Antoine Audouard

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THE GOOD GUYS AND THE BAD GUYS


De nombreux films (de cow-boys, entre autres) vus à la télé dans l'enfance nous ont enseigné que dans la vie il y avait les bons (nous) et les méchants (les autres). Que les choses soient en réalité un peu plus compliquées est une découverte parfois douloureuse. Et pour nous accompagner, certains films, certaines séries nous entraînent vers cette zone grise de nos propres ambiguïtés.
Ces réflexions (et quelques autres) m'accompagnent alors que je débute le deuil d'une de mes séries favorites de ces dernières années : Better Call Saul.

À la différence du personnage central de Breaking Bad, la série dont Saul est dérivée, Jimmy McGill/Saul Goodman est aussi immonde qu'attachant. Pendant deux saisons complètes (ou presque), nous voulons croire qu'il s'agit d'un « bon gars » maltraité par son grand frère et qui se démène pour s'en sortir avec les moyens du bord. Certes son code moral est au-delà de l'élastique, mais il est drôle, fragile et déploie l'aisance d'un Arsène Lupin moderne à se tirer de tous les mauvais cas où il se met. De plus, Kim, son amoureuse, est dotée des plus charmants mollets de toutes les séries ; pour compléter le tableau, l'associé de son frère est un blond aux yeux bleus parfaitement détestable et le frère lui-même, génie du droit certes, est non seulement un malade mental ultra-zarbi, mais un psychorigide n'ayant aucune reconnaissance pour ce pauvre Jimmy qui se démène pour lui.

Avec les saisons, notre sentiment se nuance d'un trouble croissant, car Jimmy se révèle une espèce de salopard sans foi ni loi tandis que sa chérie, hors ses délectables mollets, nous dévoile un côté décidément pas net : le grand blond qu'on voudrait croire une espèce de nazi n'est après tout pas si salaud que ça, et les blagues montées par Jimmy et Kim, que nous trouvions bien rigolotes au début, nous apparaissent sous un jour plus sinistre.

Plus Jimmy trempe dans le crime et les coups tordus, plus il nous offre un miroir moral, car il a beau nous révolter à bien des moments, nous sommes de son côté envers et contre tout - oui, presque. Même si nous comprenons Kim (spoiler alert : si vous n'avez pas vu la série, ne lisez pas ce qui suit) de le quitter, nous lui en voulons un peu, tout en constatant que, pour une fois, le personnage féminin est aussi central que le protagoniste masculin - enfermée dans d'impossibles contradictions, tricheuse et courageuse, tordue et généreuse, au coeur de ce Crime et châtiment moderne, la dimension religieuse en moins, elle est celle qui ne lâche rien et que nous admirons, plus que le Slippin' Jimmy qui dort en nous. Sachant qu'il n'y a pas de good guys dans cette série, à une ou deux exceptions près (Manuel, le père d'Ignacio « Nacho » Varga), dans cette collection de criminels, nous distinguons entre ceux que nous adorons détester parce qu'ils sont trop méchants (Lalo et Hector Salamanca) et ceux à qui nous passons tout en dépit de leurs crimes (Nacho, Gustavo Fring le « Pollero » dealer, Mike le tueur au coeur tendre qui entre deux « contrats » emmène sa petite fille faire de la balançoire).

P.-S. Il faudrait pour écrire une véritable histoire du mollet féminin au cinéma faire des recherches que je n'ai pas le courage d'entreprendre. Quelques souvenirs émouvants : Ann Bancroft dans Le Lauréat, Katharine Ross dans Butch Cassidy et le Kid, Rita Hayworth dans Gilda, Marilyn Monroeen général ; Monica Vitti dans Le Cri et La Nuit (L'Avventura,non merci), Jeanne Moreau dans La Nuit, Jules et Jim et Ascenseur pour l'échafaud ; Jeanne Moreau et Brigitte Bardotdans Viva Maria !, Maggie Cheung dans In the Mood for Love. Je m'arrête là, chacun sa liste personnelle et côté hommes, il y a sûrement des amateurs/trices mais c'est moins mon truc.

