Antoine Audouard

Blog de Antoine Audouard



ENTRE DEUX TRAINS

S'il y a un point commun entre mes différentes expériences hospitalières parisiennes (2012-2013) et indienne (2014, en cours depuis quatre semaines), ce sont les trains.

L'hôpital Lariboisière (urgences neurologiques) et son jumeau de Fernand Widal (rééducation) sont situés de part et d'autre de la gare du Nord et de mes différentes chambres j'entendais la nuit les annonces des trains ou le bruit des bus à la gare routière toute proche. Idem pour Léopold Bellan, où j'ai été quelques mois en hôpital de jour, et dont la branche de rééducation est située  entre la gare du Nord et la gare de l'Est. Ayant moi-même quelque temps habité près de la gare d'Austerlitz et ayant une vieille passion d'Arlésien de Paris (quoique né à Paris et y ayant vécu toute ma vie, sauf les quatre ans à New York, j'ai pris la succession de mon père en faisant d'Arles ma « ville natale préférée » - son existence se passe donc dans une succession d'exils, d'ailleurs plaisants) pour la gare de Lyon, j'en ai profité pour généraliser cet amour et en doter au narrateur/héros du roman dont je viens de finir la première version. Faut-il préciser que l'action de « Changer la vie » se passe sur fond de victoire de la gauche : c'est le fils d'une gauchère contrariée, avec des séquelles d'hémiplégie gauche, qui vous parle?


Gaza et la paix civile en France

 

La paix civile en France semble loin d'être assurée si l'on en croit les interminables échos intérieurs de la guerre israélo-palestinienne. Les identifications virulentes des uns (aux Israéliens luttant courageusement pour leur survie contre les barbares islamo-terroristes) et des autres (aux pauvres enfants palestiniens que les bombes tel-aviviennes viennent écrabouiller jusque dans leurs écoles) nous renvoient, de fait, à une histoire familière.

Faut dire qu'en matière de guerre civile on s'y connaît : s'il n'en finit jamais d'être trop tôt, selon le mot célèbre de Zhou Enlai pour évaluer les effets de la Révolution française, il en est de même sur les conséquences des guerres de religion, des guerres de région et des guerres sociales sur lesquelles notre unité nationale s'est fondée, communauté traversée de violences jamais acceptées, jamais digérées.

Dans ce contexte, les émotions des Juifs français (qui entendent, les larmes aux yeux, les cris de «mort aux juifs !» et ne peuvent oublier la bonne vieille tradition de l'antisémitisme français et sa malencontreuse rencontre avec le nazisme et son «détail» exterminateur) et des Arabes français (enfants de nos guerres coloniales, qui entendent parler de «ratonnades» avec un sentiment amer de déjà vu, si ce ne fut par eux mais par leurs pères) devraient nous inciter à un peu d'humilité et de retenue dans les admonestations vertueuses qui ont, par ailleurs, fait la preuve de leur inefficacité. Quand nos gouvernants dissertent savamment sur le fait que le conflit de Gaza («ne pas dire guerre», eût dit Flaubert dans son dictionnaire des idées reçues) n'a pas à être importé, ils oublient et ce passé, et ces émotions. Les comprendre ensemble - et non les unes contre les autres - nous ferait du bien si nous en étions capables et pourrait même se révéler fondateur d'une paix civile française. Cela contribuerait aussi à une pause dans cette compétition française interne (ethnique, nationale, sociale) pour déterminer qui est le plus sérieusement «victime» - pas vraiment une base de contrat social pour le vivre-ensemble, ni le meilleur moyen de rebondir à l'âge de la globalisation souriante ou non.


RÉSOLUTIONS DU JOUR


J'essaie de relire les notes que j'ai prises pour un roman mais AVC ou presbytie (ou les deux) j'ai du mal. A l'instigation de mon fils, je lis Feydeau en attendant paisiblement confirmation que Régis Wargnier avec qui j'ai écrit l'adaptation du « Portail » tourne bien en janvier ; je lui ai demandé de me réserver une figuration en fauteuil roulant pendant la scène de l'évacuation de l'ambassade de France à Phnom Penh ; de ce point de vue, toute mon histoire d'hémiplégie prend un vernis Actors Studio qui me plaît et mon passage à l'hôpital c'est le method acting de Strasberg.


