Antoine Audouard

Blog de Antoine Audouard


LA LECTURE COMME MANQUE

On découvre dans le chapitre « Lectures » de son dernier livre le jeune Yu Hua grandissant sous la Révolution culturelle et, assoiffé de lecture, courant derrière chacun pour découvrir si, par extraordinaire, il y a chez eux autre chose que les quatre volumes jamais ouverts des ?uvres Choisies du président Mao Zedong ou son Petit livre rouge.


 


LA MORT, C'EST LA NUIT FRAICHE

L'écrivain Yu Hua ne cesse d'explorer l'hstoire de la Chine contemporaine à partir de personnages dont l'humanité est si profonde, si complexe et si palpable qu'il réconcilie littérature populaire (son livre Revivre a été un best-seller adapté au cinéma) et littérature "sérieuse" - si l'on peut employer ce mot à propos d'un écrivain si rabelaisien dans son inspiration,


MEMOIRES D'OLIFANT (3)

Son olifant, Roland d'abord le méprise et le repousse. Puis il le sonne quand il est trop tard. Quand la mort vient, enfin, il lui est plus précieux que son épée...


MEMOIRES D'OLIFANT (2)

 

La suite de l'aventure d'un détail: le célèbre olifant de la "Chanson de Roland".

 


MEMOIRES D'OLIFANT (1)

C?est le premier détail de l'histoire de la littérature française. Détail : objet, couleur, odeur dont la force est descriptive, narrative et aussi secrètement symbolique. Quoi de plus beau détail que ce cor, l'olifant, dans lequel le neveu de Charlemagne, Roland, il y a près de mille ans, perd son souffle, son sang et sa vie ?


UNE JUSTE ERREUR

David Grossman n'aime pas être appelé « conscience morale d'Israël » mais il est difficile d'y échapper quand, devant le cercueil de son propre fils, tué dans son tank par un missile du Hezbollah, on est capable de continuer à dire qu'il faut « connaître son ennemi de l'intérieur de soi-même »?


Aux abattoirs

I

Il y a quelques mois, je me trouvais dans un abattoir de Tarascon, département des Bouches-du-Rhône, petite ville plus connue pour son Front National, son château et son Tartarin. Avec beaucoup d'hésitations, traversant une aube brumeuse et pluvieuse, j'avais chaussé les survêtements - blouse, chapeau, chaussettes - tout semblables à ceux que l'on distribue dans les maternités. J'étais resté coincé un temps dans une vaste chambre froide où il fallait pousser des carcasses de vaches pour se frayer un chemin. Enfin, selon mon v?u étrange et contre moi-même aussi, je me trouvais au carré d'abattage, dans la Cité du Sang.

 


GERMAINE TILLION

C'est Todorov qui m'a fait dévouvrir Germain Tillion. Elle a instantanéement fait partie de ces figures qui s'installent dans nos vies comme des présences intermédiaires: impossible de prétendre les avoirs côtoyées, mais impossible aussi de nier la familiarité qui nous en rapproche et nous incite à nous tourner vers elles, à en faire les partenaires de ces dialogues imaginaires où les figures du passé nous aident à apprivoiser le présent sans sombrer dans le tentant refuge de la tristesse.

Photo D.R.


GUY SCHOELLER

Je l'ai connu peu et tard. Il était d'une certaine façon assez peu sympathique - et pouvait même se rendre odieux sans effort. Même ses amis le savaient porté sur une forme de mythomanie tellement distrayante qu'il évita de rédiger ses mémoires (ce que lui avaient proposé tous les éditeurs de Paris), sans doute pour ne pas les décevoir. Longtemps directeur du Livre de Poche, éphémère mari de Françoise Sagan, le fondateur de la collection "Bouquins" était l'une des dernières figures d'une forme d'édition qui, sous ses dehors arrogants, dissimulait peut-être le plus profond - et le seul vrai - respect des lecteurs: celui de ne pas les prendre pour des imbéciles.


Bizot et le bourreau : face au miroir

En octobre 1971, l'ethnologue François Bizot était arrêté et détenu par les Khmers rouges. Accusé d'appartenir à la CIA, à deux doigts d'une exécution sommaire, il était libéré trois mois plus tard, à l'instigation de son geôlier, Douch. Arrêté en 1999, Douch a été reconnu comme le chef de la sinistre prison et centre de tortures de Tuol Sleng (S-21), au centre de Phnom Penh. Depuis qu'il le sait en vie, Bizot attend de s'asseoir en face de Douch, de l'interroger, de « démonter le réveil ». Après des années d'attente, son procès sera le premier d'un responsable du régime qui fit, selon les estimations, entre deux et trois millions de victimes en à peine plus de trois ans. Pour l'auteur du « Portail », l'enjeu de justice devrait aller au-delà de l'évocation du crime, impardonnable, et de sa condamnation, indispensable. Peut-elle être l'occasion tragique d'apprendre à ne plus nous méfier des autres, mais de nous-mêmes ?


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