Antoine Audouard

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LE TANGO des Mistes


Optimistes et pessimistes dansent depuis toujours un tango.

J'ai des amis chers dans les deux catégories. Essayons de deviner comment ils réagissent face au début de la fin du confinement - ou à la fin du début du déconfnement. Où finit le début et où commence la fin ? Vaste débat qui fera (ou pas) l'objet d'un prochain post

Les optimistes radicaux pensent que ce n'est pas un petit machin de virus qui va interrompre la grande transformation de l'homme annoncée par le scientifique/religieux Teilhard de Chardin, matière et esprit enfin réconciliés finiront bien par accoucher du véritable être humain attendu depuis des millénaires, les pieds dans la terre et la tête dans les étoiles. On en aura enfin fini de la terrible dualité corps-esprit : incarnés en nous-mêmes, reliés au plus profond de notre histoire et attirés au plus lointain de nos rêves, nous pourrons libérer la puissance atomique créatrice de l'énergie spirituelle qui vit en nous depuis le premier jour et l'éparpillement initial de la matière qui nous constitue.

Les optimistes à vue courte n'ont pas ces perspectives cosmiques : ils pensent que tout va s'arranger - et recommencer comme avant.

Les optimistes religieux pensent que le Seigneur/Allah/ Elohim/Vishnou (ici, cocher la case adéquate) nous sauvera si nous décidons de suivre désormais le droit chemin, et punira les mécréants/infidèles/Arabes/Juifs (cocher la ou les cases adéquates).

Les optimistes béats pensent que le progrès médical permettra de surmonter cette crise et de prévenir les suivantes.

Les optimistes progressistes pensent que le monde aura appris de l'épreuve - les systèmes de santé seront améliorés, les monstres financiers priés de se bouffer nos pseudo-dettes.

Les optimistes écolo-humanistes pensent que chaque individu émergera de cette crise avec une réflexion plus profonde sur l'impact de nos comportements individuels sur la planète.

Les optimistes européens pensent que l'Europe saura resserrer les rangs et se montrer solidaire.

Les pessimistes radicaux pensent qu'entre virus en folie, flicage numérique, et dérèglement climatique on va vivre l'enfer : après le COVID 19, le COVID 20, tout ça sur fond de réchauffement climatique. En comparaison, les univers post-apocalyptiques type Blade Runner, Independence day, ou Mad Max sembleront un éden.

Les pessimistes religieux pensent que tous nos malheurs sont la punition du Seigneur/Allah/Elohim/Vishnou (ici, cocher la case adéquate) qui punit l'humanité pour ses fautes.

Les pessimistes écolo-humanistes se lamenteront qu'une fois de plus l'homme ait manqué l'occasion de comprendre, qu'encore et toujours, il étale ses instincts destructeurs.

Les pessimistes  complotistes pensent que tout ça, c'est la faute des Chinois/ des Juifs/ des Arabes/ des Américains/ des  Russes/des Slovènes/des Belges (cocher la case adéquate).

Les pessimistes souverainistes réclameront la fermeture des frontières.

Les pessimistes progressistes pensent que les « dark forces »  de l'ultra-libéralisme vont se saisir du prétexte du virus pour approfondir leur entreprise d'asservissement du peuple.

Pour finir, une histoire drôle (en tout cas elle me fait rire, moi) :
L'optimiste et le pessimiste sont tout au fond du fossé, les pieds dans un immonde mélange de merde et de boue, les chevilles enchaînées. A supposer que par un miracle de volonté et d'ingéniosité ils réussissent à s'arracher à la fange dans laquelle ils baignent, c'est le déluge de feu au-dessus de leurs têtes qui les attend. Ils poussent en choeur un soupir à fendre l'âme.

Le pessimiste : « Ça pourrait pas être pire. »
L'optimiste : « Si. »

P.S. je connais des complotistes et j'en croise mais j'ai pas d'amis complotistes - que je sache.

PPS. Mémoires d'outre-tombe : j'en suis au livre XV.
Pessimiste : seulement ? tu ne finiras jamais ! Optimiste : quelle merveille, encore vingt livres à baigner dans cette écriture sublime !