THANK GOD FOR DUPONTEL

S'il y avait une justice céleste, les critiques qui ont ignoré le génie explosif d'Albert Dupontel pour se vautrer dans la célébration des ozoneries en tous genres, seraient à la fin pendus par les couilles et demanderaient pardon en écoutant en boucle un enregistrement des rires de leurs mômes se régalant des horreurs de Bernie, du Vilain et autres Neuf mois ferme. Comme ce jour n'arrivera pas, il faut sans attendre dire que l'univers de ce fou de Dupontel est d'une poésie sauvage et d'une humanité profonde, sans compter qu'on ne s'emmerde jamais une seconde. Son personnage de Bernie revisité et enrichi dans chaque film, va beaucoup plus loin que celui - déjà génial - incarné par Mel Gibson dans la série des Armes fatales - ce type qui n'a rien à perdre et qui va -cinématographiquement - jusqu'au bout - et même au-delà.


COMPAGNONS SECRETS

Comme le héros du magnifique récit de Joseph Conrad « Le compagnon secret », le passager monté clandestinement à bord du voilier barré « en solitaire » (comme le titre) par le personnage joué par François Cluzet, met son protecteur face à un choix moral et pratique périlleux ; dans l'impossibilité de le débarquer et se refusant à le jeter à la mer, le navigateur se trouve dans l'obligation de cacher à tous son entreprise. Autre point commun des deux marins : c'est leur premier commandement, d'un équipage pour le capitaine conradien, d'un bateau en solo dans une course au large pour Cluzet/Yann Kermadec et à leur âge, ils ont développé des doutes sur leurs propres capacités que le regard des autres rend plus difficile à vivre. 


WHAT IS LIFE ?

Life is what's happening to you while you're busy making other plans, chantait John Lennon. On ne saurait mieux dire, sinon pour ajouter que la mort également - en quoi l'on voit, une fois de plus, qu'elle est bien une partie de notre vie, à défaut d'être celle que nous préférons.

 

Le 28 juin 2012, je me préparais à notre migration familiale estivale américaine en relisant des articles retenus par mon ami et frère Thierry Cruvellier pour notre anthologie du magazine writing américain intitulée « le roman vrai de l'Amérique», lorsque je me suis allongé pour une sieste. J'étais fatigué par une année difficile, et contrarié par une lettre qui m'avait fait « bouillir le sang » une partie de la nuit. Je ne sais pas ce qui se serait passé si mon fils Ulysse n'avait pas décrété que l'école était finie et ne m'avait pas trouvé allongé par terre, incapable de me relever et de répondre à ses questions (je les entendais et dans ma tête je lui disais que tout allait bien, j'allais pisser, dormir encore un peu). Ulysse a appelé ma femme et son grand frère Alexandre a appelé les pompiers.


AU BONHEUR DES PETITS SAINTS

Au sortir de mon récent AVC, on m'a proposé pour évaluer mon état une série d'images représentant des personnalités politiques ou du spectacle. A peine avais-je eu le temps de me réjouir que la photo de Marine Le Pen ne fasse pas partie de mon retour à la vie (j'ai eu Jospin, Michel Drucker et Catherine Deneuve jeune et j'ai râlé qu'à un écrivain on ne propose pas les tronches amies de Balzac, Flaubert ou Victor Hugo) que la clameur des « petits saints » m' a aussitôt cahuzé les oreilles.

 

Les « petits saints » sont en goguette ! Pensez donc, un Cahuzac, ça ne vous tombe pas tous les jours dans l'escarcelle. Un socialiste ripou, la droite se régale, quand en plus il a été conseillé dans ses crapuleries par un proche de l'abominable Marine, c'est toute la gauche de la gauche qui en redemande. On va pouvoir marcher citoyen, un couteau entre les dents, chouette ! Il faut faire couler le sang et changer d'hommes et de système.


EN LISANT A VOIX HAUTE

Il va falloir que je m'y fasse : dans des conditions que je ne comprends pas bien, un certain compagnon secret (Bizot dit « allocutaire » - le seul mot qu'il ne devrait pas avoir le droit d'utiliser... allocutaire !) apparu en moi dans des conditions mal éclaircies (et que j'ai nommé « Anon » pour des raisons tout aussi peu évidentes), m'a fait écrire une épopée de plus de 10.000 vers... Ca s'appelle « les Jartés » et ça raconte les cinq jours de l'arrivée d'un nouveau PDG dans une PME qui ne va pas très bien - et dont le comité d'entreprise doit voir la présentation du mal nommé « plan social ».

 

Anon persiste à ne pas signer....


RENAITRE CHAQUE MATIN

En voyant cette publicité pour un matelas, j'ai saisi avec trop de facilité l'occasion de me livrer à ce classique exercice de haine du présent auxquels les écrivains de toutes les époques semblent ne pouvoir échapper, de temps à autre - et pourquoi pas ? à condition qu'il ne finisse pas par les étouffer.


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