Référence

Better Call Saul, six saisons sur Netflix. Pour Breaking Bad (les deux séries se « croisent » dans les saisons 5 et 6de Saul), je reconnais que le pilote (épisode 1, saison 1) est absolument génial, mais j'ai craqué au bout de deux saisons : vivre dans la tête de « M. White », c'est horrible et son acolyte Jesse Pinkman est vraiment trop dégueulasse à mon goût.

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OFFICIEL : TOUT VA ENCORE MIEUX


Follohoueurs, follohoueuses, ne vous laissez pas gagner par une insidieuse propagande apocalyptique : longtemps circonscrite dans les rapports abscons d'ONG au nom obscur (Giec, Oxfam, WWF, kesaco ?), elle a infiltré les médias : pas un journal qui ne titre sur les horreurs du réchauffement climatique, la culpabilité des Occidentaux, l'irresponsabilité criminelle des milliardaires américains ou chinois qui nous gouvernent en sous-main.

Tout cela n'est - nous l'avons dit, le redisons et le répéterons, n'est que fichaises et balivernes. Respirez : tout va tellement mieux !

Réchauffement climatique ? Regardez : il pleut presque tous les jours, et il fait froid ; nous sommes loin de l'objectif raisonnable du groupe 30/30/30 auquel je vous invite à adhérer sans délai : 30 degrés le 30 décembre 2030, avec quelques efforts nous pourrions y parvenir.

Droits humains ? Les joueurs de l'équipe de France de football ont signé avant de décoller pour le Qatar une lettre dans laquelle ils s'engagent à soutenir financièrement des ONG oeuvrant pour la protection de ces droits.

Je sais, je sais? on vous dira : des centaines de morts, des travailleurs traités en esclaves, tout ça pour la promotion d'un micro-État ayant fondé sa richesse sur l'exploitation du pétrole et la corruption à grande échelle, c'est lamentable. On vous dira : des stades climatisés en plein désert pour que des débiles venus du monde entier regardent des jeunes milliardaires en short s'agiter autour d'une baballe[1], quelle décadence !

Faux, faux, archifaux : le Qatar a pris des engagements précis sur le respect des droits humains et la neutralité carbone de la compétition. Ceux qui critiquent et ironisent sont des racistes et des islamophobes.

Quant au football lui-même, il s'agit du sport le plus intelligent de la terre : il n'y a qu'à entendre une interview de n'importe quel joueur de n'importe quel pays pour s'en rendre compte. Quelle finesse d'analyse, quelle tolérance philosophique admirable, quelle belle résilience, quelle sagesse ne se manifestent-elles pas dans les « voilà » de MM. Mbappé, Benzema, Lloris et autres Griezmann ?

Changeons de terrain et venons-en à l'écologie.
On vous dit : les dirigeants politiques organisent la COP 27, qui est une clownerie mondialement médiatisée destinée à dissimuler le fait qu'ils n'ont rien fait (ou si peu) depuis les COP 21 ou 23, dont ils n'ont pas tenu les engagements pourtant modestes. On vous dit : des géants pollueurs comme Coca-Cola font partie des sponsors de la manifestation et tout ça n'est que greenwashing et compagnie.

