Antoine Audouard

Blog de Antoine Audouard


UNE JUSTE ERREUR

David Grossman n'aime pas être appelé « conscience morale d'Israël » mais il est difficile d'y échapper quand, devant le cercueil de son propre fils, tué dans son tank par un missile du Hezbollah, on est capable de continuer à dire qu'il faut « connaître son ennemi de l'intérieur de soi-même »?


Aux abattoirs

I

Il y a quelques mois, je me trouvais dans un abattoir de Tarascon, département des Bouches-du-Rhône, petite ville plus connue pour son Front National, son château et son Tartarin. Avec beaucoup d'hésitations, traversant une aube brumeuse et pluvieuse, j'avais chaussé les survêtements - blouse, chapeau, chaussettes - tout semblables à ceux que l'on distribue dans les maternités. J'étais resté coincé un temps dans une vaste chambre froide où il fallait pousser des carcasses de vaches pour se frayer un chemin. Enfin, selon mon v?u étrange et contre moi-même aussi, je me trouvais au carré d'abattage, dans la Cité du Sang.

 


GERMAINE TILLION

C'est Todorov qui m'a fait dévouvrir Germain Tillion. Elle a instantanéement fait partie de ces figures qui s'installent dans nos vies comme des présences intermédiaires: impossible de prétendre les avoirs côtoyées, mais impossible aussi de nier la familiarité qui nous en rapproche et nous incite à nous tourner vers elles, à en faire les partenaires de ces dialogues imaginaires où les figures du passé nous aident à apprivoiser le présent sans sombrer dans le tentant refuge de la tristesse.

Photo D.R.


GUY SCHOELLER

Je l'ai connu peu et tard. Il était d'une certaine façon assez peu sympathique - et pouvait même se rendre odieux sans effort. Même ses amis le savaient porté sur une forme de mythomanie tellement distrayante qu'il évita de rédiger ses mémoires (ce que lui avaient proposé tous les éditeurs de Paris), sans doute pour ne pas les décevoir. Longtemps directeur du Livre de Poche, éphémère mari de Françoise Sagan, le fondateur de la collection "Bouquins" était l'une des dernières figures d'une forme d'édition qui, sous ses dehors arrogants, dissimulait peut-être le plus profond - et le seul vrai - respect des lecteurs: celui de ne pas les prendre pour des imbéciles.


Bizot et le bourreau : face au miroir

En octobre 1971, l'ethnologue François Bizot était arrêté et détenu par les Khmers rouges. Accusé d'appartenir à la CIA, à deux doigts d'une exécution sommaire, il était libéré trois mois plus tard, à l'instigation de son geôlier, Douch. Arrêté en 1999, Douch a été reconnu comme le chef de la sinistre prison et centre de tortures de Tuol Sleng (S-21), au centre de Phnom Penh. Depuis qu'il le sait en vie, Bizot attend de s'asseoir en face de Douch, de l'interroger, de « démonter le réveil ». Après des années d'attente, son procès sera le premier d'un responsable du régime qui fit, selon les estimations, entre deux et trois millions de victimes en à peine plus de trois ans. Pour l'auteur du « Portail », l'enjeu de justice devrait aller au-delà de l'évocation du crime, impardonnable, et de sa condamnation, indispensable. Peut-elle être l'occasion tragique d'apprendre à ne plus nous méfier des autres, mais de nous-mêmes ?




UN INTERMINABLE GUANTANAMO JUDICIAIRE

Mourad Benchellali (photo le Figaro)

Il y a bientôt six ans, dans l'avion qui le ramenait de Guantanamo, Mourad Benchellali et ses cinq compagnons français pensaient que leur cauchemar était terminé. Après deux ans et demi de détention dans des conditions dénoncées universellement, Mourad allait retrouver la liberté et le chemin d'une vie à reconstruire. Il n'en a rien été - et l'on peut même se demander si le nouveau cauchemar dans lequel il est entré n'est pas, à certains égards, comparable au précédent. Il implique le système policier et judiciaire français, l'hypocrisie gouvernementale et l'indifférence de tous.
 


Français, mais pas vraiment

Libres et égaux en droit? Remarques sur la discrimination administrative de base qui fait la distinction entre Français "de catégorie 1" et Français de "catégorie 2".


Au commencement il y avait le silence

A La Maison de Quartier de Wazemme (Lille) en juin 2009, Samira m'a invité à la "remise des travaux" de son association, Mademoiselle S. Chanteurs, slammeurs, femmes en quête de mémoire... Une histoire de rencontres et de mots. Avant de venir, je lui avais demandé ce qu'elle attendait de moi. "Rien, a-t-elle dit, que tu sois là."

Voilà.


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