé dans ses crapuleries par un proche de l'abominable Marine, c'est toute la gauche de la gauche qui en redemande. On va pouvoir marcher citoyen, un couteau entre les dents, chouette ! Il faut faire couler le sang et changer d'hommes et de système.


EN LISANT A VOIX HAUTE

Il va falloir que je m'y fasse : dans des conditions que je ne comprends pas bien, un certain compagnon secret (Bizot dit « allocutaire » - le seul mot qu'il ne devrait pas avoir le droit d'utiliser... allocutaire !) apparu en moi dans des conditions mal éclaircies (et que j'ai nommé « Anon » pour des raisons tout aussi peu évidentes), m'a fait écrire une épopée de plus de 10.000 vers... Ca s'appelle « les Jartés » et ça raconte les cinq jours de l'arrivée d'un nouveau PDG dans une PME qui ne va pas très bien - et dont le comité d'entreprise doit voir la présentation du mal nommé « plan social ».

 

Anon persiste à ne pas signer....


RENAITRE CHAQUE MATIN

En voyant cette publicité pour un matelas, j'ai saisi avec trop de facilité l'occasion de me livrer à ce classique exercice de haine du présent auxquels les écrivains de toutes les époques semblent ne pouvoir échapper, de temps à autre - et pourquoi pas ? à condition qu'il ne finisse pas par les étouffer.



LE MOULIN ET LA CROIX

 

C'est mon ami le peintre Bruce Thurman qui m'a expédié voir le film de Lech Majewski, « Bruegel, le Moulin et la Croix ». Je n'ai jamais rien vu de tel, et je n'ai jamais été à la fois si profondément et - si j'ose dire - naturellement dérouté et touché par un film... Il est difficile à raconter en utilisant un autre langage que le sien propre - il n'est pas narratif, car il ne raconte ni l'histoire d'un tableau, ni celle d'un peintre, ni aucune histoire à proprement parler - et en même temps il n'est pas purement allégorique, comme le sont certains films de Tarkovski, par exemple, que j'ai du mal à revoir aujourd'hui ; car en même temps il est profondément humain, d'une humanité presque sans mots et pourtant pas silencieuse, puisqu'on ne cesse d'y voir les activités humaines les plus simples, on y rit, on y pleure, on y fait l'amour, on y danse et on y meurt.


INCENDIES

J'ai vu hier un film que je voulais voir depuis longtemps et que j'avais raté, comme on rate beaucoup de choses (pièces, expositions, rencontres...), par une sorte de paresse quotidienne qui pourrait être une des façons par lesquelles la mort s'annonce : on ne se jette plus en avant avec cette impulsivité, on ne prend plus ces risques (de s'ennuyer, d'être déçu...), et on se replie doucement sur un univers où l'on n'est plus vraiment secoué par rien, où l'on s'entoure de ces espaces peuplés de livres et d'ombres qui nous protègent du monde, mais aussi nous en séparent.


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