Moi je vous dis : en vérité c'est magnifique, les multinationales du monde entier, dirigées par des êtres éclairés, ne recherchent que le bien de la planète. Dans ces conditions, n'est-il pas normal, moral, qu'elles soient récompensées ? Lorsque la marque H & M nous annonce n'utiliser que des textiles écoresponsables, seuls les écolos grincheux à la gretathunberg[2] refuseraient d'acheter leur dernier tee-shirt. Lorsque Uber donne à des jeunes d'origine cailleresque[3] l'occasion de s'habiller en costume cravate plutôt qu'en bermuda ou pantalon de jogging, notre président (loué soit son nom, chantée sa gloire !) n'a-t-il pas raison, mille fois raisons, de favoriser cette entreprise ? Lorsque Amazon monte ses entrepôts dans des coins de campagne reculés et recrute de jeunes travailleurs locaux, y compris des Noirs et des Arabes à qui des responsabilités importantes sont confiées, il contribue au bien être environnemental et social. Il faut être un cégétiste obtus ou un nupiste forcené pour ne pas le voir. Lorsque TotalEnergies bat ses records de profits, tous les vrais écologistes ne devraient-ils pas se réjouir de cette harmonieuse concordance entre morale et profit plutôt que de hurler au loup ?

On vous dit : la liberté d'expression est partout menacée.
Faux, archifaux !

Dans le monde entier, des milliardaires bienveillants se précipitent au secours des médias vieux ou nouveaux pour les soutenir et garantir la liberté d'expression. En France, suivant l'exemple ancien de MM. Lagardère ou Bouygues, MM. Niel et Bolloré dépensent leurs fortunes gagnées à la sueur de leur front pour sauver un vieux journal de gauche fatigué ou permettre à de grands hommes comme MM. Zemmour ou Hanouna d'exprimer librement leur pensée audacieuse et novatrice.

Dans le monde anglo-saxon, M. Murdoch a partout contribué au triomphe de la liberté ; on comptait sur M. Bezos, le génial fondateur de Zonzon, propriétaire du Washington Post, pour être plus actif ; nous avons été déçus, car celui-ci semble pour l'heure s'être borné à laisser la rédaction du journal poursuivre sur la même voie. Nous attendons en général beaucoup  plus de M. Musk ; certes ses voitures, bijoux technologiques admirables, ont un peu tendance à écraser des chiens ou à renverser des êtres humains imprudents, mais son rachat de Twitter annonce une ère nouvelle : l'inepte et inutile politique de « modération » initiée par les anciens dirigeants sera bazardée comme elle le mérite et chacun sera libre de s'exprimer librement : on pourra sans craindre les horribles « wokes » dénoncer les lobbies juifs et les terroristes arabes. M. Trump, injustement banni pour avoir dit la vérité qui dérange, sera réintégré comme il se doit.

À ce sujet, une bonne nouvelle : la candidature de ce bienfaiteur de l'Amérique et de l'humanité, moquée par ses adversaires islamo-communistes et le lobby ploutocrate washingtonien, nous annonce une ère glorieuse.

Avec des chefs aussi décidés que M. Trump, M. Poutine et M. Xi Jinping, comment le monde n'irait-il pas encore mieux ? Souhaitons que M. Macron (loué soit son nom, chantée sa gloire !), cumulant les fonctions de président de la France et de l'Europe, procède aux réformes parlementaires lui permettant d'être réélu pour deux ou trois mandats de plus. Et si cela n'arrivait pas, rassurons-nous : nul doute que ses remplaçants présomptifs, Mme Le Pen ou M. Mélenchon, dont le dévouement à la cause publique est ancien et intense, sauront guider notre vieux pays par les voies de la paix, de la modernité, de la prospérité et du progrès.

Alors voilà la vérité : tout va mieux. Voilà.

Répandez la bonne nouvelle.

Voilà.

 

Référence

Chaque jour, de mieux en mieux : devise du docteur Coué.



[1] Si au moins ils en mettaient une deuxième sur le terrain, comme au flipper, ça pourrait devenir rigolo.

[2] Lexicographe gratuite : un(e) gretathunberg (origine : Greta Thunberg) est un(e) militante écologiste hargneux(se), incapable d'admettre que nos gouvernants et les grandes multinationales n'ont en fait qu'un but : sauver la planète et faire le bonheur de ses habitants.

[3] Lexicographie gratuite : cailleresque (adj.) de « caillera », jeune de banlieue pratiquant des activités délinquantes.

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