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LE COMMENCEMENT DE LA FIN


Si M. Philippe, Premier ministre zélé, obéit à son boss en précisant les conditions du déconfinement, il commence par nous rappeler qu'il ne s'agît que du début de la fin - réalité dont, étant nés, nous devrions avoir conscience car, comme c'est écrit dans le Tripitaka bouddhiste (pas de Titicaca, idiot !) : « les agrégats sont impermanents : étant nés, il doivent disparaître. Leur cessation est agréable ».

Pendant cette période qui n'est pas terminée - bons citoyens, rappelons-le, les turbulences de tous ordres générées par « un tout petit machin » ont pu nous faire oublier à quel point tout était normal : nos gouvernants éclairés par la sagesse (nous avons un président-philosophe, à la différence de ces  pauvres Américains qui ont élu un escroc bonimenteur de foire), la science et le souci du bonheur du peuple, ont pris dans des circonstances difficiles les bonnes décisions pour nous protéger ; pendant ce temps leurs opposants soulignaient leur impéritie, leur manque de courage et leur incapacité à prendre les véritables décisions d'intérêt national.

Est-il nouveau que faute de masques ( qu'ils aient été détruits, perdus, volés ou pas commandés à temps), l'annonce de l'arrivée imminente, massive, des masques en tienne lieu ? Est-il nouveau que leur absence persistante soit un « scandale d'Etat masquant (c'est le cas de le dire) incompétences en chaîne, bureaucratie inutile, casse sociale corruption? Est-il nouveau que l'ultra-libéralisme à la sauce mondialisée, déjà à l'origine de la pandémie, tente de profiter du malheur du peuple pour l'asservir un peu plus ? Non !

Nouveauté nous avons, plus profonde et que j'ai observée à la télévision, écoutée à la radio et décelée sur mon téléphone potable : dans des temps anciens, en 2019, les entreprises faisaient de la réclame pour nous vendre leurs produits. Maintenant, banques, assurances, supermarchés, marques automobiles, paient pour nous être utiles, nous aider - notamment à devenir meilleurs. Avant et après le journal télévisé, les spots s'enchaînent pour un méga-show humanitaire au milieu duquel l'écran pour les Restos du Coeur apparaît légèrement gnangnan. Loin, très loin, à Séoul,  Osaka et Beijing, à San Francisco et Seattle, et même à Levallois et   Issy les Moulineaux, des êtres bienveillants ont entendu l'appel des églises, des philanthropes et philosophes, et des activistes humanitaires du monde entier, et décidé de dépenser leur agent rudement gagné à vendre des nourritures bourrées d'OGM, des voitures polluantes  et des téléphones qui explosent en vol ou nous grillent les neurones par centaines de millions, afin de contribuer à rien moins que le triomphe du bien sur la terre jusque dans ses recoins.

J'avoue que depuis l'époque où M. Séguéla faisait oeuvre pionnière  prêchant que la pub était la forme moderne de l'information, j'avais conservé un certain scepticisme sur son rôle social. Assez de ces vieilles lunes gauchisantes ! La pub, mon frère, gagnée par la vague mondiale de l'écologie humaniste, veut contribuer au bien individuel et collectif : sauver les femmes et enfants battus, nous garantir de l'équitabilité suprême de tout ce que nous consommons - et en prime lutter contre le réchauffement climatique. Mes  bien chers frères, mes bien chères soeurs, si vous voulez, vous aussi, contribuer à l'avènement de l'universel  et éternel bien, quelques gestes simples : allez chez Leclerc ou Carrefour, dont vous applaudirez la caissière, achetez une voiture électrique, le dernier portable Huapplesung, mangez de la viande française, n'oubliez pas  les gestes-barrière : no bisous, éternuez dans votre coude et lavez-vous les mains. Et surtout pas d'angoisse : nous n'en sommes qu'au début de la  fin - soyez patients,  on n'est pas sortis de l'auberge, surtout qu'elle n'a pas encore rouvert ses portes et moi j'ai encore 1000 pages des Mémoires d'outre-tombe à lire, sans coupures publicitaires.

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